Mardi 31 mars 2009
Je passe pour rebondir un peu sur la polémique de la chanson Sale pute d'Orelsan. Pour ceux qui n'ont pas suivi, cette chanson met en scène un cocu menaçant sa femme de la frapper. Brrr, tremblez dans les chaumière! Et oui, ce sont ces paroles qui font scandales, alors qu'en toute logique, c'est la médiocrité du titre, à l'image du rap français actuel qui aurait du interpeller.

D'ailleurs, ce qui me frappe, ce n'est pas tant cet opportunisme bien-pensant et racoleur, ces reflexes de censeur, partagés par les politiques et les associations, l'utilisation habituelle du rap comme bouc émissaire, ni même l'incapacité simulée à faire la part entre la réalité et le récit, mais leur absence de recul... musical.

Certains ont rappelé avec raison, que le thème de la jalousie meurtière avait été traité, et avec quel talent cette fois-ci par Eminem dans l'horrible Kim. Mais il aurait été possible de citer bien d'autres chansons bien antérieure au hip-hop, au hasard, I'm Gonna Kill That Woman de... John Lee Hooker.  Et qui chantait "You know, I caught my old lady messin' around town, And I gave her the gun, I SHOT HER!" si ce n'est le bon vieux Jimi Hendrix dans Hey Joe ? (même si il n'a pas composé la chanson). Et quel Français chantait J'ai envie de violer des femmes, si ce n'est Sardou dans Les Villes de solitude ?  Sans oublier l'homonyme et excellent Sale Pute de TTC, Fuzati & 6000R dont les paroles sont à la fois plus violentes et plus fines que celles d'Orelsan.





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Pour d'autres chansons meurtrières, mais pas forcément de jalousie vous pouvez aussi jetez un oeil à cette playlist de "murder ballads" avec entre autres, Radiohead, Sufjan Stevens, Bruce Springsteen, The Doors...Comme quoi, le rock reste un peu sulfureux.
Par Boeb'is - Publié dans : Transversal
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Lundi 23 février 2009


Une très bonne compilation de rap provenant du Sénégal, du Mali et de Gambie. Un tel CD, varié, constant de qualité et bien sûr singulier, mériterait une chronique complète et avertie, mais... Sachez seulement qu'on retrouve une forte influence des rap français et américain, mais adaptés de manière très personnelles. Un refrain, un rythme, un beat viennent immanquablement rappeler la provenance africaine. Et petite source de plaisir supplémentaire pour ceux qui aiment comprendre ce qu'ils écoutent: une bonne partie est rappée en français.

Difficile de dire lesquelles sont mes préférées, mais comme ça je dirais Kunu Abal Ay beut et celles d'Abass Abass.







J'en profite pour donner le lien vers un bon site sur le rap camerounais, laissé aujourd'hui même dans un commentaire. Pour d'autres compilations de rap africain, World music network a également sortie un Rough Guide to African Rap, mais je ne sais pas ce qu'elle vaut.
Par Boeb'is - Publié dans : Afrique de l'ouest
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Dimanche 22 février 2009
Un petit moment d'hésitation, puis le déclic: mais oui bien sûr! Je connais cette chanson!
Illustration en trois reprises, incongrues mais fort réussies dénichées au détour d'une compilation.  Des tubes bien connus chez nous, mais à la sauce colombienne et péruvienne. Je vous laisser deviner quels sont les originaux, ça reste assez transparent!



Lucho Macedo - El bikini amarillo extrait de A guapachar con Lucho Macedo
Los Destellos - Para Elisa extrait de The Roots of Chicha: Psychedelic Cumbias from Peru
Rayito Colombiano - A Mi manera extrait de Top 20 Cumbia Colombiana

Edit du 04.06.09: Vous pourrez retrouver plusieurs chichas de Los Destellos dans le film péruvien
Fausta, La Teta Asustada de Claudia Llosa, notamment l'irrésistible Elisa (pas la même chanson que Para Elisa), présent sur la compilation The Roots of Chicha. Espérons que l'Ours d'or du film aidera ce groupe formidable à s'exporter!
Par Boeb'is - Publié dans : Pérou
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Mardi 2 décembre 2008
Petite pause à durée indéterminée car je suis un peu à court d'idées pour alimenter le blog. Je préfère ne pas trop faire de remplissage ni me répéter, comme je l'ai un peu fait dernièrement. Pour ceux, qui arriveraient ici pour la première fois et qui voudraient aller à l'essentiel, j'avais fait quelques "best-of" du blog par ici.

Pour la route, une superbississime vidéo de Robert Wyatt chantant Alifib au piano.

Robert Wyatt - Alifib (via KMS)
Par Boeb'is - Publié dans : Vie du blog
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Lundi 1 décembre 2008

Un petit extrait du célèbre bouquin de Jack Kerouac. Je vous suggère en guide de BO un titre célébrissime sorti la même année que le bouquin.










