Petite sélection spéciale vacances! Des chansons qui prennent le temps, et qui font durer le plaisir sur six, neuf, quinze minutes. Beaucoup de chansons qui s'étirent sont l'oeuvre d'artistes à
l'égo boursouflé incapables d'élaguer le bavardage. Ici, rien de tel, simplement de belles chansons qui avaient juste besoin de temps pour se développer.
(pour être honnête, je n'ai pas trouvé de meilleur fil conducteur/excuse pour vous faire partager quelques coups de coeur sans aucun lien entre eux).
Baaba Maal et Mansour Seck- Ko Wone Mayo (extrait de Djam Leelii, Senégal, 1984): un riff de guitare inlassable, un duo
vocal boulversant.
Une chanson d'une beauté que je qualifierais d'indicible si je ne craignais pas le ridicule. Et par ailleurs non édité ni distribué par les circuits de "world music"...Mais que fait Nick Gold?
;-)
Popol Vuh - In den gärten pharaos (extrait de In den gärten pharaos, 1971, Allemagne).
Une des chansons les plus étranges que j'ai pu écouter. Elle distille une sorte d'inquiétude quasi mystique, à la fois très violente (les percussions) et paradoxallement douce et rassurante. Ca a
l'air bizarre comme description, mais la musique l'est encore plus. C'est un peu dur d'accès (et je ne prétends pas en comprendre la moitié pour ma part), mais c'est tout sauf de
l'expérimentation vaine.
Un des groupes phares du Sénégal, idéal pour se réveiller après Popul Vuh. Le mariage parfait de beauté et de groove?
Geng Gong - Ole Olang (extrait de Not Just Music, Indonésie et Australie, 2000)
Autre découverte de Madrotter, un son vraiment unique qui se situerait quelque part entre le rock
et la musique traditionnelle indonésienne. Des percussions omniprésentes mais utilisées de manière particulière (un peu comme chez les Liars), avec des passages ultra planant. Chaque chanson est
vraiment spéciale et ça serait dommage de se limiter à celle que j'ai choisi (l'album non disponible dans nos contrées ... est téléchargeable sur madrotter).
Car elle révèle mieux que nul autre la dimension religieuse de l'engagement révolutionnaire. Magnifique et drôle à la fois, c'est rare, et je ne m'en lasse pas.
Qui eu cru que derrière le blues à fleur de peau de Jolene des White Stripes se cachait une perle country? Que derrière la bombe ska de One step beyond de Madness, se cachait
une super bombe ska de Prince Buster? Que derrière le classieux Bang bang de Nancy Sinatra (découvert comme beaucoup de monde avec Kill Bill) se cachait un tube pop de Sonny & Cher ?
Surement beaucoup de personnes... mais pas moi jusqu'à très récemment. Et ce qui est très drôle, c'est que contrairement à ce qui semblerait logique, les originales sont parfois revêtues d'un
manteau de fourrure pop qui a disparu lors de la reprise, et non l'inverse!
Je passe pour rebondir un peu sur la polémique de la chanson Sale pute d'Orelsan. Pour ceux
qui n'ont pas suivi, cette chanson met en scène un cocu menaçant sa femme de la frapper. Brrr, tremblez dans les chaumière! Et oui, ce sont ces paroles qui font scandales, alors qu'en toute
logique, c'est la médiocrité du titre, à l'image du rap français actuel qui aurait du interpeller.
D'ailleurs, ce qui me frappe, ce n'est pas tant cet opportunisme bien-pensant et racoleur, ces reflexes de censeur, partagés par les politiques et les associations, l'utilisation habituelle du
rap comme bouc émissaire, ni même l'incapacité simulée à faire la part entre la réalité et le récit, mais leur absence de recul... musical.
