Publié le 12 Octobre 2010

Article préalablement publié sur interlignage: The Roots of Chicha 2 – Le grand retour de la cumbia péruvienne

Les musiques sud-américaines semblent être parmi les plus connues du monde ou en tout cas, dans les moins méconnues… et pourtant ! Je lisais récemment un (le seul d’ailleurs…) livre introductif en français sur la musique sud-américaine1, et quelle fut ma surprise de constater que d’Amérique du Sud, il n’était point question: 80% du livre était consacré aux musiques des Caraïbes!

Car la musique sud-américaine hispanophone, si l’on excepte le tango, quelques kitcheries world music et 2-3 tubes de l’été est complétement ignorée en Europe. Au point que la cumbia a commencé à être distribuée correctement il y a à peine 3 ou 4 ans2. Alors que la cumbia, c’est, avec le rock, la lingua franca des musiciens sud-américains ! De la Colombie où elle est originaire, la cumbia est devenu le genre populaire par excellence au Venezuela, en Argentine, au Chili et jusqu’au Mexique. Mais c’est la cumbia péruvienne qui nous retient aujourd’hui avec la sortie — pour  ma part très attendue — de la compilation The Roots of Chicha 2.

Roots of Chicha 2

Si le premier volume paru en 2007 était un peu chiche en présentation —  et même un peu incorrect —  le compilateur Olivier Conan a eu le temps en trois ans de se plonger plus profondément dans l’histoire de la chicha. Il nous livre cette fois un passionnant livret introductif. Revenons donc avec lui sur l’histoire de ce genre né il y a plus de 40 ans:

Si l’on peut remonter au début des années 1960 pour trouver des groupes péruviens jouant de la cumbia, la cumbia péruvienne comme style ne nait qu’en 1966 avec le premier album de Los Destellos. Son guitariste virtuose, Enrique Delgado, reprend le rythme et la basse caractéristique de la cumbia colombienne et y incorpore le meilleur des autres genres populaires à l’époque : la section rythmique des genres afro-cubains et surtout la guitare électrique du rock psychédélique de la Nueva Ola3.  Ce cocktail détonnant connaît un succès immédiat et de très nombreux groupes se mettent à jouer cette nouvelle cumbia peruana. A cette époque, on peut distinguer lacumbia costeña (de la Côte, notamment Lima) avec un son proche de celui des Destellos et la cumbia amazonica (de la région amazonienne, notamment Iquito).

C’est sur cette époque, qui constitue en quelque sorte l’âge d’or de la cumbia péruvienne, que la compilation se concentre. Si le premier volume se focalisait de manière quasi exclusive sur les groupes originaires d’Amazonie (Los Mirlos, Juaneco y su combo), le second opus englobe enfin des groupes phares de la Côte occultés (Los Ilusionistas, Manzanita y su conjunto) et de nouveaux titres des géniaux Destellos. La cumbia amazonica n’est pas non plus oubliée (Los Wemblers de Iquitos, Ranil) mais la surprise vient du nombre de titres qui ne sont pas des cumbias avec la présence de plusieurs groupes aussi inconnus qu’excellents (Los Ribereños, Compay Quinto, Los Walkers). Sans être des cumbias, la fusion qu’ils opèrent entre les rythmes afro-cubains et la guitare électrique  les placent incontestablement parmi les racines de la chicha. Cependant, le principal apport de la compilation d’Olivier Conan  par rapport aux autres compilations de cumbia péruvienne4, est qu’elle propose enfin de réelles chichas. Car, la cumbia péruvienne évoquée, n’était pas à proprement parler encore la chicha.

Celle-ci ne naît qu’à la fin des années 70  sous l’impact de l’exode rural des Andes vers la banlieue de Lima. Les migrations s’intensifient dans les années 80 précipitées par le terrorisme révolutionnaire du Sentier Lumineux (70 000 morts…). Ces provincianos et leurs descendants adoptent la cumbia mais en y intégrant leur musique natale, notamment le huayno. Si l’on pouvait retrouver les gammes pentatoniques typiquement andines dans les premières cumbias péruviennes, cette influence devient prépondérante en particulier au niveau du chant et des thématiques des paroles. Pour marquer la différence avec la cumbia colombienne, ce style est désormais appelé chicha, du nom de la boisson péruvienne à base de maïs. La compilation comporte trois titres (seulement) des premières grandes stars du genre que sont Chacalón, Los Shapis et Grupo Celeste. L’histoire de la cumbia-chicha ne s’est pas arrêtée à cette époque, le genre est même plus populaire que jamais mais la compilation ne va malheureusement pas au delà du début des années 19805. C’est d’ailleurs un phénomène bien curieux et assez regrettable que les rééditions de « musiques du monde » couvrent largement les années 60-70 mais quasiment jamais les artistes postérieurs… Est-ce l’arrivée des synthétiseurs ou du disque compact qui désintéressent les dénicheurs de vinyles à l’origine de ces compilations ?

