Mardi 29 avril 2008
Une certaine lassitude me gagne parfois à propos de ce blog. A quoi bon poser sa crotte dans l'océan de la blogosphère? Rien que sur over-blog, il y a 759 287 blogs ! Mais quand je pense à Tha Blue Herb... un grand groupe dans le sens le plus exigeant du terme mais avec une couverture médiatique si riquiquiissime que ça en devient choquant; choquant que les mélomanes soient privés d'une telle musique. Vous vous rendez compte qu'il faut passer par l'import pour ce procurer leurs albums? Bon j'arrête, je ressemble trop à une vierge outragée. En tout cas, ce scandal intergalactique donne une raison à ce blog d'exister.

Le prétexte que j'ai trouvé pour vous parler de Tha Blue Herb est le sample qu'ils ont fait du titre de Ben Harper, power of the gospel. De le réécouter, ça me replonge dans mes années lycées, mais force est de constater qu'il a bien vieilli. Une intro de plus de trois minutes, avec violon et violoncelle ça fait craindre le mièvre et le prétentieux, mais le tout est au contraire assez envoûtant, avec un bel équilibre entre puissance et émotion contenue.



Ben Harper - Power of the Gospel, extrait de Fight for you Mind (1995)




Quant à Tha Blue Herb, et au risque de me répéter, un grand titre d'un grand groupe. Un beat tout en finesse de DJ O.N.O qui laisse respirer le sample, et la voix de Boss qui me renverse toujours autant.

Tha Blue Herb - 続・腐食 extrait de Stilling, still dreaming (1998)


Edit: Queen me précise que le titre de Ben Harper a également été repris par Oxmo Puccino, sur le titre la loi du point final, de l'album Opéra Puccino.

Plus: Tha Blue Herb sur ce blog - site officel de Tha Blue Herb - site officel de Ben Harper


Par Boeb'is - Publié dans : Samples
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Samedi 26 avril 2008



Les dessous des cartes, la célèbre émission d'ARTE a consacré un épisode à la musique, avec l'aide de l'équipe de Mondomix. Aussi passionnant qu'à son habitude, l'émissionaborde la musique comme révélateur et enjeu politique et social, le tout avec l'appui de cartes: «Musique ambassadrice, musique dialogue, musique croisée, échangée. Heureusement là comme ailleurs, la pureté n'existe pas car la musique se nourrit, s'enrichit constamment d'apports externes et de différences. Et puis nous avons aussi cette musique identité, musique de résistance... » Ah si seulement on avait plus d'émission comme ça ! Pour se consoler, un bon paquet d'épisodes du dessous des cartes sont regardables sur dailymotion.
Par Boeb'is - Publié dans : Sur le net
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Vendredi 18 avril 2008
Bonne nouvelle ce matin, je feuillette Télérama et pouf, un article sur une des musiques qui me touche le plus - roulement de tambours - la musique des Garifunas. Ca me fait d’autant plus plaisir que j’étais pas très satisfait par mon billet sur la paranda et que ça me donne donc une occasion d'en reparler. Les Garifunas sont un peuple assez fascinant, issu du métissage au XVIIe siècle de noirs rescapés des négriers et d'amérindiens. Aujourd'hui ils sont dispersés entre le Honduras, le Belize et le Nicaragua. Le titre de l’article de Télérama est un peu trompeur puisqu'il se focalise sur les Garifunas du Belize, et en particulier sur le label  musical Stonetree qui y a été fondé. Ce label a notamment signé Andy Palacio, qui était devenu le porte-parole de la culture Garifunas avant sa mort en janvier dernier. La dernière sortie du label est Umalali, une excellente compilation de chansons traditionnelles chantées par des femmes Garifunas.

Assez, étrangement, l’article passe sous silence les Garifunas du Honduras, du Guatemala et de la Barbade (sans parler de l’importante population émigrée). Je propose de réparer ça avec quelques morceaux de Garifunas du Guatemala et du Honduras.