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« En sautant dehors, dans la nuit chaude, affolante, on entendit un ténox-saxo sauvage qui beuglait jusque dans la rue, on poussa des «I-AH! I-AH! I-AH!, claquant la cadence avec les mains tandis que les gens geulaient:  «Vas-y, va, va!». Dean traversait déjà la rue en courant avec son pouce en l'air, criant «souffle, mon pote, souffle!». Une bande de type de couleurs en complet du samedi soir étaient en train de pousser des hourras devant la porte. C'était une boîte saupoudrée de sciure avec une petite estrade où les gars de l'orchestre étaient entassés, coiffés de leur chapeau et soufflant par dessus la tête des gens, un endroit loufoque; des bonnes femmes avachies et loufouques déambulaient de temps à autre dans le secteur en peignoir de bain, les bouteilles s'entrechoquaient dans les ruelles. Dans le fond de la boîte, dans un corridor obscur, au delà du marécage des waters, une masse d'hommes et de femmes, debout contre le mur, buvaient du vin-spiodiodi (c'est du vin au whisky) et crachaient aux étoiles. Le saxo en chapeau étaient en train de souffler à l'apogée d'une improvisation merveilleusement bien réussie une suite en crescendo et decrescendo qui allait du «I-ah!» à un «I-di-li-ah!» encore plus délirant, et qui cuivrait sur le roulement fracassant des tambours aux cicatrices de mégots, que matraquait une grande brute de nègre à cou de taureau qui se foutait de tout sauf de corriger ses caisses d'explosifs, boum, le cliquetis-ti-vlan, boum. Un tumulte de notes et le saxo piqua le it et tout le monde compris qu'il l'avait piqué. Dean se prenant la tête à demain dans la foule et c'était une foule en délire. Ils étaient tous en train d'exciter le saxo à tenir le it et à le garder avec des cris et des yeux furibonds et, accroupi, il se relevait et fléchissait de nouveau les cuisses avec son instrument, bouclant la boucle d'un cri limpide au dessus de la melée. Une negresse de six pieds toute décharnée se mis à rouler ses os devant le saxophone du gars, et il se contenta de lui en filer un bon coup, «I! I! I!».

Tout le monde se balançait et beuglait. Galatea et Marie, une bière à la main, étaient debout sur leur chaise, trépignantes et bondissantes. Des bandes de nègres arrivaient de la rue en se bousculant, jouant des coudes pour entrer là-dedans. «Crampone le it mon pote!» beugla un mec avec une voix de corne de brume et il poussa un énorme rugissement que l'on dut entendre jusqu'au fond de sacramento, ah-ha, «Hou!» ajouta Dean. Il se frottait la poitrine, le ventre; la sueur lui dégoulinait du visage. Boom, kick, ce batteur enfonçait ses tambours jusqu'à la cave et remontait quatre à quatre la cadence à coup de baguettes meurtrières, cliquetis-ti-boom. Un gros type gras faisait des bons sur l'estrade, la faisant gondoler et craquer. «Iou!». Le pianiste se contentait de piloner les touches, de ses doigts écartelés, plaquant des accords, par intervalle, quand le saxo reprenait son souffle avant d'éclater à nouveau, des accords chinois qui timbraient tout les bois du piano; sons métalliques et chinetiques et bouing! Le saxo sauta en bas de l'estrade et se posta au milieu de la foule, soufflant à tous vents; son chapeau tombait sur ses yeux; quelqu'un le remis en place pour lui. Il retint son souffle et frappa du pied et souffla un chant rauque, mugissant, puis repris sa respiration et leva l'instrument et souffla l'aigu, immense, qui déchira l'air. Dean était exactement en fasse de lui, penché sur la cloche du saxo, battant des mains, innondant de sueur les touches du gars, et le gars le remarqua et rigola dans son saxo un long rire frissonnant et fou et tout le monde rigola avec lui et ils se balançaient et se balançaient.; et finalement le ténor-saxo décida de souffler sa péroraison et s'accroupit et soutint un bon bout de temps le do aigu pendant que tout s'écroulait dans la salle et que les cris augmentaient et que je me disais que les flics allaient rappliquer comme des sauterelles du poste le plus proche. Dean était en transes. Les yeux du saxo étaient braqués en plein sur lui; il tenait là un dingo qui non seulement pigeait mais avec le souci et la passion de piger plus et plus encore que ce qu'il y avait et ils se mirent à faire un vrai duo de dingos; et toutes sortent de choses sortirent du saxo, non plus des phrases mais des cris, rien que des cris. «Baouf!» et redescendant au «Bip» et remontant aux «I-i-i» et dégringolant dans les graves et les cloisons répercutant l'écho des éclats du saxo. Il essaya tout, par en haut, par en bas, par les côtés, sens dessus-dessous, à l'horizontale, à trente degrés, à quarante degrés, et finalement tomba à la renverse dans les bras de la foule et se laissa aller et tout le monde se poussait autour et gueulait: «Oui! Oui! Il l'a soufflé, ce coup là!». Dean s'épongea avec son mouchoir. »

J. Kerouac, Sur la route, Folio p.279 traduction Jacques Houbard
Par Boeb'is - Publié dans : Blabla
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Dimanche 30 novembre 2008
X-Plastaz, groupe de rap tanzanien.


