Pour parler et chanter, on utilise en gros la vibration des cordes vocales qui résonnent dans les cavités naturelles (nez, sinus, thorax). Or il existe d’autres manières de produire des sons
mais elles nous sont si peu familières qu’elles laissent forcément pantois l’auditeur qui les entend pour la 1ere fois. Ces sons sont clairement organiques mais trop étrange pour venir d’une
bouche humaine.
La majorité de ces techniques utilisent la gorge et sont donc appelées chant de gorge. Le son produit est bien plus grave que ceux des cordes vocales. Il est aussi très riche en harmoniques (en
gros les fréquences dérivées de la fréquence fondamentale, souvent indiscernables mais qui forme le timbre du son). On l’appelle donc aussi « chant harmonique ». On a donc plusieurs
sons produits en même temps, la fondamentale et ses harmoniques d’où son dernier nom « chant diphonique ».
Les chants diphoniques de l'Altaï
Parmi les chants diphoniques traditionnels, les plus nombreux viennent des régions situées autour de la montagne de l’Altaï : chez les peuples Mongols, Touvas, Khakhash et Bachkirs. Le
plus célèbre est celui de Touva appelé Khoomei ou Khöömii. Ces chants ont une connotation magique très forte et sont intimement liés aux croyances animistes de ces peuples qui
tentent avec d'imiter les bruits de la nature tels le vent ou l’eau.
Huun Huur Tu est le groupe le plus connu. Voici un impressionnant extrait d’un concert qu’ils ont donné au Philadelphia Folk Festival dans le style Sygyt. J’ai choisis un morceau acapela qui
permet de mieux saisir la particularité de ce chant.
Le chant diphonique est aussi pratiqué dans les monastères bouddhistes tibétains de Gyito et Gyume sous le nom de dbyangs. Les moines reprennent les textes
sacrés tibétains sous forme de prière ou d’invocation. Les sons produits sont incroyablement graves et étranges. Parfois les moines mettent leur doigts devant la bouche pour faciliter la
dissociation des harmoniques.
Le chant inuit est sûrement le plus déroutant pour l’oreille occidentale. Entre le dialogue, le jeu et le duel, deux femmes imbriquent des motifs rythmiques qui se
répondent; le but est de tenir le plus longtemps possible. Cette technique est fondamentalement différente des autres chant de gorge traditionnels. La gorge est aussi utilisée de manière
rythmique, sans créer d'harmoniques. Surtout le chant de gorge n'a pas de connotation religieuse ni magique mais est plus proche du jeu.
Un extrait de la compilation The Rough Guide to the Music of
Canada
Le beatboxing ou human beatbox désigne l'imitation d'instruments par des techniques vocales qui s'est développé autour du hip-hop. L'imitation d'instruments par la
voix est vieille comme le monde (et sans remonter aussi loin il n'y a qu'à voir le scat dans le jazz) mais le beatbox a systématisé ces recherches.
Les beatboxers ont commencé dans les années 80 par imiter batteries et boites à rythmes pour accompagner les rappeurs. Les techniques se sont complexifiées et le
répertoire des beatboxers intègre aujourd'hui scratch, basses, sons issus des musiques électroniques, mélodies et tout types de bruitage.
Le développement du beatboxing doit aussi beaucoup au micro qui permet d'offrir puissance et profondeur aux sons de bouche. Les plus créatifs des beatboxers
s'affranchissent de la simple virtuosité pour donner des sons spécifiques au beatbox.
On retrouve un peu la même démarche que le chant de gorge inuit avec le coté ludique de l'imitation et surtout la démarche de défi qu'on retrouve dans les
battles.
On retrouve aussi la diphonie des chants de gorge. Il ne se base pas sur le principe des harmoniques mais sur l'illusion créée en enchaînant très rapidement et
entremêlant pulsations rythmiques et mélodies.
Le grunt (ou growls)désigne les sons graves et gutturaux qu'on retrouve dans le chant death metal. Il s'est développé comme
le beatboxing dans les années 80. La mélodie et le rythme disparaissent au profit de sons ultra graves au timbre changeant, ce qui le rapproche clairement
du chant de gorge tibétain. Cependant le grunt cherche à amplifier le coté violent et bestial du death metal alors que le chant tibétain est avant tout méditatif.
Une vidéo tutorial qui permet d'entendre clairement les grunt (à partir de la 1ere minute).
Je reste assez perplexe sur le death mais je connais très très mal ce genre. Je pense que vous aurez un bon aperçu du genre avec cette vidéo-compilation.
Metissages et expérimentations : Sainkho Namtchylak et Tanya Tagaq
Sainkho Namtchylak et Tanya Tagaq sont deux grandes chanteuses qui renouvellent à leur manière le chant de gorge, touva pourSainkho Namtchylak et inuit pourTanya Tagaq.
Elles offrent toutes les deux une musique complètement habitée et assez radicale. Je n'avais jamais vu des fusions piochant dans des genres si différents et créant
une musique si convaicante. Sainkho s'inspire du jazz, de la musique russe et de la musique contemporaine occidentale, mais on retrouve aussi le chant de gorge touva, des bruits et cris
sidérants et même des passages ressemblant à s'y méprende à du beatbox. Tanya Tagaq quand à elle réinvente le chant de gorge inuit en le pratiquant seule et l'incorporant au folk, au hip-hop,
aux musiques électroniques avec également une bonne dose de musique contemporaine.
Ba ngọn nến lung linh by Phương Thao & Ngọc Lễ (translated: Three glistening candles)
Simple words are repeated many times with a soft melody makes a very sweet song and very easy to sing.