Extraits de Music From Guatemala 2 - Garifuna Music


Les parandas ont toutes une sorte de pulsation interne assez hypnotique, construite autour de percussions rapides, d’une basse répétitive et de petits riffs de guitares très spécifiques. Comme pas mal de musique afro-américaine, elles sont construites sur le dialogue entre un chanteur et un chœur.
Grupo Ugandani – Lubidu Nafridu


Une chanson de punta-rock, c'est à dire genre traditionnel punta modernisé. Le chanteur  demande à un garifuna émigré de revenir pour enseigner ce qu’il a appris à l’étranger.
The Garifunas Boys - Giribuba (reviens)
&

Une autre chanson dans le style punta-rock. Elle et à propos d’une femme effrayée par une souris. J'adore la superposition du rythme très dense, presque tassé avec le cuivre qui flotte par dessus et aère la chanson de façon très spéciale.
The Garifuas Boys – Garadu (souris).
&

Extraits de Music From Honduras 2 - Garifuna Music








Une chanson traditionnelle.
Grupo De Danzas Garifuna - Tagarigu Nanigi &

Un son très garifuna avec des élements de pop.
Fuerza Garifuna – Milagrosa
& 

Dans un style qui tranche avec le reste, et chanté en anglais, un son très frais, assez proche du calypso des Antilles ou du mento (un genre jamaïcain qui a influencé le ska et le reggae)
Farm Boy - Brown Skinned Girl
&  

Les deux compilations sont produites par le label suédois
Caprice Records. Elles ont des livrets très complets avec photos, paroles traduites et explications détaillées.

Plus:
label stonetree dossier sur la musique d'amérique centrale Punta-rock - histoire des garifunas
Par Boeb'is - Publié dans : Amérique centrale
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Lundi 14 avril 2008
Je suis tombé sur un article de Rahul Verma qui prenait acte du caractère dépassé de la World music. En effet, cette année, une bonne partie des groupes hypes sortaient du carcan occidental: MIA, CSS, Bonde do Rolê, Diplo et on pourrait même inclure Beirut ou Vampire Week-end. Pourtant les récompenses de World music, comme les World Music Awards de la BBC se focalisent exclusivement sur les groupes plus traditionnels voir passéistes, dans la mouvance du Buena Vista Social Club. Rahul Verma se demande alors si l’étiquette « world music » garde une utilité pour promouvoir tous ces groupes non occidentaux ou si elle doit être définitivement abandonnée. La réponse est dans la question...

Je rejoins assez son analyse, mais il faut quand même rappeler que la mondialisation de la musique n’est pas un phénomène récent, que ce soit des carrières internationales, des transpositions de chansons dans d'autres genres ou d'autres langues. On pourrait citer des milliers d’exemples. Un assez amusant est le titre Cerisier rose et pommier blanc. Il est composé par Louiguy en 1950, Français d'origine italienne qui a notamment composé la Vie en Rose pour Edit Piaf. Le titre est repris en cha-cha par le cubain Perez Prado sous le nom de Cherry Pink and Apple Blossom White. Ça devient un immense tube en 1955, notamment aux Etats-Unis...

La version de Louis Gugliemi,
Cerisier rose et pommier blanc


La version de Perez Prado, Cherry Pink and Apple Blossom White
Par Boeb'is - Publié dans : Transversal
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Lundi 14 avril 2008
Pas si facile de pondre un tube de l'été. Certes, la chanson se doit d'être joyeuse, dansante et ensoleillée mais les candidats répondant à ces critères sont légions. Alors pour ne pas prendre de risques, autant recycler ce qui a déjà marché. C'est ce qu'a fait avec succès l'allemand Lou Bega en 1999 avec Mambo n°5. Pilepoil 50 ans plus tôt, le cubain Perez Prado avait déjà fait un hit avec son Mambo n°5 qui avait contribué à lancer la "mambo mania" aux Etats-Unis. Lou Bega sample le rythme entêtant, rajoute des paroles et des arrangements bien années 1990 et c'est parti pour un one-hit wonder. Il suit ainsi fidèlement la trace de la macarena qui reprenait un air vénézuelien, ou de la Lambada qui est la reprise d'une chanson bolivienne.

