Japon

Mardi 7 juillet 2009 2 07 07 2009 10:24

Je ne connais pas grand chose sur la musique japonaise actuelle. Pourtant, à côté des Cornelius,  Tha Blue Herb, DJ Krush et autres Boredoms, je suis prêt à ranger au même niveau les galettes d'Asa-Chang & Junray. Qu'on me pardonne ce crime de lèse-majesté d'un néophyte en la matière, qui plus est, pour un groupe découvert il y a... deux jours! Et tant pis si l'enthousiasme fond dans une semaine. Car quel groupe!

Pour les infos factuelles, on peut dire qu'Asa Chang est l'ancien fondateur du Tokyo Ska Paradise Orchestra (groupe assez sympa d'ailleurs dont on a du mal à imaginer qu'il a le même géniteur). Il est accompagné du programmeur et guitariste, Hidehiko Urayama du joueur de tabla U-zhaan, et sur certains titres de Kyoko Koizumi.

Pour la musique elle même, la description est périlleuse. Certains passages pourraient être qualifiés d'expérimentaux, mais je n'aime pas ce terme que j'associe trop facilement aux personnes qui creusent la forme à défaut d'avoir quelque chose de fort à exprimer. Le son du tabla, la langue japonaise pourraient faire pencher la balance vers une musique exotique, mais encore, il n'en est rien.

La musique d'Asa Chang & Junray est surtout exceptionnellement expressive, ou peut être plutôt suggestive. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait penser aux passages oniriques du Voyage de Chihiro. Un monde chaleureux non dénué de violence, merveilleux mais extrêmement intime. Il a aussi un aspect profondément traditionnel, profondément japonais. Mais comme Miyazaki qui s'inspirait du Roi et l'oiseau de Paul Grimault, comme Tezuka qui s'inspirait de Walt Disney, il s'agit d'une "japonéité" ouverte sur les autres et sur la modernité. Ce n'est plus une musique extravertie et festive, directement calquée (fût-ce avec brio) sur l'Occident comme Asa Chang la jouait avec son Tokyo Ska Paradise Orchestra. C'est une oeuvre de maturité qui nous apprend quelque chose sur nous même. En fait, on a l'impression d'écouter de la musique traditionnelle, mais celle qu'écouteront nos arrière-petits-enfants.

Petit extrait d'une interview passionnante. La question porte sur les rythmes étranges qui parcourent les chansons.

Kyoko Koizumi (la chanteuse dont la voix a été modifiée par Asa Chang): "At first I just took in how the song ended up, but as I listened a few times more, I felt how poignant it was, thoughts stopping and starting, words faltering or blurting out - just like the minds of people having conversations, and I realised how good it was."

Asa-chang: "She's said it all (laughs). I was going to try and explain, but she's said it all (laughs). The reason why Junray cuts such random rhythms is because human emotions sway. People contemplate; they have thoughts that cant be put into words. The rhythms aren't just there for fun, they are the way they are because they're trying to express such scenes of emotion. As far as I'm concerned, I'm not trying to make strange music, or experiment."



Asa-Chang & Junray - Senaka
 


Deux mp3
Asa Chang & Junray - Kana
Asa Chang & Junray - Kaikyo

Et au passage, j'apprends qu'ils ont sortis un nouvel album le 17 juin 2009. Pour en savoir plus, je vous conseille leur site officiel (partiellement en anglais), et le site de Sonore, un label et une agence artistique qui travaille avec eux en Europe.


Par Boeb'is
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Lundi 4 mai 2009 1 04 05 2009 20:24
Pour ceux qui sont comme moi tombés sur le charme de la chanson que chante la grand-mère nostalgique de Still Walking, le dernier film du déjà grand Hirokazu Kore-Eda. Il s'agit de Blue Light Yokohama, de Ishida Ayumi.



Cette chanson est dans le style enka, c'est à dire la musique populaire traditionnelle à la mode avant d'être supplantée par la j-pop.

Plus: Les paroles traduites en anglais - le mp3
Par Boeb'is
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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 23:40
Une chanson et une chorégraphie irrésistible dans le très bon film The Taste of Tea d'Ishii Katsuhito. Comme La saveur de la pastèque, un film dont le ton oscille très adroitement entre sérieux et burlesque.

La chanson de la montagne


Une courte vidéo, légèrement musicale, très tendre et surtout très drôle, à l'image du film dont elle est tirée: Mes voisins les Yamadas, un des films les plus justes que j'ai pu voir sur la famille.

Par Boeb'is
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Jeudi 20 mars 2008 4 20 03 2008 19:20

J'ai souvent un peu tendance à évacuer les Grandes oeuvres (celles avec un grand G) non pas que je ne les apprécie pas, simplement que je ne me sens pas à la hauteur pour en parler. Je pense à la musique classique occidentale, mais même en rock des albums vraiment immenses comme Rock Bottom de Robert Wyatt, ou Desertshore de Nico sont trop grands pour mon petit blog (j'avais osé parler d'Astor Piazzolla mais c'était particulièrement bref). Tout ça pour dire que mon estime pour un artiste est souvent inversement proportionnelle à la taille du billet qui lui est consacré.