Certains ont rappelé avec raison, que le thème de la jalousie meurtière avait été traité, et avec quel talent cette fois-ci par Eminem dans l'horrible Kim. Mais il aurait été possible
de citer bien d'autres chansons bien antérieure au hip-hop, au hasard, I'm Gonna Kill That Woman de... John Lee Hooker. Et qui chantait "You know, I caught my old lady
messin' around town, And I gave her the gun, I SHOT HER!" si ce n'est le bon vieux Jimi Hendrix dans Hey Joe ? (même si il n'a pas composé la chanson). Et quel Français chantait J'ai
envie de violer des femmes, si ce n'est Sardou dans Les Villes de solitude ? Sans oublier l'homonyme et excellent Sale Pute de TTC, Fuzati & 6000R dont les
paroles sont à la fois plus violentes et plus fines que celles d'Orelsan.
ttt
Pour d'autres chansons meurtrières, mais pas forcément de jalousie vous pouvez aussi jetez un oeil à cette playlist de "murder ballads"
avec entre autres, Radiohead, Sufjan Stevens, Bruce Springsteen, The Doors...Comme quoi, le rock reste un peu sulfureux.
Petite playlist sur les avatars rock qui ont fleuris dans les années 60-70 en Asie. Ca va de la chanson charmante (un peu comme le Yéyé français), à des morceaux plus intenses, voir pour certains
vraiment magnifiques. Aucun n'est très connu en France bien sûr, mais ce sont souvent des stars dans leur pays. Deux reprises d'artistes européens dans le tas, saurez vous les retrouver?
Au passage je vous invite à jeter un coup d'oeil à la compilation Peace Love And PoetryAsian psychedelic music 1967-1977, qui entend couvrir à peu près (même très près) le même thème que ma playlist. (zut) Je ne
l'ai pas écouté, mais c'est assez alléchant. On retrouve retrouve bien sûr quelques artistes en commun.
Quelques compilations pour fêter passer l'hiver au chaud. Pas grand choses en commun, si ce n'est un effet probable et souhaité sur la partie charnue de votre individu.
Ghana Soundz, Afro-beat, funk and fusion in 70's Ghana
Deux superbes compilations de musique ghanéenne des années 70. Ni funk, ni soul, ni rock, mais ni ethio-jazz, ni afrobeat, ni highlife non plus. Bien sûr, c'est pétri des influences des
musiques noires-américaines et de ses voisins africains mais la somme est tout a fait singulière. Un mélange d'urgence sèche et de groove moite? En tout cas, c'est très bon.
Colombia! - The Golden Years Of Disco Fuentes et The Rough Guide to Salsa Colombia
Très gros coup de coeur pour le premier CD que j'écoute en boucle depuis plusieurs mois. C'est un Best-Of du label Disco-Fuentes qui diffusa dans les années 60-70 la crème de la cumbia.
La Cumbia? Un genre colombien qu'on peut en gros apparenter à la salsa (même si le terme lui est postérieur). Surtout, c'est des chansons d'une intensité rare: des contrebasses épurées et
abrasives, des cuivres de folie, des percussions en feu d'artifice, et encore je ne vous parle pas de la classe des chanteurs!
La seconde compilation de Rough Guide est légerement moins intéressante mais possède de solides atouts, à commencer par ses titres imparables de Fruko y Sus Tesos.
Rio Baile Funk - Favela Booty Beats et More Favela Booty beats
Appelé Baile funk ou Funk carioca, c'est un style brésilien dans le même esprit que le reggaeton ou le dirty south: une musique de clubs, jouissive et instantanée mais avec avec une forte
violence sous-tendue derrière et qui affleure même souvent avec toute l'imagerie des gangs des favelas; quand on lève la main en l'air, c'est un flingue qu'on mime avec les doigts. Les titres
sont très efficaces, entre gros beats un peu lourdingues, samples d'instruments traditionnels brésiliens, de rap us voir de gunshots...
Voilà une playlist deezer ou j'ai uploadé quelques titres de ces six albums.
Et pour finir, je vous invite à jeter un oeil sur cette mine d'or, sur laquelle je viens de tomber en cherchant les images pour illustrer le
billet.
J'aime beaucoup les mélanges bâtards. Déjà c'est rafraîchissant mais surtout ça questionne la classification des chansons en genre. Que telle chanson est du rock, du jazz ou du rap, ça nous
parait en général évident. Pourtant il suffit qu'un rockeur s'installe sur tabouret, guitare sèche à la main pour que n'importe quel rock sonne comme du folk. La différence entre les genres ne
tient-elle donc qu'à un fil (électrique)?
Dans le même genre, que serait du rap sans son beat et son gros kick carré? Du reggae sans sa grosse basse ronronnante? Menons l'enquête sur ceux qui ont osé chanter tout nu ou presque, habillé
d'une seule guitare acoustique.
