Vendredi 23 mai 2008
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1967. Alors que la guerre du Vietnam fait rage, un jeune duo parcourt le Sud Vietnam pour chanter la paix. Il s’agit de Trinh Cong Son, compositeur et guitariste de
28 ans qui a déjà quelques succès à son actif et de la toute jeune chanteuse Khanh Ly âgée de 22 ans. C’est à cette époque que le duo enregistre la plupart de ses grandes chansons, celles qui le
fera entrer la légende et qui sont aujourd’hui connues par tous les Vietnamiens. Ces chansons sont publiées en 1969 dans ce qui est certainement l’album central de la chanson vietnamienne :
Khanh ly hat cho quê huong Viet Nam, ce qui signifie littéralement Khanh Ly chante pour la patrie du Vietnam.
Un titre d’album nationaliste pour un disque pacifiste ? C’est surprenant mais pas paradoxal car à l’époque, le peuple vietnamien est déchiré entre la
République du Vietnam au Sud et la République démocratique du Vietnam au Nord. Quand Trinh Cong Son exalte la nation vietnamienne, il ne fait que chanter la paix et la réunification. Et avec
quelle grâce ! Car la guerre et la paix, c’est certes un beau thème mais c’est surtout très casse gueule. Trinh ne fait pas dans la démagogie, il ne donne pas de leçon. Trinh
raconte.
Il raconte le quotidien des civils, quand « le son du canon parvient à la ville nuit après nuit » quand « le balayeur de rue arrête son
balai pour tendre l’oreille ». (Đại Bác Ru Đêm). Il met en scène un vieillard et un gamin dans les ruines d’un parc (Người già em bé), une mère berçant son enfant en se demandant s’il
atteindra les 20 ans pour devoir partir à la guerre (Ngủ Đi Con).
Trinh ne se contente pas des descriptions morbides; il raconte aussi la fin fantasmée de la guerre. Il imagine quand il visitera le Vietnam « de Saigon
jusqu’au Centre et de Hanoi au Sud», qu’il ira visiter « la route parsemée de tranchées ». Il raconte que « dans mon pays, les gens auront finis de
s’entretuer », que « tout le monde sera dans la rue avec le sourire », mais aussi que « la vieille mère ira chercher dans la montagne les restes de son
enfant » (Tôi sẽ đi thăm). On retrouve ce thème décliné dans plusieurs titres, comme Ta thấy gì đêm nay où il imagine le soir de l’armistice. La chanson la plus frappante dans ce style
est la très entraînante "Formons une grande ronde" (Nối vòng tay lớn) qui est devenue l’hymne quasi-officiel de la Réunification, et qui est toujours chanté dans les karaokés et ailleurs.
D’autres chansons sont des hommages aux décédés, comme "Chanter sur les morts "(Hát trên những xác người) ou la "chanson dédiée
aux morts" (Bài ca dành cho những xác người). Cette dernière évoque des « morts flottant sur les rivières, étalés dans les champs, sur les toits des villes, sur les chemins
tortueux », « sous les auvents des pagodes, dans des églises, sur le seuil de maisons désertées ». Mais toujours l’espoir prend le dessus, et Khanh Ly continue en
chantant « Printemps, les morts nourrissent les chants / Vietnam, les morts donnent du souffle à la terre de demain»
Toutes les chansons ne parlent pas spécifiquement de la guerre mais dès qu’on regarde en détail les paroles on voit que toutes en sont empreignées. Comme une de mes
préférées, Xin cho tôi (donne-moi), où une Khanh Ly brisée implore qu’on lui donne « la main chaude de ma mère », « un jour de sommeil paisible », des
« nuits sans bruit de mitraille ».
Ce qui est assez extraordinaire dans ces chansons c’est la communion parfaite entre la voix très puissante de Khanh Ly et les arrangements très discrets. Une
guitare, une basse, parfois un piano ou un cuivre. Pas d’effet d’esbroufe, tout est très maîtrisé et au service de la chanson. Le son est parfois étrangement proche de ce qui se faisait de mieux
aux Etats-Unis à la même époque. Par exemple, l’intro de Ca Dao Me ressemble un peu à du Nico/John Cale. Ce son sobre, presque minimaliste est vraiment une des grandes réussites de cet
album.
C’est d’autant plus important que toute la musique populaire vietnamienne est marquée par des arrangements craignos, avec une sorte de vernis de violons synthétiques
assez déprimant. D’ailleurs toutes les chansons de Khanh Ly seront ré-enregristrées dans les années 1980 et ce sont ces versions qu’on trouve le plus facilement. Pire, les versions originales
n’ont jamais été éditées officiellement en CDs ! Certes la voix de Khanh Ly reste et c’est le plus important mais pour les instruments c’est comme écouter du Brassens joué par Jean-Jacques
Goldman.