Le billet sur La Vie d'O-haru femme galante de Kenji Mizoguchi se devait donc d'être court! Mizoguchi est peut-être le plus grand cinéaste japonais, devant Ozu et Kurosawa. C'est le genre de phrase péremptoire qui ne servent à rien mais que voulez-vous,  tous les statagèmes sont bons pour vous inviter à regarder ses films. Je ne vais pas vous imposer un résumé du film, mais je dois bien introduire l'extrait disponible sur youtube. Le film suit la vie et les drames d'O-haru. Elle est notamment chassée de la maison d'un chef de Clan dont elle a enfanté l'héritier. Après une série de malheurs, elle se retrouve mendiante et apperçoit son fils qu'elle n'a pas pu voir grandir. L'extrait, surtout en qualité youtube n'est rien en comparaison du film mais permet de se faire une bonne idée de son intensité. On a aussi l'occasion d'entendre deux chansons magnifiques. La BO dans son ensemble est vraiment exceptionnelle et constitue à n'en pas douter une bonne introduction vers la musique traditionnelle japonaise. Mais celle-ci n'est pas distribuée en France donc je n'ai que les souvenirs du film pour me consoler. Trève de bavardage!



Plus: résumé sur le site du ciné club de Caen.

 

 

Par Boeb'is
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Mercredi 19 mars 2008 3 19 03 2008 21:25
S'il y a des traits récurrents chez Tarentino, ce sont clairement ses références au cinéma B et son attention à ses bandes originales. Kill Bill n'échappe pas à la règle, boursouflé de clins d'oeil au cinéma des années 60-70, westerns spaghetti, films de Kung-fu hongkongais et ciné japonais. Ainsi l'intrigue et le traitement sont très proches de celle de Lady Snowblood de Toshiya Fujita qui en scène la sanglante vengeance d'une femme, incarnée par Meiko Kaji. Les liens sont assez forts avec d'autres films de Meiko Kaji notamment la série des Scorpions. Jugez-en par vous même avec leurs bandes annonces.

 

La bande annonce du 3e épisode de la série Scorpion


La bande annonce de Lady Snowblood
Certains d'entre vous auront peut-être reconnu les chansons qu'on entend sur les bandes annonces, puisqu'elles sont présentes sur les BO des Kill Bill. Ainsi parmi le lot de perles qu'elles recèlent (Bang Gang, The Grand Duel, Twisted Nerve, Ode to Oren Ishii etc.) on trouve Flower of Carnage (Shura no Hana) qui n'est autre que le thème de Lady Snowblood et Uramu-Bushi... celui des Scorpions! Et les deux sont interprétés par l'actrice Meiko Kaji.

Deux chansons ça reste peu, donc voilà d'autres titres de la belle Meiko issues de la compilation Zenkyoku Shu.

Onna no Jiyumon
-
Jean Blues 

Et une dernière chanson avec des arrangements plus discrets.

Sources: WP - Kill Bill - Wildground
Par Boeb'is
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Mercredi 27 février 2008 3 27 02 2008 12:18
tomokawa.jpg       mikami.jpg
La musique japonaise nous offre ce qui peut se faire de plus extrême en musique, que ce soit dans la mièvrerie de la j-pop et du visual-kei, ou des expérimentations noisy de Keiji Haino. Alors quand des japonais s'attaquent au blues et au folk, il ne faut pas s'étonner de retrouver l'esprit de tristesse et de lamentation propre à ces genres mais porté à son paroxysme.

Tomokawa Kazuki et Kan Mikami oscillent entre sincérité et maniérisme, entre rage contenue et folie assumée. L'ambiguité se retrouve dans les arrangements, entrainants et somme toute assez conventionnels mais interprétés d'une manière complètement excessive. Ils bourinnent sur leurs guitares et pianos accoustiques comme s'ils faisaient du death metal. Le chant navigue entre la douce plainte et le hurlement de damné. Finalement ça ressemble pas mal aux chants proches de la rupture qu'on trouve dans le Kabuki.


Tomokawa Kazuki - Issaigassaiyomosueda


Plus: Vous pouvez trouver des albums de Kan Mikami en téléchargement sur le blog japanunderground. Pour les bios, cf wikipédia: Kan Mikami, Kazuki Tomokawa
Par Boeb'is
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Lundi 18 février 2008 1 18 02 2008 20:45
Le peu de slam que j'ai écouté m'a semblé niais. Les boucles de piano mélancolique m'énervent. Et pourtant, à chaque fois que je regarde le live d'Ill Beatnik de Tha Blue Herb j'ai les larmes aux yeux. Je ne parle pas japonais, et pourtant j'ai l'impression de comprendre chaque syllabe qu'il prononce. Tout est déclamé avec une sincérité bouleversante. Je ne peux pas dire que ce sont les paroles qui me touchent puisque je ne les comprends pas mais je franchirais presque le pas. C'est comme si les sons de la langue transcendaient le texte, sortaient du carcan des mots pour atteindre une nouvelle forme de pouvoir d'évocation. On a trop l'habitude d'abuser des hyperboles dans les chroniques musicales, jusqu'à les affadir. Je sais bien que ça ne sert à rien de les aligner jusqu'à saturation, mais croyez moi je dois vraiment me retenir.

Contrairement à un rap classique, le beat et le flow sont déconnectés rythmiquement. Ce n'est même pas vraiment un beat, juste une nappe de piano, à la fois calme, profonde et qui par moment s'agite. C'est que si le flow d'Ill Bostino ne se cale pas sur une rythmique, il est quand même en parfaite symbiose avec la musique de fond. Pendant qu'Ill Bostino semble nous raconter son histoire, le piano se fait discret, évocateur. Mais au climax de la chanson (vers 5:50), quand l'intensité du chant déborde de partout, des percussions viennent en renfort du piano et la performance touche alors au sublime.

Tha  Blue Herb - Ill Beatnik (live au Fuji rock, 2000)

Plus: Une interview - Bio sur wikipédia - Le clip de la version studio d'Ill Beatnik - Chronique de Dat'
Par Boeb'is
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