Pour le rap, je vois deux essais franchement réussis. Personnellement, je trouve que les deux continuent de sonner très rap, avec la même tension dans un riff répétitif et serré et le flow qui se
ballade dessus.
Pour le reggae, sans être un connaisseur, j'ai trouvé quelques exemples et je ne doute pas qu'il y en ait de nombrjeux autres.
Bob Marley lui même s'y est essayé dans un de ses grands classiques, Redemption song. Si on oublie que c'est Bob Marley qui chante, il faut reconnaître que le résultat est dans la pure tradition
folk sans lien avec le reggae. Vous pouvez jeter un oeil sur la version reggae du titre.
Patrice réussit très bien à rendre la respiration propre au reggae, simplement avec sa guitare sèche. Une belle réussite.
Patrice - Lions
Pour Tryo, le cas est plus douteux. Certes on retrouve les petits coups de guitare sur les temps faibles (le 2eme et le 4eme si je ne dis pas de bêtise) chers au reggae, mais ce n'est pas le
propre du reggae. C'est même le cas de toute la musique jazz. Au final, le résultat est peut être plus proche du jeu de guitare swinguant de Brassens que de celui du reggae.
Voilà, je compte sur vous pour me faire découvrir d'autres tentatives de ce style.
Plus ça va, et plus je suis attiré par les langues étrangères. Alors que la grammaire me rebutait, je deviens fasciné par ces petites règles tordues qui
m'horripilaient. C'est fou ce que ça révèle sur la manière de penser!
Un autre truc intéressant est le rapport qu'on a à une langue et qui nous révèle de façon tout aussi saisissante. Petite illustration en musique avec des artistes non hispanophones qui se sont
essayé à la langue de Cervantès.
Au début des années 1950, quand on pense à l'espagnol on pense à l'Espagne du dictateur Franco. Mais dans l'imaginaire français, l'Espagne c'est aussi le pays des
anarchistes des années 30. Rien d'étonnant donc à ce que Brassens l'anar offre une version hispanique de son premier succès, La Mauvaise Réputation. Le titre a d'ailleurs été
repris avec fièvre parPaco Ibañez.
Georges Brassens - La Mala Reputación.
Robert Wyatt, l'homme qui a la plus belle voix du monde, reprend un tube de sa jeunesse, Hasta Siempre Comandante de Carlos Puebla. L'espagnol renvoie ici à l'imaginaire
révolutionnaire des années 1960, au mythe du Che et du Cuba socialiste. Pour info, le titre a aussi été repris par Zebda.
Robert Wyatt - Hasta Siempre
Comme son nom l'indique, Mano Solo est attiré par l'espagnol. Il le prouve dans une de ses plus belles chansons, Barbès-Clichy. L'utilisation d'une langue étrangère est surprenante
puisqu'il s'agit d'une déclaration d'amour toute parisienne. Les paroles ne sont pas très explicites, mais je l'imagine errant seul, entre Barbès et Place Clichy se remémorant violemment ses
amours qui s'embrouillent jusqu'à se fondre avec Paris et qu'il crie «Paris prends moi dans tes bras / de Barbès jusqu'à Place Clichy / c'est là, que j'aime perdre ma vie». L'espagnol est ici dénué de connotation politique mais sert peut-être à donner un parfum de mystère et de romantisme.
Mano Solo - Barbès Clichy
Encore une autre approche de l'espagnol avec le rappeur franco-colombien Rocca. Il a commencé sa carrière en France avec La Cliqua avant de fonder un groupe de rap latino, Tres Coronas.
Dans le titre El Original, derrière un egotrip classique, Rocca donne un mélange péchu de ses deux cultures avec beat à base de salsa et un flow bilingue qui lui permet de se vanter "demande à
tes gars combien de MC rappent en deux langues". L'espagnol devient le passeport d'une Amérique latine qui fait rêver les jeunes français, car comme le chante Rocca « tout ce qui est latino plait
aujourd'hui ». Ainsi, même si Rocca contrairement à ses ainés, n'est pas tributaire des mythes révolutionnaire ou de l'exotisme, son utilisation de l'espagnol relève aussi de la mise en
scène. La bimbo bronzée a remplacé le barbu rebel sur le trône du cool, et c'est peut-être pas plus mal.
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