De la vague rock qui déferle sur le monde à la fin des années 50, le Pérou n'est bien sûr pas épargné. Les premiers groupes locaux ne tardent pas à naître à Lima. Les premiers à sortir un
album chanté en espagnol sont los Incas Modernos en 1963. Pourtant la vraie naissance du rock péruvien date sans conteste de l'année suivante avec la création d'un groupe majeur: Los Saicos.
Los Saicos: ne vous fiez pas à leurs gueules d'anges
10 ans avant le punk, 10 fois plus sauvage que le garage rock naissant: voilà ce qu'on fait los Saicos en 1964. Une petite révolution dans un rock en espagnol quasi inexistant qui ne produisait à
l'époque que des pâles copies des groupes nord-américains. Los Saicos deviennent même 1er des ventes avec un tube improbable dont le titre résume l'effet produit sur la musique péruvienne de
l'époque: Demolicion!
Un autre titre bien sauvage parmi leur courte mais impeccable discographie: Fugitivo de Alcatraz.
Los Saicos sont le déclencheur et la principale influence de toute une scène rock psychédélique très créative avec los Shain's et los Yorks. On remarque la place prépondérante accordée à la guitare, continuant la tradition de la musique criolla. En même temps la Nova Ola (nouvelle vague), une scène de
ballade rock édulcorée se développe en Amérique latine. Elle est influencé par les boleros (populaires dans la musique criolla) et la chanson italienne (via la communauté
italienne d'Argentine). Les représentant péruvien sont los Doltons.
Los Shain's
Los Shain's - El Monstruo. Le leader de ce groupe formera plus tard Pax, premier groupe de hard rock
péruvien
Les années 1970-80: de la mise en sourdine à la renaissance
Dans les années 70 le rock connaît un important reflux sous la dictature de Juan Velasco Alvarado. Ce dernier limite considérablement leur accès aux médias et le rock laisse la place à la vieille
musique criolla, aux salsa et cumbia naissantes et aux ballades. Le rock refait surface au début des années 80 porté par le rock progressif et le rock subterráneo (c'est à
dire underground). Un groupe clé dans cette résurrection est Frágil, mais qui comme 95% du rock progressif a pris un sacré coup de vieux: Frágil - Av. Larco
On assiste également à des fusions du rock avec les musiques folkloriques péruviennes. Un des premiers est Polen, un
groupe de folk psyché du début des années 1970. De la musique raffinée et aboutie (mais un peu chiante). L'idée est aussi exploitée dans les années 80. Miki Gonzales, issu du rock
subterráneo, est un des premiers à intégrer la musique afro-péruvienne dans ses chansons festives et engagées. Par exemple dans Dìmelo dìmelo.
Cependant, les fusions les plus réussies proviennent à mon avis de Del Pueblo del Barrio, sans doute un des meilleurs groupes de rock péruvien. Ils injectent cajón afro-péruvien, charango et
flûtes andines dans de brillants morceaux rock. Le clip est très sympa en plus.
Et pour conclure sur les années 80, voici un titre qui résume avec humour cette désolante décennie pour le Pérou, marquée par la corruption, le détournement de fonds par tous les Présidents,
l'inflation à 3000% et le terrorisme. La chanson reprend la comptine qu'on a également en France "un éléphant qui se balançaient sur une toile d'araignée", remplacée par les terroristes du
Sentier lumineux et la clique des hommes politiques de l'époque d'Alan Garcia à Fujimori, se balançant entre des tours électriques (que les terroristes faisaient sauter).
Los No se quien y los no se cuantos - las Torres
Les années 1990-00: l'explosion commerciale
Dans les années 90 apparaissent de véritable stars dans le rock péruvien qui s'exportent dans toute l'Amérique latine, tels Mar de Copas et Pedro Suarez Sertiz. Le côté ballade romantique
rapproche ces genres de la Nova Ola des années 60-70 mais s'inspire surtout des genres à la mode aux Etats-Unis et en Argentine (les patrons du rock en español) . Ce rock mainstream n'est pas
vraiment ma tasse de thé. Je vous présente quand même un des grands tubes de Pedro Suarez Sertiz, Quand tu penses à revenir. Ce titre est intéressant pour son utilisation discrète
des instruments traditionnels péruviens (charango, quenas, cajón) qui montre que la fusion a été en quelque sorte digérée. Mais surtout la chanson parle de la nostalgie des émigrés pour leur
terre natale. Un thème qu'on ne risque pas de trouver en France et qui illustre bien l'émigration économique des pauvres et des jeunes hauts-diplômés en quête d'une vie meilleure.
Pedro Suarez Sertiz - Cuando pienses en volver
La scène alternative se développe en parallèle et copie également tous les genres venus des Etats-Unis ou d'Argentine. Un exemple sympa avec Los Mojarras avec Triciclo Peru. Vous reconnaitrez
peut-être les références à la fin de la chanson à la célèbre valse criolla Alma Corazon y Vida.
Parmi les autres bons groupes, on peut aussi citer 6 Voltios, Los Fuckin Sombreros, Resplandor ou La Sarita.
Je conclue sur le rock péruvien avec un groupe qui a sorti son premier album en 2009 et qui nous livre ici une superbe reprise de Come On, un classique composé par... Los Saicos!
La boucle est bouclée.
Los Protones & Natasha Luna, "Come On"
Quelques autres styles contemporains
Je me suis attardé sur le rock qui a une longue et riche histoire au Pérou mais il existe bien sûr d'autres genres à s'être implantés.
Le jazz péruvien commence à se développer dans les années 70 avec notamment Jaime Delgado Aparicio. Un des meilleurs groupe est certainement Perú Jazz qui intègre les influences afro-péruvienne.
Perú Jazz - Zapateo (1985)
Je ne m'attarderai pas trop sur le hip-hop puisque j'y avais déjà consacré un billet sur
ce blog. Il reste très underground mais il y a quand même une scène dynamique qui se concentre quasi exclusivement à Lima. Mon groupe de loin préféré de rap péruvien est Pedro Mo. Pedro Mo ft Bantu - En Que Estas, tiré de leur dernier album datant de 2009.
Un autre très bon titre avec un sample de guitare criolla, Cuarto Clavo.
La salsa fut très populaire au Pérou dans les années 70-80. Quelques groupes locaux furent créés tels que Pepe y su Orchestra, Antonio Cartagena ou Camaguei... Vous pouvez
avoir un bon aperçu sur cette page. Le reggaeton fut la seconde grosse vague qui s'est
déversé des caraïbes sur les dancefloor péruviens. Les groupes locaux sont los R.E.M Stone, MC Francia ou Los TNT.
Regardez par exemple Mira la morena, un remix reggaeton du tube 80s qui intégrait lui même cajón et zampoña!
Pour la musique électro, je vous suggère d'écouter La Mente.
Le grand absent de cet article est la cumbia péruvienne mais le genre est si riche que je préfère
lui consacrer un article à part entière...
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