Los ShapisLe livret s’attache ensuite à l’impact qu’a eu le premier volume de The Roots of Chicha au Pérou. Ainsi, la chicha est pour la bonne société péruvienne,  le symbole de la culture chola, celle des chauffeurs de taxi, des femmes de ménages,  et généralement des travailleurs du secteur informel et des habitants des pueblos jovenes, jugés peu éduqués, superstitieux, et même pour une bonne part responsables de la violence et de la corruption qui minent le pays. Quelle surprise ce fut donc de voir un label new-yorkais s’intéresser au genre! Le compiler, et même en faire des reprises (le groupe d’Olivier Conan, Chicha Libre). C’est un peu comme si un label américain compilait, r’n’b français, zouk love et tecktonik. A la décharge des Péruviens, les compilations The Roots of Chicha présentent la partie la moins kitsch du genre, que ce soit au niveau de la musique (en se concentrant sur les cumbias classiques plus que sur les chichas proprement dite), ou de l’artwork. Car un disque de chicha en vente au Pérou ressemble à ça. On est loin  — et heureusement— des images choisies par Olivier Conan!

Il fallut donc — phénomène classique — une compilation faite par des gringos et des critiques très positives dans la presse musicale internationale pour commencer — mais commencer seulement — à légitimer le genre aux yeux des Péruviens branchés. Comme l’explique le compilateur, la réappropriation concerne d’ailleurs surtout la cumbia amazonienne, non connotée « cholo » et « banlieue » (pueblos jovenes) comme la chicha. Une répétition de ce qui se passa au début des années 2000 avec la « découverte »  du baile funk des favelas brésiliennes qui provoqua un retour en force du genre au Brésil. Et c’est d’ailleurs la même chose qui fait que porter un bonnet péruvien (chullo) n’est devenu cool (et encore) pour un Péruvien urbain que depuis que Manu Chao s’affiche avec… Les compilations de cumbia péruvienne ont depuis fleuri, au Pérou bien sûr, à l’étranger également (Cumbia beat sorti en mai 2010 sur Vampisoul) et surtout moins officiellement sur internet6.The Roots of Chicha 2 vient donc prolonger ce réjouissant phénomène,  de niche mais bien réel, de l’exportation de la cumbia péruvienne en Europe et aux États-Unis. Car du reste, la cumbia péruvienne avait toujours été très populaire à l’étranger mais seulement en Amérique latine (influençant notamment les cumbias argentine et mexicaine).

Car le plus surprenant, ce n’est pas tant la légitimation tardive d’un genre jadis furieusement snobé : ça a été le cas du jazz, du rock et même de l’opéra bien avant lui ; c’est en cours pour le rap. Le plus surprenant c’est que toute cette musique formidable n’a jamais été oubliée ; elle était juste hors des circuits classiques des musiques du monde. Il est des compilations qui déterrent littéralement des vinyles devenus introuvables mais nul besoin de se donner tout ce mal pour la cumbia péruvienne: tous les titres de The Roots of Chicha 1 & 2 étaient parfaitement accessibles avant même sa parution. Ils sont depuis longtemps uploadés sur youtube, et regardés pour certains, des centaines de milliers de fois! Les groupes ont des myspaces, tournent encore pour certains. Et donc finalement, l’intérêt desThe Roots of chicha, n’est pas tant de rendre écoutables ces musiques, que de les rendre visibles par un nouveau public, et comme toute bonne compilation, d’avoir sélectionné avec goût 16 excellents titres parmi les milliers possibles.

The Roots of Chicha 2 – Psychedelic cumbias from Peru
Sortie le 12 octobre 2010 chez Barbès record 
Crédits photographiques : Barbès record

1. Isabelle Leymarie, La Musique sud-américaine, rythmes et danses d’un continent, Gallimard.
2. Ola Latina, (Bonnier Amigo, 2006), Colombia ! (Soundway, 2007), Arriba la cumbia(Crammed, 2008), Afrosound of Colombia (Vampisoul, 2010) et Beginner’s Guide To Cumbia (Nascente, 2010)  sans parler de l’effervescence de la nueva cumbia chez les hipsters !
3. Une sorte d’équivalent au yéyé français.
4. Outre Roots of Chicha 1 et une compilation dédiée à Juaneco (Masters of Chicha vol. 1) sortis par Barbès, Vampisoul a sorti Cumbia Beat.
5. Nous vous renvoyons donc à notre précédent article sur la musique péruvienne pour les évolutions ultérieures du genre.
6. Antología de la Cumbia peruana, Las Raíces de la cumbia, Chicha for the Jet set

Voir les commentaires

Publié le 9 Octobre 2010

Deux chansons iraniennes choisies et présentées par There's a Way Out, un iranien de 23 ans, qui aime Radiohead, Nick Drake et... Yann Tiersen:

 

Axiom Of Choice - Raindrops

dewplayer:http://boebis.free.fr/Musique/AxiomOfChoice-Raindrops.mp3& 

"Raindrops" est une chanson traditionnelle sur le thème, comme son nom l'indique, de la pluie. Le chanteur est accompagné par un soliste d'un style de violon perse. Les paroles sont dans un dialecte provincial, probablement du nord de l'Iran, d'où vient la chanson.

 

Kourosh Yaghmaei - Leila

dewplayer:http://boebis.free.fr/Musique/KuroshYaghmaei-Leila.mp3&

Ce titre est également une chanson traditionnelle (style mahalli), jouée par Kourosh Yaghmaei (کورش يغمائي). Il est considéré comme un des premiers rockeur iranien. Il chante son chagrin d'amour, causé par Leila, dont il vante les beaux yeux noirs. Emmenée loin de lui, pour libérer son coeur, il doit d'arracher les yeux par une lame...

Voir les commentaires