Liens: Myspace - mondomix

Par Boeb'is - Publié dans : Afrique de l'Est
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Dimanche 30 novembre 2008

Un texte très beau et très juste sur la célèbre sonate de Verteuil, célèbre pour n'exister que dans les descriptions que l'auteur a pu en faire.

«Au reste, le plus souvent, nous ne restions pas à la maison, nous allions nous promener. Parfois avant d’aller s’habiller, Mme Swann se mettait au piano. Ses belles mains, sortant des manches roses, ou blanches, souvent de couleurs très vives, de sa robe de chambre de crêpe de Chine, allongeaient leurs phalanges sur le piano avec cette même mélancolie qui était dans ses yeux et n’était pas dans son cur. Ce fut un de ces jours-là qu’il lui arriva de me jouer la partie de la Sonate de Vinteuil où se trouve la petite phrase que Swann avait tant aimée. Mais souvent on n’entend rien, si c’est une musique un peu compliquée qu’on écoute pour la première fois. Et pourtant quand plus tard on m’eut joué deux ou trois fois cette Sonate, je me trouvai la connaître parfaitement. Aussi n’a-t-on pas tort de dire «entendre pour la première fois». Si l’on n’avait vraiment, comme on l’a cru, rien distingué à la première audition, la deuxième, la troisième seraient autant de premières, et il n’y aurait pas de raison pour qu’on comprît quelque chose de plus à la dixième. Probablement ce qui fait défaut, la première fois, ce n’est pas la compréhension, mais la mémoire. Car la nôtre, relativement à la complexité des impressions auxquelles elle a à faire face pendant que nous écoutons, est infime, aussi brève que la mémoire d’un homme qui en dormant pense mille choses qu’il oublie aussitôt, ou d’un homme tombé à moitié en enfance qui ne se rappelle pas la minute d’après ce qu’on vient de lui dire. Ces impressions multiples, la mémoire n’est pas capable de nous en fournir immédiatement le souvenir. Mais celui-ci se forme en elle peu à peu et à l’égard des oeuvres qu’on a entendues deux ou trois fois, on est comme le collégien qui a relu à plusieurs reprises avant de s’endormir une leçon qu’il croyait ne pas savoir et qui la récite par cur le lendemain matin. Seulement je n’avais encore jusqu’à ce jour, rien entendu de cette sonate, et là où Swann et sa femme voyaient une phrase distincte, celle-ci était aussi loin de ma perception claire qu’un nom qu’on cherche à se rappeler et à la place duquel on ne trouve que du néant, un néant d’où une heure plus tard, sans qu’on y pense, s’élanceront d’elles-mêmes, en un seul bond, les syllabes d’abord vainement sollicitées. Et non seulement on ne retient pas tout de suite les oeuvres vraiment rares, mais même au sein de chacune de ces oeuvres-là, et cela m’arriva pour la Sonate de Vinteuil, ce sont les parties les moins précieuses qu’on perçoit d’abord. De sorte que je ne me trompais pas seulement en pensant que l’oeuvre ne me réservait plus rien (ce qui fit que je restai longtemps sans chercher à l’entendre) du moment que Madame Swann m’en avait joué la phrase la plus fameuse (j’étais aussi stupide en cela que ceux qui n’espèrent plus éprouver de surprise devant Saint-Marc de Venise parce que la photographie leur a appris la forme de ses dômes). Mais bien plus, même quand j’eus écouté la sonate d’un bout à l’autre, elle me resta presque tout entière invisible, comme un monument dont la distance ou la brume ne laissent apercevoir que de faibles parties. De là, la mélancolie qui s’attache à la connaissance de tels ouvrages, comme de tout ce qui se réalise dans le temps. Quand ce qui est le plus caché dans la Sonate de Vinteuil se découvrit à moi, déjà, entraîné par l’habitude hors des prises de ma sensibilité, ce que j’avais distingué, préféré tout d’abord, commençait à m’échapper, à me fuir. Pour n’avoir pu aimer qu’en des temps successifs tout ce que m’apportait cette sonate, je ne la possédai jamais tout entière: elle ressemblait à la vie. Mais, moins décevants que la vie, ces grands chefs-d’oeuvre ne commencent pas par nous donner ce qu’ils ont de meilleur. Dans la Sonate de Vinteuil, les beautés qu’on découvre le plus tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite et pour la même raison sans doute, qui est qu’elles diffèrent moins de ce qu’on connaissait déjà. Mais quand celles-là se sont éloignées, il nous reste à aimer telle phrase que son ordre trop nouveau pour offrir à notre esprit rien que