L'originale de Perez Prado (1949)


La reprise de Lou Bega (1999)


Par Boeb'is - Publié dans : Cuba + caraïbes
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Dimanche 13 avril 2008

C'est ce que se demande Amit Chaudhuri dans un passionnant article du New Statesman. Lui même marie les musiques indiennes et occidentales avec son groupe This is Not Fusion, qui comme son nom l'indique cherche à dépasser l'approche superficielle et stérile de ce qu'on entend habituellement par fusion. L'article a été publié en français dans un Courrier international de janvier 2008 mais il n'est pas disponible gratuitement en ligne.

Pour ceux qui ont la flemme de lire l'article en anglais, je vous propose quelques (longs) extraits en français (traduction de Courrier international).

« C'est quoi la fusion? C'est un mot que l'on utilise, notamment dans le domaine de la musique, et dans le contexte de la musique indo-occidentale actuelle, comme s'il renvoyait à une activité bien déterminée et pouvait se dispenser de toute explication. » [...]

«Une idée très répandue veut que la "fusion" passe par une entorse, scandaleuse ou libératrice, aux traditions musicales canoniques. Or nous savons que ces traditions - que ce soit la musique classique indienne, le jazz, la musique de films, le rock ou encore les chansons de Rabindranath Tagore - sont nées en tant que formes hybrides, que leurs périodes les plus fécondes ont été celles d'assimilation et que leurs passages à vide sont ceux où leurs représentants ont adhéré à une version héritée de cette musique. »

«Les traditions canoniques se protègent de l'arbitraire de la fusion tout en s'en nourrissant. Lorsque nous écoutons une chanson composée par O. P. Nayyar, le grand directeur musical du cinéma hindi des années 1950, nous ne l'écoutons pas comme s'il s'agissait d'une forme dans laquelle auraient convergé des sons et des registres culturels distincts, mais comme une variante d'une genre que nous reconnaissons comme étant "la musique de films hindis". Ce qui ne nous empêche pas d'être émerveillés par la juxtaposition dans un seul et même morceau de la contrebasse et du sarangi, un instrument à cordes utilisé dans l'accompagnement des chants classiques»

«De même, quand nous écoutons ces virtuoses pakistanais que sont Nazakat et Salamat Ali Khan, nous savons que nous écoutons un khayal et non la fusion inattendue du dhrupad avec des éléments de qawwali d'inspiration soufie. Pourtant, si l'on suit attentivement, on remarquera que ces registres bien distincts altèrent leur interprétation. C'est cette tension au sein des traditions canoniques qui produit l'émoi, le plaisir, les traitements et compositions véritablement novateurs.»

«Il me semble que l'on trouve rarement cette tension interne dans la musique "fusion". [...] Il n'y a pas la moindre querelle au sein de la fusion, et donc pas d'innovation non plus: la fusion que l'on entend en Inde aujourd'hui n'est guère différente des sons que produisait le groupe Shakti il y a trente ans » L'une des raisons en est que, dans la fusion, les éléments orientaux et occidentaux ont des rôles statiques et prédéfinis [...]. Dans la fusion Orient-Occident telle que la nous connaissons ici, par exemple, le représentant indien est généralement un musicien classique porteur d'une tradition séculaire et le représentant occidental souvent un musicien de jazz, un type de moderne bien connu, le romantique las qui en assez de la modernité et doit se renouveler au contact de cultures immémoriales.»
«Si l'on écoute des chansons de film hindis ou des jingles publicitaires, on réalise que la musique "indienne" n'est pas seulement immémoriale: elle inclut les traditions classiques (qui sont d'ailleurs d'invention assez récentes), des formes régionales et folkloriques, du swing, du blues, de la techno et même, de façon autoréférentielle, ces chansons de films et ces jingles eux même». [...]

«L'un des aspects les plus problématiques de la fusion est qu'elle transcende, émerveillée, non seulement la nationalité mais aussi l'environnement local. Alors que le jazz est issu d'un milieu urbain, et la musique classique indienne des familles et de la région, la fusion, elle, ne semble n'avoir pas de réalité physique.» [...]

