C'est chose admise, et vous n'avez pas le droit de ne pas être d'accord, le tablâ, l'instrument de percussion indien, est un des plus fascinant qui soit. La profondeur de son timbre, la beauté
des motifs rythmiques et en même temps une capacité mélodique éblouissante lui confèrent une place particulière dans mon petit coeur de mélomane. Mais je m'égare... car ce dont je voulais vous
parler aujourd'hui c'est le chant associé au tabla. Chaque son, chaque note que produit le tabla a un nom monosyllabique, le bol. Ces bols mis à bout forment des sortes de motifs
rythmiques, les talas autour desquels les musiciens improvisent. Ce qui me retient ici c'est que ces bols permettent littéralement de chanter les talas. Une sorte de
human beatboxing?
Petite explication par Ravi Shankar avec Alla Rakha aux tablas. Une présentation très pédagogique sous-titrée en français suivie d'un un solo de tabla et enfin vers 5:50, cette chose improbable
que sont les talas chantés.
Ravi Shankar, Alla Rakha - Solo de tabla en rythme "jhaptal".
Une autre superbe vidéo avec Ustad Allah Rakha & Zakir Hussain. Vous pouvez entendre le rythme chanté à partir de 1:20 puis de 2:40.
Et enfin, illustration dans un style moderne avec l'exceptionnelle Toremoro du groupe japonais Asa Chang & Junray (un de mes groupes préférés au passage). Le rythme chanté commence à la 5eme
minute. Le même rythme est également joué avec le tablâ.
Une chose amusante après les JO, c'est le classement des pays par médailles et notamment par nombre d'habitants. L'écart entre un pays comme la Jamaïque ou les Bahamas avec une médaille pour 150
000 habitants et l'Inde avec une médaille pour 380 millions, ça laisse songeur! Ca fait quand même 2500 fois plus. Sans parler que les pays proches culturellement de l'Inde comme le Pakistan
ou le Bangladesh, n'en ont récolté aucune. Je ne sais pas s'il faut conclure pour cela à la supériorité culturelle des indiens qui ont mieux à faire que du sport... par exemple aller au
cinéma, chanter et danser:
J'avais découvert la fusion musique indienne traditionnelle ou bollywoodienne avec le hip-hop au détour d'une excellente compilation achetée au Cambodge. J'en
parlais juste là. Le métissage s'est également opéré dans l'autre sens avec des stars occidentales qui
ont repris la musique de Bollywood dans des chansons hip-hop.
La chanteuse Truths Hurts a repris Resham Laghta Haide, de LA diva de Bollywood Lata Mangeshkar. La chanson produite par Dre et DJ Quick a été un gros tube
et le premier single de Truth Hurts. Seul souci, ils n'avaient pas payé les droits...
Extrait du film de Jyoti datant de 1981.
La reprise de Truth Hurts. Addictive feat. Rakim, extraite de Truthfully Speaking de 2002.
M.I.A a repris en 2007 le tube Jimmy Jimmy Aaja du film Bollywood Disco Dancer de 1982. C'est pour le coup tout à fait dans la vague revival
80's. La démarche est très différente de celle de Truth Hurts puisque c'est une vraie reprise et pas seulement un sample. Le côté kitch et disco est assumé et au final la reprise est assez
proche de l'originale. Rien d'étonnant à çà puisque M.I.A est d'origine srilankaise et a vécu en Inde. Ce qui est sympa c'est que la version originale Jimmy Jimmy Aaja était déjà une
tentative de métissage est-ouest en intégrant le disco à la musique bollywood (c'était même un pompage de la chanson You’re Ok d'Ottawan). Le compositeur de la BO Bappi Lahiri est
considéré comme l'importateur du disco à Bollywood.
Parvati Khan -Jimmy Jimmy Aaja
La reprise Jimmy de M.I.A et Switch (2007)
Enfin, un sample assez surprenant est à l'origine de la signature du titre Toxic de Britney Spears, titre produit par Bloodshy & Avant, et qui reprend en le modifiant légerement l'intro
(l'extrait d'instrument à corde) de Tere Mere Beech Mein. Le titre a été composé par Laxmikant Shantaram Kudalkar et Pyarelal Ramprasad Sharma et chanté par (encore), l'immense Lata
Mangeshkar. Et daté, commeJyoti de 1981! Certes, on s'éloigne un peu du hip-hop, mais pas tant que ça.
Lata Mangeshkar - Tere Mere Beech Mein (1981)
Britney Spears - Toxic (2003)
A noter aussi le classique de Missy Elliott produit par Timbaland, Get Ur Freak. Un beat
clairement dans le style indien Bhangra avec des sons de tablâ et d'ektara... mais on est déjà bien loin de Bollywood. Et rajoutons aussi, depuis la publication de cet article, un double sample
des black eyed peas, samplant deux titres d' Asha Bhosle (Aye Naujawan Hai Sab, et Yeh Mera Dil Yaar Ka Diwana) sur "Don't phunk with me".
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