confusion nous avait rendue indiscernable et gardée intacte; alors elle devant qui nous passions tous les jours sans le savoir et qui s’était réservée, qui pour le pouvoir de sa seule beauté était devenue invisible et restée inconnue, elle vient à nous la dernière. Mais nous la quitterons aussi en dernier. Et nous l’aimerons plus longtemps que les autres, parce que nous aurons mis plus longtemps à l’aimer. Ce temps du reste qu’il faut à un individu — comme il me le fallut à moi à l’égard de cette Sonate — pour pénétrer une oeuvre un peu profonde n’est que le raccourci et comme le symbole des années, des siècles parfois, qui s’écoulent avant que le public puisse aimer un chef-d’oeuvre vraiment nouveau. Aussi l’homme de génie pour s’épargner les méconnaissances de la foule se dit peut-être que les contemporains manquant du recul nécessaire, les oeuvres écrites pour la postérité ne devraient être lues que par elle, comme certaines peintures qu’on juge mal de trop près. Mais en réalité toute lâche précaution pour éviter les faux arguments est inutile, ils ne sont pas évitables. Ce qui est cause qu’une oeuvre de génie est difficilement admirée tout de suite, c’est que celui qui l’a écrite est extraordinaire, que peu de gens lui ressemblent. C’est son oeuvre elle-même qui, en fécondant les rares esprits capables de le comprendre, les fera croître et multiplier. Ce sont les quatuors de Beethoven (les quatuors XII, XIII, XIV et XV) qui ont mis cinquante ans à faire naître, à grossir le public des quatuors de Beethoven, réalisant ainsi comme tous les chefs-d’oeuvre un progrès sinon dans la valeur des artistes, du moins dans la société des esprits, largement composée aujourd’hui de ce qui était introuvable quand le chef-d’oeuvre parut, c’est-à-dire d’être capables de l’aimer. Ce qu’on appelle la postérité, c’est la postérité de l’oeuvre. Il faut que l’oeuvre (en ne tenant pas compte, pour simplifier, des génies qui à la même époque peuvent parallèlement préparer pour l’avenir un public meilleur dont d’autres génies que lui bénéficieront) crée elle-même sa postérité. Si donc l’oeuvre était tenue en réserve, n’était connue que de la postérité, celle-ci, pour cette oeuvre, ne serait pas la postérité mais une assemblée de contemporains ayant simplement vécu cinquante ans plus tard. Aussi faut-il que l’artiste — et c’est ce qu’avait fait Vinteuil — s’il veut que son oeuvre puisse suivre sa route, la lance, là où il y a assez de profondeur, en plein et lointain avenir. Et pourtant ce temps à venir, vraie perspective des chefs-d’oeuvre, si n’en pas tenir compte est l’erreur des mauvais juges, en tenir compte est parfois le dangereux scrupule des bons. Sans doute, il est aisé de s’imaginer dans une illusion analogue à celle qui uniformise toutes choses à l’horizon, que toutes les révolutions qui ont eu lieu jusqu’ici dans la peinture ou la musique respectaient tout de même certaines règles et que ce qui est immédiatement devant nous, impressionnisme, recherche de la dissonance, emploi exclusif de la gamme chinoise, cubisme, futurisme, diffère outrageusement de ce qui a précédé. C’est que ce qui a précédé on le considère sans tenir compte qu’une longue assimilation l’a converti pour nous en une matière variée sans doute, mais somme toute homogène, où Hugo voisine avec Molière. Songeons seulement aux choquants disparates que nous présenterait, si nous ne tenions pas compte du temps à venir et des changements qu’il amène, tel horoscope de notre propre âge mûr tiré devant nous durant notre adolescence. Seulement tous les horoscopes ne sont pas vrais et être obligé pour une oeuvre d’art de faire entrer dans le total de sa beauté le facteur du temps, mêle, à notre jugement, quelque chose d’aussi hasardeux et par là aussi dénué d’intérêt véritable que toute prophétie dont la non réalisation n’impliquera nullement la médiocrité d’esprit du prophète, car ce qui appelle à l’existence les possibles ou les en exclut n’est pas forcément de la compétence du génie; on peut en avoir eu et ne pas avoir cru à l’avenir des chemins de fer, ni des avions, ou, tout en étant grand psychologue, à la fausseté d’une maîtresse ou d’un ami, dont de plus médiocres eussent prévu les trahisons»

Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Pléiade p. 529 ou en ligne ici.

Par Boeb'is - Publié dans : Blabla
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