DJ Duclock m'a demandé quelles sont les les chansons qui tournent en ce moment sur ma "platine". C'est toujours la même chose avec
l'établissement de listes, j'hésite un peu, je ne sais pas trop quoi mettre, et pouf je me retrouve avec trois fois trop de titres sélectionnés! Adieu donc, le merengueVerano Solido d'Oro Solido, les chichas de Los Destellos, Ton Style du vieux Ferré et autres victimes anonymes.
Les heureux nominés, ou plutôt les rescapés de la lutte sans merci sont donc...roulement de tambour:
Valsa Da Tunisia de Vinicius de Moraes. Un magnifique morceau de guitare bossa-nova joué par le grand
Toquinho. brrr.
Teinen Pushiganga de Jun Togawa. Une petite perle de cette icône de l'underground J-pop (si cette chose improbable
existe).
Supplique pour Etre Enterré à la plage de Sète de Brassens. Peut-être la plus grande chanson de Brassens, et donc la plus
grande chanson française tout court? Je l'ai beaucoup réécouté récemment, en particulier ce superbe live un peu plus swinguant que la version studio. Boulversant.
Coward de Vic Chesnutt. Du folk plus moderne que tous les albums "dans l'air du temps" qui ont pu sortir cette
année! Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas enthousiasmé autant pour une nouveauté (Critique de
Thom).
Tango del Pecado de Calle 13. Ces gars sont les nouveaux maîtres pour concocter des hits immédiats, riches
et intelligents.
Kaykio d'Asa Chang & Junray. Cet obscur groupe japonais est en train de devenir mon groupe préféré. What else?
Mouhamadou Bamba d'Orchestra Baobab. L'introduction ressemble à une pluie d'étoiles filantes. Le reste est
du très grand Orchestra Baobab.
Petite sélection spéciale vacances! Des chansons qui prennent le temps, et qui font durer le plaisir sur six, neuf, quinze minutes. Beaucoup de chansons qui s'étirent sont l'oeuvre d'artistes à
l'égo boursouflé incapables d'élaguer le bavardage. Ici, rien de tel, simplement de belles chansons qui avaient juste besoin de temps pour se développer.
(pour être honnête, je n'ai pas trouvé de meilleur fil conducteur/excuse pour vous faire partager quelques coups de coeur sans aucun lien entre eux).
Baaba Maal et Mansour Seck- Ko Wone Mayo (extrait de Djam Leelii, Senégal, 1984): un riff de guitare inlassable, un duo
vocal boulversant.
Une chanson d'une beauté que je qualifierais d'indicible si je ne craignais pas le ridicule. Et par ailleurs non édité ni distribué par les circuits de "world music"...Mais que fait Nick Gold?
;-)
Popol Vuh - In den gärten pharaos (extrait de In den gärten pharaos, 1971, Allemagne).
Une des chansons les plus étranges que j'ai pu écouter. Elle distille une sorte d'inquiétude quasi mystique, à la fois très violente (les percussions) et paradoxallement douce et rassurante. Ca a
l'air bizarre comme description, mais la musique l'est encore plus. C'est un peu dur d'accès (et je ne prétends pas en comprendre la moitié pour ma part), mais c'est tout sauf de
l'expérimentation vaine.
Un des groupes phares du Sénégal, idéal pour se réveiller après Popul Vuh. Le mariage parfait de beauté et de groove?
Geng Gong - Ole Olang (extrait de Not Just Music, Indonésie et Australie, 2000)
Autre découverte de Madrotter, un son vraiment unique qui se situerait quelque part entre le rock
et la musique traditionnelle indonésienne. Des percussions omniprésentes mais utilisées de manière particulière (un peu comme chez les Liars), avec des passages ultra planant. Chaque chanson est
vraiment spéciale et ça serait dommage de se limiter à celle que j'ai choisi (l'album non disponible dans nos contrées ... est téléchargeable sur madrotter).
Car elle révèle mieux que nul autre la dimension religieuse de l'engagement révolutionnaire. Magnifique et drôle à la fois, c'est rare, et je ne m'en lasse pas.
Qui eu cru que derrière le blues à fleur de peau de Jolene des White Stripes se cachait une perle country? Que derrière la bombe ska de One step beyond de Madness, se cachait
une super bombe ska de Prince Buster? Que derrière le classieux Bang bang de Nancy Sinatra (découvert comme beaucoup de monde avec Kill Bill) se cachait un tube pop de Sonny & Cher ?
Surement beaucoup de personnes... mais pas moi jusqu'à très récemment. Et ce qui est très drôle, c'est que contrairement à ce qui semblerait logique, les originales sont parfois revêtues d'un
manteau de fourrure pop qui a disparu lors de la reprise, et non l'inverse!