By the way, Phương Thảo is French-Vietnamese singer
Dans ma grande naïveté, j’ai longtemps cru que si tous les
pays produisent leur soupe musicale nationale, seule la musique de qualité réussissait à s’exporter. En réalité, les pays accueillent les produits culturels qui résonnent avec la leur, pour le
pire et le meilleur. Par exemple il n’est pas étonnant que Wong Kar Wai ou Woody Allen aient plus de succès en France que dans leur propre pays car ils ont été manifestement influencés par le
cinéma français.
Au Vietnam, la musique dominante est une sorte de varieté-pop assez régressive (même si elle a son charme).
La musique étrangère qui a
du succès rejoint ces standards. Elle provient majoritairement des Etats-Unis, de la Corée du Sud, mais aussi un peu de Chine et aussi… de
France. Des compilations aux couvertures sépias présentant des couples devant la Tour Eiffel qui contiennent le pire de ce qu’a pu produire la France :Florent
Pagny, Lara Fabian, Patrick Bruel, Julio Iglesias… et des dizaines de noms qui me sont inconnus.
Le seul groupe français qui marchait vraiment en 2007 était Tragédie avec leur tube « Hey Ho » sorti pourtant il y a 4 ans en France! L’ironie étant que presque
aucun vietnamien ne savait que le groupe était français. La chanson est si populaire qu’elle a même été reprise en vietnamien !
Hey Ho de Tragédie repris par Luong Gia Huy
Un dernier truc marrant est que d’après ce blog, le groupe
cartonnait aussi au Brésil en 2007 !
Un très bon titre de rap du groupe Nuuk Posse. Ils viennent du Groenland et rappent dans une langue inuit.
Pour info, le titre date de 1992 et le beatboxeur est Andreas Hojgaard.
Il y a des chansons comme ça auxquelles on accroche mais on semble bien être le seul. Je pense à "Comme tu respires" de N.T qui figurait sur la compilation CQFD
2005 des inrocks. Une petite chanson à la production artisanale simple et efficace débordante de sincérité et au final très touchante. Rien de transcendant mais pourtant il y a quelque chose
dans cette chanson.
Cette chanson semble avoir été le seul essai de N.T. Les seuls occurences google renvoient à des commentaires de la compilation, la plupart d'ailleurs cassant ce titre comme
la pire de la compilation. Exception à la règle, une interview sur i-muzzik.net
em không biết upload post này có được không? nhưng mà em muốn anh nghe những bài hát này. Em không gởi bằng emails cho anh được Có nhiều loại nhạc để anh nghe. Hy vọng là anh
sẽ thích. Có 1 bài nhạc của Trịnh Công Sơn :) chúc anh sinh nhật vui vẻ :) nhưng em thích bài nhạc đẩu tiên (instrumental). Nghe hay lắm!
Un peu autocentré comme sujet mais après tout parler des émotions qu’on ressent en écoutant de la musique est bien la seule manière pertinente de parler musique. Tout le
reste (influences, histoires des genres et des groupes, les analyses, les classements…) ne fait que tourner autour du pot.
Si j’ai régulièrement la gorge serrée, les écoutes qui m’ont fait pleurer (je parle pas de la larmichette hein!) se
compte sur les doigts et restent des moments particuliers dont j’ai un souvenir assez vif.
J’ai tellement grandis avec la musique de Mano Solo (merci
maman) que c’est presque comme si il faisait partie de ma famille. Je connais les premiers albums par cœur (la Marmaille nue, Les années sombres, Je sais pas trop) au
point que chaque frôlement de cordes, chaque raclement de gorge, chaque métaphore obscure, fait sens dans ma tête et m’apparaît comme une évidence.
Je faisais écouter à ma copine de l’époque la version live de « tu t’envoles ». Alors qu’elle était non réceptive à la chanson, j’avais l’impression de la
redécouvrir. La différence de la version live avec celle gravée dans ma mémoire, m’a permis de jouir à la fois de sa connaissance intime et de la surprise de la nouveauté.
Je me souviens avoir planqué par pudeur ma tête dans l’oreiller. Bah oui, difficile de partager ce genre d'experience avec une personne qui est restée impassible.
Robert Wyatt
représente presque l’inverse de Mano Solo. J’ai l’impression de comprendre chaque chanson de Mano Solo comme si je les avais écrites alors que la musique de Robert Wyatt est beauté qui me
dépasse.
Little Red Robin Hood Hit the Road n’est pas mon morceau préféré de cette cathédrale qu’est Rock Bottom et pourtant… J’avais déjà écouté d’une oreille trop
distraite cet album mais j’ai eu une sorte de déclic en réécoutant ce titre. Si j’ai pleuré, ce n’est pas à cause de la tristesse de la chanson mais au contraire de joie et d’émotion devant tant
de beauté. Un mélange de reconnaissance et de surprise d’avoir la chance d’être touché par tant de grandeur.
Cette chanson
représente pour moi encore une autre manière d’être émue par la musique. C’était la première fois que j’écoutais la chanson (trouvée au hasard ici) et
j’ai été littéralement saisi (un peu comme un homard dans de l'eau bouillante). La chanson correspondait exactement à mon état d’esprit. Des mots d’amour qui avaient pourtant tout pour sonner
comme des lieux communs apparaissaient comme la seule chose qui mérite d’être chantée.
PS: Ce sont en réalité deux chansons mises bout à bout (If you only knew et Let it be me)
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