Partager l'article ! La musique du monde existe (je l'ai rencontrée): La musique du monde me tracasse (encore !). Il est facile de dire que c’est un terme qui ...
Si musique du monde n’est pas un terme musical, ce n’est pas un terme vide de sens non plus. Il suffit de voir d’où il vient : l'expression été créée à la fin des années 1980 à
l’initiative d’un groupe de petits labels et d’artistes (Paul Simon et Peter Gabriel en tête) qui promouvaient sans trop de succès des musiques non occidentales. Leur stratégie a été de créer ce
terme « world music » autour duquel se fédérer et devenir plus facilement identifiables par les médias et par le public. Ça a été un gros succès et c’est ainsi que, un peu par hasard,
s’est peu à peu imposé le terme de World music. Son ambiguïté congénitale était de rassembler sous un même mot des albums de musique traditionnelle pure (comme ceux de Nusrat Fateh Ali Khan) et
des albums de fusion entre traditions occidentale et non occidentale (comme Graceland de Paul Simon).
La World music n’est donc qu’un terme de marketing qui n’aurait jamais du être confondu avec un genre. C’est un peu la même confusion qui s’est opéré avec l’ « indie » (qui est un
critère financier et un argument marketing mais pas un genre).
Mais si le terme world music est contestable, il n’empêche que ce mouvement des années 1980 a permis la dé-ghettoïsation de la musique traditionnelle non occidentale. Elle est sortie de
son statut de curiosité pour basculer dans celui de musique populaire, voir de musique de masse. Le terme a pris de l’ampleur et est même utilisé pour une partie de la musique folklorique
occidentale: celle qui est restée sous la touche de l’histoire de la musique. Ainsi la folk américaine rentre rarement dedans mais la chanson française oui (sauf en France). Mais que véhicule le succès du terme world music ? Pourquoi cette étiquette marketing qui n’a aucun fondement musical a-t-elle si
bien marché? Le principe d’une étiquette est de sous-entendre « qui aime l’artiste étiqueté A aimera probablement cet autre artiste doté de la même étiquette ». Ainsi, l'idée que
traduit la notion de world music est qu’un auditeur aimant la pop arabe a plus de chance d’aimer la musique celtique que la pop américaine; c’est qu’un auditeur aimant la musique classique
japonaise aura plus de chance d’aimer la musique tribale papoue que la musique classique européenne. C’est à la fois évidemment faux, ça mais recèle aussi une part de
vérité.
On est tellement habitué à écouter de la musique d’une certaine sphère culturelle qu’on digère mieux des approches opposées (musique classique et pop occidentale)
alors qu’on peut être rebuté par des musiques finalement semblables dans la démarche (pop cantonaise et pop française). C’est vrai, mais ça l’est de moins en moins. Il n’y a qu’à voir les succès
à répétition de groupes non occidentaux (pas synonyme de qualité d'ailleurs). Une fois que ces groupes connaissent le succès chez nous, on les classe plus difficilement dans la world music. Je
parle pas de groupes comme le Buena Vista Social Club qui répond parfaitement à l’imagerie world music avec ce côté sympa et authentique (sans parler des pochettes qui ressemblent à des tablettes
de chocolat commerce équitable). Je pense plus aux succès des tubes merengue, reggaeton, raï, coupé-décalé… Plus ces genres envahissent les ondes, plus le peu de sens qu'on pouvait conférer à
l'expression world music se dissout, jusqu'à je l'espère disparaitre pour de bon.
Webzines
Derniers Commentaires