Je passe pour rebondir un peu sur la polémique de la chanson Sale pute d'Orelsan. Pour ceux
qui n'ont pas suivi, cette chanson met en scène un cocu menaçant sa femme de la frapper. Brrr, tremblez dans les chaumière! Et oui, ce sont ces paroles qui font scandales, alors qu'en toute
logique, c'est la médiocrité du titre, à l'image du rap français actuel qui aurait du interpeller.
D'ailleurs, ce qui me frappe, ce n'est pas tant cet opportunisme bien-pensant et racoleur, ces reflexes de censeur, partagés par les politiques et les associations, l'utilisation habituelle du
rap comme bouc émissaire, ni même l'incapacité simulée à faire la part entre la réalité et le récit, mais leur absence de recul... musical.
Certains ont rappelé avec raison, que le thème de la jalousie meurtière avait été traité, et avec quel talent cette fois-ci par Eminem dans l'horrible Kim. Mais il aurait été possible
de citer bien d'autres chansons bien antérieure au hip-hop, au hasard, I'm Gonna Kill That Woman de... John Lee Hooker. Et qui chantait "You know, I caught my old lady
messin' around town, And I gave her the gun, I SHOT HER!" si ce n'est le bon vieux Jimi Hendrix dans Hey Joe ? (même si il n'a pas composé la chanson). Et quel Français chantait J'ai
envie de violer des femmes, si ce n'est Sardou dans Les Villes de solitude ? Sans oublier l'homonyme et excellent Sale Pute de TTC, Fuzati & 6000R dont les
paroles sont à la fois plus violentes et plus drôles que celles d'Orelsan.
ttt
Pour d'autres chansons meurtrières, mais pas forcément de jalousie vous pouvez aussi jetez un oeil à cette playlist de "murder ballads"
avec entre autres, Radiohead, Sufjan Stevens, Bruce Springsteen, The Doors...Comme quoi, le rock reste un peu sulfureux.
Petite playlist sur les avatars rock qui ont fleuris dans les années 60-70 en Asie. Ca va de la chanson charmante (un peu comme le Yéyé français), à des morceaux plus intenses, voir pour certains
vraiment magnifiques. Aucun n'est très connu en France bien sûr, mais ce sont souvent des stars dans leur pays. Deux reprises d'artistes européens dans le tas, saurez vous les retrouver?
Au passage je vous invite à jeter un coup d'oeil à la compilation Peace Love And PoetryAsian psychedelic music 1967-1977, qui entend couvrir à peu près (même très près) le même thème que ma playlist. (zut) Je ne
l'ai pas écouté, mais c'est assez alléchant. On retrouve retrouve bien sûr quelques artistes en commun.
Quelques compilations pour fêter passer l'hiver au chaud. Pas grand choses en commun, si ce n'est un effet probable et souhaité sur la partie charnue de votre individu.
Ghana Soundz, Afro-beat, funk and fusion in 70's Ghana
Deux superbes compilations de musique ghanéenne des années 70. Ni funk, ni soul, ni rock, mais ni ethio-jazz, ni afrobeat, ni highlife non plus. Bien sûr, c'est pétri des influences des
musiques noires-américaines et de ses voisins africains mais la somme est tout a fait singulière. Un mélange d'urgence sèche et de groove moite? En tout cas, c'est très bon.
Colombia! - The Golden Years Of Disco Fuentes et The Rough Guide to Salsa Colombia
Très gros coup de coeur pour le premier CD que j'écoute en boucle depuis plusieurs mois. C'est un Best-Of du label Disco-Fuentes qui diffusa dans les années 60-70 la crème de la cumbia.
La Cumbia? Un genre colombien qu'on peut en gros apparenter à la salsa (même si le terme lui est postérieur). Surtout, c'est des chansons d'une intensité rare: des contrebasses épurées et
abrasives, des cuivres de folie, des percussions en feu d'artifice, et encore je ne vous parle pas de la classe des chanteurs!
La seconde compilation de Rough Guide est légerement moins intéressante mais possède de solides atouts, à commencer par ses titres imparables de Fruko y Sus Tesos.
Rio Baile Funk - Favela Booty Beats et More Favela Booty beats
Appelé Baile funk ou Funk carioca, c'est un style brésilien dans le même esprit que le reggaeton ou le dirty south: une musique de clubs, jouissive et instantanée mais avec avec une forte
violence sous-tendue derrière et qui affleure même souvent avec toute l'imagerie des gangs des favelas; quand on lève la main en l'air, c'est un flingue qu'on mime avec les doigts. Les titres
sont très efficaces, entre gros beats un peu lourdingues, samples d'instruments traditionnels brésiliens, de rap us voir de gunshots...
Voilà une playlist deezer ou j'ai uploadé quelques titres de ces six albums.
Et pour finir, je vous invite à jeter un oeil sur cette mine d'or, sur laquelle je viens de tomber en cherchant les images pour illustrer le
billet.
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