La musique du monde existe (je l'ai rencontrée)

Publié le 7 Février 2008

La musique du monde me tracasse (encore !). Il est facile de dire que c’est un terme qui ne signifie rien : l'expression est impropre puisque toute musique est par essence « du monde » (du moins jusqu’à ce qu’E.T ne sorte un album). Ce n’est même pas la musique folklorique puisqu'on exclue la folk américaine ou la chanson française. C’est simplement ce qui ne peut se ranger nulle part. Mais pourquoi ce terme est-il si largement utilisé ? Charts, festivals, magazines, blogs…


Si musique du monde n’est pas un terme musical, ce n’est pas un terme vide de sens non plus. Il suffit de voir d’où il vient : l'expression été créée à la fin des années 1980 à l’initiative d’un groupe de petits labels et d’artistes (Paul Simon et Peter Gabriel en tête) qui promouvaient sans trop de succès des musiques non occidentales. Leur stratégie a été de créer ce terme « world music » autour duquel se fédérer et devenir plus facilement identifiables par les médias et par le public. Ça a été un gros succès et c’est ainsi que, un peu par hasard, s’est peu à peu imposé le terme de World music. Son ambiguïté congénitale était de rassembler sous un même mot des albums de musique traditionnelle pure (comme ceux de Nusrat Fateh Ali Khan) et des albums de fusion entre traditions occidentale et non occidentale (comme Graceland de Paul Simon).


La World music n’est donc qu’un terme de marketing qui n’aurait jamais du être confondu avec un genre. C’est un peu la même confusion qui s’est opéré avec l’ « indie » (qui est un critère financier et un argument marketing mais pas un genre).

Mais si le terme world music est contestable, il n’empêche que ce mouvement des années 1980 a permis la dé-ghettoïsation de la musique traditionnelle non occidentale. Elle est sortie de son statut de curiosité pour basculer dans celui de musique populaire, voir de musique de masse. Le terme a pris de l’ampleur et est même utilisé pour une partie de la musique folklorique occidentale: celle qui est restée sous la touche de l’histoire de la musique. Ainsi la folk américaine rentre rarement dedans mais la chanson française oui (sauf en France). Mais que véhicule le succès du terme world music ? Pourquoi cette étiquette marketing qui n’a aucun fondement musical a-t-elle si bien marché? Le principe d’une étiquette est de sous-entendre « qui aime l’artiste étiqueté A aimera probablement cet autre artiste doté de la même étiquette ». Ainsi, l'idée que traduit la notion de world music est qu’un auditeur aimant la pop arabe a plus de chance d’aimer la musique celtique que la pop américaine; c’est qu’un auditeur aimant la musique classique japonaise aura plus de chance d’aimer la musique tribale papoue que la musique classique européenne. C’est à la fois évidemment faux, ça mais recèle aussi une part de vérité.

On est tellement habitué à écouter de la musique d’une certaine sphère culturelle qu’on digère mieux des approches opposées (musique classique et pop occidentale) alors qu’on peut être rebuté par des musiques finalement semblables dans la démarche (pop cantonaise et pop française). C’est vrai, mais ça l’est de moins en moins. Il n’y a qu’à voir les succès à répétition de groupes non occidentaux (pas synonyme de qualité d'ailleurs). Une fois que ces groupes connaissent le succès chez nous, on les classe plus difficilement dans la world music. Je parle pas de groupes comme le Buena Vista Social Club qui répond parfaitement à l’imagerie world music avec ce côté sympa et authentique (sans parler des pochettes qui ressemblent à des tablettes de chocolat commerce équitable). Je pense plus aux succès des tubes merengue, reggaeton, raï, coupé-décalé… Plus ces genres envahissent les ondes, plus le peu de sens qu'on pouvait conférer à l'expression world music se dissout, jusqu'à je l'espère disparaître pour de bon.

 

Rédigé par Boeb'is

Publié dans #Blabla

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Boeb'is 09/02/2008

c'était donc lui! Je trouvais ça bizarre aussi qu'il se soit arrêté après son film. Il était encore jeune et plein d'ambition!

l'hystérique 12/02/2008

totalement d'accord avec toi. L'univers culturel dans lequel on est baigné semble nous rebuter à découvrir des trucs qui nous paraissent totalement loin de nous. Pourtant, c'est souvent très bien. j'ai déjà écouté de la pop coréenne et j'ai trouvé qu'outre le fait que ça ressemblait beaucoup à du Britney Spears (mais c'est le goupe qui le voulait) c'était du bon son. Et c'est pareil pour le cinéma, la littérature... Je sais pas de quoi les gens ont êur, peut être que ça leur ouvre des porte qu'ils n'ont pas envie d'ouvrir. mais c'est dommage, en se fermant à certains trucs, on en râte !

Boeb'is 12/02/2008

J'ai l'impression que l'ouverture est mieux accomplie au ciné. Une programmation d'un festival de qualité comprend souvent un bon paquet de nationalité. Pour la littérature, c'est différent aussi à cause des problèmes de traduction qui rendent cher la publication d'auteurs étrangers. Enfin pour la musique c'est vrai que y a le problème des paroles mais je pense pas que ça soit déterminant vu le niveau d'anglais moyen des français.C'est sûr que de nous même, on va difficilement vers qqchose qu'on connait pas du tout. Souvent on sait même pas que ça existe. Mais je pense vraiment que le problème vient de la distribution actuelle, et de la notion de World music, qui reconnait les autres genres mais les cantonnent en même temps.A la fois ça a permis de promouvoir les musiques qu'on entendait pas beaucoup, mais ça a paradoxalement limité sa diffusion dans un second temps, en créant de nouveaux stéréotypes.Je suis persuadé que si on classait différement les genres, les gens seraient plus ouverts. Si on mettait les musiques classiques à côté, je suis sûr que des fans de Bach jetteraient un oeil vers le Kabuki ou tous les styles de musiques classiques non occidentaux. Et pareil pour tous les autres styles.D'ailleurs le classement des articles sur ce blog par pays est un peu le contraire de ce que je dis, mais l'idée était de mettre en valeur la diversité des pays abordés.

Christian 24/02/2008

Comme toi, je n'ai jamais aimé cette appelation marketing "World Music". Cela ne veut rien dire. Et je suis toujours surpris d'entendre des "j'aime ou j'aime pas la world music". Ben voyons...Ce que je n'aime pas en premier lieu, c'est la fusion policée du style Johnny Clegg. Ce qui pourrait d'ailleurs m'amener à me contredire, et d'affirmer donc : "j'aime pas la World Music".Mais j'aime la musique brésilienne, la salsa, le tango, Fela Kuti, les chants zoulous, le taiko...

Boeb'is 24/02/2008

C'est tout à fait ça, le paradoxe entre un genre qui n'existe pas en tant que tel mais qui finit par exister !