Publié le 2 Décembre 2008

Petite pause à durée indéterminée car je suis un peu à court d'idées pour alimenter le blog. Je préfère ne pas trop faire de remplissage ni me répéter, comme je l'ai un peu fait dernièrement. Pour ceux, qui arriveraient ici pour la première fois et qui voudraient aller à l'essentiel, j'avais fait quelques "best-of" du blog par ici.

Pour la route, une superbississime vidéo de Robert Wyatt chantant Alifib au piano.


Robert Wyatt - Alifib (via KMS)

 

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Rédigé par Boeb'is

Publié dans #Vie du blog

Publié le 1 Décembre 2008

Un petit extrait du célèbre bouquin de Jack Kerouac. Je vous suggère en guide de BO un titre célébrissime sorti la même année que le bouquin.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
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« En sautant dehors, dans la nuit chaude, affolante, on entendit un ténox-saxo sauvage qui beuglait jusque dans la rue, on poussa des «I-AH! I-AH! I-AH!, claquant la cadence avec les mains tandis que les gens geulaient:  «Vas-y, va, va!». Dean traversait déjà la rue en courant avec son pouce en l'air, criant «souffle, mon pote, souffle!». Une bande de type de couleurs en complet du samedi soir étaient en train de pousser des hourras devant la porte. C'était une boîte saupoudrée de sciure avec une petite estrade où les gars de l'orchestre étaient entassés, coiffés de leur chapeau et soufflant par dessus la tête des gens, un endroit loufoque; des bonnes femmes avachies et loufouques déambulaient de temps à autre dans le secteur en peignoir de bain, les bouteilles s'entrechoquaient dans les ruelles. Dans le fond de la boîte, dans un corridor obscur, au delà du marécage des waters, une masse d'hommes et de femmes, debout contre le mur, buvaient du vin-spiodiodi (c'est du vin au whisky) et crachaient aux étoiles. Le saxo en chapeau étaient en train de souffler à l'apogée d'une improvisation merveilleusement bien réussie une suite en crescendo et decrescendo qui allait du «I-ah!» à un «I-di-li-ah!» encore plus délirant, et qui cuivrait sur le roulement fracassant des tambours aux cicatrices de mégots, que matraquait une grande brute de nègre à cou de taureau qui se foutait de tout sauf de corriger ses caisses d'explosifs, boum, le cliquetis-ti-vlan, boum. Un tumulte de notes et le saxo piqua le it et tout le monde compris qu'il l'avait piqué. Dean se prenant la tête à demain dans la foule et c'était une foule en délire. Ils étaient tous en train d'exciter le saxo à tenir le it et à le garder avec des cris et des yeux furibonds et, accroupi, il se relevait et fléchissait de nouveau les cuisses avec son instrument, bouclant la boucle d'un cri limpide au dessus de la melée. Une negresse de six pieds toute décharnée se mis à rouler ses os devant le saxophone du gars, et il se contenta de lui en filer un bon coup, «I! I! I!».

 

 
Tout le monde se balançait et beuglait. Galatea et Marie, une bière à la main, étaient debout sur leur chaise, trépignantes et bondissantes. Des bandes de nègres arrivaient de la rue en se bousculant, jouant des coudes pour entrer là-dedans. «Crampone le it mon pote!» beugla un mec avec une voix de corne de brume et il poussa un énorme rugissement que l'on dut entendre jusqu'au fond de sacramento, ah-ha, «Hou!» ajouta Dean. Il se frottait la poitrine, le ventre; la sueur lui dégoulinait du visage. Boom, kick, ce batteur enfonçait ses tambours jusqu'à la cave et remontait quatre à quatre la cadence à coup de baguettes meurtrières, cliquetis-ti-boom. Un gros type gras faisait des bons sur l'estrade, la faisant gondoler et craquer. «Iou!». Le pianiste se contentait de piloner les touches, de ses doigts écartelés, plaquant des accords, par intervalle, quand le saxo reprenait son souffle avant d'éclater à nouveau, des accords chinois qui timbraient tout les bois du piano; sons métalliques et chinetiques et bouing! Le saxo sauta en bas de l'estrade et se posta au milieu de la foule, soufflant à tous vents; son chapeau tombait sur ses yeux; quelqu'un le remis en place pour lui. Il retint son souffle et frappa du pied et souffla un chant rauque, mugissant, puis repris sa respiration et leva l'instrument et souffla l'aigu, immense, qui déchira l'air. Dean était exactement en fasse de lui, penché sur la cloche du saxo, battant des mains, innondant de sueur les touches du gars, et le gars le remarqua et rigola dans son saxo un long rire frissonnant et fou et tout le monde rigola avec lui et ils se balançaient et se balançaient.; et finalement le ténor-saxo décida de souffler sa péroraison et s'accroupit et soutint un bon bout de temps le do aigu pendant que tout s'écroulait dans la salle et que les cris augmentaient et que je me disais que les flics allaient rappliquer comme des sauterelles du poste le plus proche. Dean était en transes. Les yeux du saxo étaient braqués en plein sur lui; il tenait là un dingo qui non seulement pigeait mais avec le souci et la passion de piger plus et plus encore que ce qu'il y avait et ils se mirent à faire un vrai duo de dingos; et toutes sortent de choses sortirent du saxo, non plus des phrases mais des cris, rien que des cris. «Baouf!» et redescendant au «Bip» et remontant aux «I-i-i» et dégringolant dans les graves et les cloisons répercutant l'écho des éclats du saxo. Il essaya tout, par en haut, par en bas, par les côtés, sens dessus-dessous, à l'horizontale, à trente degrés, à quarante degrés, et finalement tomba à la renverse dans les bras de la foule et se laissa aller et tout le monde se poussait autour et gueulait: «Oui! Oui! Il l'a soufflé, ce coup là!». Dean s'épongea avec son mouchoir. »
 
J. Kerouac, Sur la route, Folio p.279 traduction Jacques Houbard

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