Voilà, j'espère sincèrement que les personnes qui sont arrivées jusque ici écouteront attentivement l'album. Même si vous êtes déroutés, persévérez! Cet album c’est tout sauf une curiosité
marrante qu’on trouve sur le net et qu’on écoute d’une oreille distraite. C'est au contraire le genre d'albums qu'on écoute et ré-écoute sans se lasser, le genre d'albums qui peut vous
accompagner toute une vie, comme ceux de Dylan ou de Brassens pour rester dans les noms cités. Promis, vous m'adorerez bientôt pour vous l'avoir fait découvrir. Ah, j'espère qu'un jour un label
fera pour la musique vietnamienne ce qu'a pu faire le label Buda Musique pour la musique éthiopienne, mais en attendant les mp3 c'est mieux que rien.
Pour finir, un très gros merci au forum Pho xua où j’ai pu récupérer les versions originales des chansons de Khanh Ly d’avant
1975 et les images des pochettes, et en particulier à Hu Vo qui a répondu à mes questions. Pour la traduction des paroles je me suis aidé du très bon site tcs-home et des conseils de Cop. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur Khanh Ly, en particulier sur ses enregistrements postérieurs à 1975 un petit tour sur son
site officiel.
Je rappelle LE LIEN pour télécharger l'album.
Et enfin, une chanson en teaser pour ceux qui ont la flemme de télécharger tout l'album.
Khanh Ly & Trinh Cong Son - Xin cho tôi (donne moi)
PS: une info précieuse, Khanh Ly fera un concert le dimanche 15 juin 2008 à l’espace des peuplier, Paris 13eme. A ne pas rater!
how long did you spend writing it? that's a long post and with my little French, I can understand, I guess 2/3 of that :P.
Btw, I just wanna tell you some things after reading your post. "la République du Vietnam au Sud et la République démocratique du Vietnam au Nord", hmm, is just quite not true. Its between the Socialist in the North and Republic in the South.
You know, wars are always bad, but Vietnamese fought Vietnamese (at that time, particularly in SG, between Vietnamese soldiers who worked for The Republic supported by the Americans) was the worst. That's one of reasons for Trinh to write such those songs. You can find it at the song "Gia tai cua Me" _ Mother's Properties which was not allowed to sing a couple year ago in VN (but now it's OK).
I agree with you about the song Noi Vong Tay Lon - everyone here knows and sings it (included me). We remember it much more than the national athem. We can sing it anytime when we get together. That song is just simply the representive.
Reason why some Trinh's songs are not allowed to pubish or sing here is political viewpoints. They are afraid that those songs will bring bad affects to the young's thinkings. Shucks! (dont wanna mention such silly political stuffs here)
Most of the time, I listen to music because of their melodies but to Trinh's songs, it is completely different. Melodies and Lyrics are what I love about Trinh's songs.
One more thing about Trinh, the day he died is 1st Apr when no-one believed its true ( you know, its April Fool). Every year, there are many shows on that day to honor/sing/remember him and his songs. Recently, his family have asked about the copyright of his songs. It just bring difficulties to the show maker, but to people who love Trinh, it does not matter. Who cares? We love his song. We listen to his songs. We deliver them to everyone (non-profit making).
Paris show is popular in France and similar to Thuy Nga show in USA, dont you know? Will you come to that show?
Hardly believe that a friend of mine like those songs...Different languages. Ah wait, not really, one common thing: musis ^_^
Anyway, merci anh! Em thich khi anh viet ve Trinh. Anh gioi lam! ;-)
République du Vietnam and République démocratique du Vietnam are the names in french for the South and the North. "democratic" was the name used by the socialists.
I didnt know there were some songs of TCS forbidden :(. I ve read that he had some problems during the War with the the Government of the South. I ve also read that when the North won, he had to spent 4 years in a reeducation camp (like farm labor i think). I didnt talk about this, to focus on the music.
Well, happy that you got 2/3 of this.
Yes, Noi vong tay lon is so famous. I remember to have heard it in Karaoke, and also in a rock concert (when i was in Ha Noi). People were so excited at that time, it was crazy! Great memory.
For the copyrights of his song, I dont know. Its normal to people to enjoy it, but its also normal for the family of him to get profit. I mean, he sells so many CDs, but 99% of them are pirate ones so the family dont get anything. Not really fair i guess.
Well, hope that this article will help some french to discover this singer. Not fair that only Viet kieu can enjoy those songs :P
To understand them, according to the old, you must experience life and then you will see how right they are. I guess so. I have never experienced the war life, so somehow I dont know how suffer, awful or painful it was or how awesome to have freedom that the people at that time experienced. My parents' generation does understand that. They love Trinh's song and can tell you each song's meaning.
Anyway, you made a good try. Hopefully more foreigners love those songs.
Pour la version des albums de Khanh ly d'avant 1975, ils ne sont plus à ma connaissance distribués... Même au Vietnam, ils ne sont pas faciles à trouver! par contre tu peux trouver les versions avec les arrangements plus pop en cherchant chez les disquaires du quartier asiatique de Paris.