«Les genres, les compositions, même le concept malaisé de "classique" ne peuvent se comprendre qu'à la lumière de l'histoire et de ses dissonances. La "fusion", quant à elle, se situe sur un plan universaliste (et aujourd'hui mondialisé) où deux dissemblables s'épousent constamment et ùm le conflit n'est pas ouvertement tolérable.»

«Si la fusion conserve un potentiel, c'est parce qu'elle est en quête non seulement de contacts interculturels mais aussi d'un style qui convienne aux espaces que nous habitons. Surtout, contrairement aux formes canoniques, elle a la faculté de nous rappeler en permanence, avec une dose de malice, que la musique "orientale" et "occidentale" sont des choses qui existent et n'existent pas en même temps» [...]

«Ce que je cherche depuis longtemps, c'et un son qui soit fidèle à ce milieu urbain hybride, qui aurait pu naître dans l'un de ses quartiers et y être joué, et non pas un geste appuyé et répété de fusion musicale ». [...]


Par Boeb'is - Publié dans : Blabla
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Jeudi 10 avril 2008
Reflexion saisissante à l'heure du gavage musical quotidien, des hypes en série, et du piratage massif.

«La propagation de la musique par des moyens mécaniques, comme le disque, et sa diffusion par la radio, ces formidables conquêtes de la science, qui ont toutes les chances de s’élargir encore davantage, méritent quant à leur importance et à leurs effets dans le domaine de la musique un examen des plus attentifs. Evidemment, la possibilité pour les auteurs et les exécutants d’atteindre les grandes masses, et la facilité pour celles-ci de prendre connaissance des œuvres musicales constituent un avantage indiscutable. Mais il ne faut pas se dissimuler que cet avantage présente en même temps un grand danger. Autrefois un Jean-Sébastien Bach était obligé de faire dix lieues à pied pour aller dans une ville entendre Buxtehude dans ses œuvres. Aujourd’hui l’habitant de n’importe quel pays n’à qu’à tourner un bouton ou faire marcher un disque pour obtenir l’audition d’une pièce de son choix.
Eh bien ! c’est précisément dans cette facilité inouïe, dans cette absence de tout effort que siège le vice de ce soi-disant progrès. Car dans la musique, plus que dans tout autre branche de l’art, la compréhension n’est donnée qu’à ceux qui y apportent un effort actif. La réception massive ne suffit pas. Ecouter certaines combinaisons de sons et s’y habituer automatiquement n’implique pas nécessairement le fait de les entendre et de les saisir, car on peut écouter sans entendre, comme on peut regarder sans voir. L’absence d’un effort actif de leur part et leur goût qu’ils prennent à cette facilité& rendent les gens paresseux. (…)
Ainsi les facultés actives, sans la participation desquelles on ne saurait s’assimiler la musique, s’atrophient peu à peu chez à l’auditeur à force de ne plus être exercés. Cette paralysie progressive entraîne des conséquences extrêmement graves. Sursaturés de sons, blasés sur leurs combinaisons les plus variés, les gens tombent dans une sorte d’abrutissement qui leur élève toute capacité de discernement et les rend indifférents à la qualité même des morceaux qu’on leur sert. Il plus que probable qu’une pareille suralimentation désordonnée leur fera bientôt perdre l’appétit et le goût de la musique. Certes, il y aura toujours des exceptions, des personnes qui, dans le tas, sauront choisir ce qui leur plaît. Mais en ce qui concerne les masses, on a toutes les raisons de craindre que, au lieu de développer en elles l’amour et la compréhension de la musique, les moyens modernes de la répandre ne les amènent à des résultats exactement contraires, c’est à dire à l’indifférence ainsi qu’à l’impuissance de s’y reconnaître, de s’y orienter et d’éprouver une réaction de quelque valeur.»

Igor Stravinsky, Chronique de ma vie, 1935 

Extrait cité par Olivier sur citizenjazz et repris par Christian sur le forum de Fake for real.
Par Boeb'is - Publié dans : Blabla
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