Lundi 12 mai 2008


Extraits d'un entretien de Jean-François Bizot fait par Cyril De Graeve et Ariel Kyrou en 2004, et disponible en intégralité sur chronicart.com depuis 2006 (c'est donc tout sauf un scoop). L'entretien est très long et très intéréssant et aborde un bon paquet de sujets. Avec tous les mp3 uploadés je n'en suis plus à une violation du droit d'auteur près, donc j'ai copié-collé quelques (petits) extraits sur le défrichage et la promotion des "biens" culturels.

[...] Parce qu'il y a une surabondance... Dans ces conditions où il n'existe plus aucun point de repère, quelles sont les possibilités de défrichage ?

Les journalistes sont les abrutis au bout de l'entonnoir. Le risque, avec cette abondance, c'est que tu n'arrives plus à traiter que des bouts de nouveautés. Comment tu fais un tri ? Comment tu peux décider d'y aller ? Avant, c'était facile, mais aujourd'hui comment procède-t-on ? Quelle place attribuer à quoi ? Comment tu choisis une nouvelle galerie d'art ? Pourquoi ce qu'elle expose est-il plus intéressant que le reste ? Ça me fait penser à la distance qui existe entre le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo. Le Musée d'art moderne de la ville de Paris réouvrait ses portes début février avec une expo Pierre Bonnard, que Picasso détestait mais que Matisse idolâtrait. Dans les journaux, on a parlé d'un "Bonnard, lumineux et accessible". Facile. En face, le Palais de Tokyo proposait au même moment une accumulation d'artistes dits d'avant-garde, regroupés sous l'appellation " Notre époque ", que je n'ai d'ailleurs pas été voir. Ça va de l'art GPS à un tas de vieux papiers qui fait figure d'œuvre d'art... Ça ne me dérange pas : je peux même jeter mes vieux papiers pour contribuer à l'œuvre d'art. Tu as donc les deux espaces l'un en face de l'autre avec cette question commune : "Est-ce que l'avant-garde est un concept dépassé au XXIe siècle ?". Et si l'avant-garde c'était le XXe, qu'est ce qui caractérise le XXIe ? Est-ce le retour aux valeurs consacrées ? Mais si tu refuses cette réaction, c'est quoi une performance intéressante au XXIe siècle, vu tout ce qu'on a déjà connu avant ? Devant ce trop plein, cette surabondance de propositions, le statut du journaliste a changé. Tu te retrouves aujourd'hui non plus dans la position du défricheur, mais dans celle du trieur.

Comment définir ce nouveau statut ? S'agit-il d'une question d'exigence ?


Je ne sais pas... C'est la question de savoir ce que tu as envie de faire et de voir. Supposons qu'il y ait plein de livres sur ton bureau... Putain, c'est horrible ! Tu ouvres un bouquin au hasard, tu lis une double page : tout de suite tu sais si tu vas le lire ou le jeter. Tu repères immédiatement le degré d'exigence de l'écriture, tu vois tout de suite si c'est maîtrisé ou pas, les douze clichés dans une page, etc. Comment trier autrement ce qu'on va lire ou pas, sachant qu'aujourd'hui un éditeur peut publier un roman à peu de frais du fait de l'évolution de la technique et qu'aucun être humain ne peut se farcir toutes les nouvelles parutions ?

 Ça vaut pour toute la production culturelle, la musique y compris...

Bien sûr. Et parmi tous ces disques, tu cherches sans arrêt le flash (d'intelligence, d'air du temps, de sensibilité), or c'est tellement rare que tu te sens en permanence complexé. Le complexe de passer à côté du truc évident, peut-être en provenance du Japon, de Chine ou de Corée. […]

Mais comment rendre ce genre de cases visibles ?

Le problème, ce n'est pas la visibilité. Avant, il y a la nécessité de redonner au gens le goût de la découverte et de l'effort. Parfois, en effet, il faut faire un effort pour comprendre quelque chose. C'est vrai sur le plan littéraire, sur le plan théâtral, pour tout. L'ennui, c'est que les oeuvres en question sont souvent non seulement très chiantes, mais surtout sans aucun intérêt. Forcément, dans ce cas-là, tu dégoûtes les gens, tu les lasses, tu les perds... L'avant-garde n'est plus un critère ! […] 

N'est-ce pas justement cette faculté de trier au-delà de l'apparence, ou de trier tout court, qui a fait défaut à Nova Mag (le magazine a cessé de paraître en décembre 2004) ?

Mais moi je n'ai jamais rien su faire ! Bon, il faut se débarrasser de la question (rires). Mais je te réponds : au début des années 70, c'était simple. Il suffisait d'avoir un billet d'avion pour découvrir des choses que les autres ne savaient pas. Et puis, au moins depuis les années 50 avec Positif et Les Cahiers dans le domaine du cinéma, il y avait à l'époque ce regard critique français -Les Inrocks, plus récemment, en ont largement abusé, jusqu'à l'overdose. Je parle d'un goût français en matière de repérage. En musique, par exemple, dans les années 70 le goût français te recommandait Alice Cooper ou David Bowie... A ce moment-là, tu ne te focalisais pas du tout sur la concurrence, tu recherchais simplement la qualité. Lorsqu'il n'y avait pas trop de canards, c'était facile. Et puis nous nous adressions à une génération vierge qui avait tout à découvrir. On avait juste à donner notre avis, ce qui nous a d'ailleurs valu des ennuis historiques avec d'autres pays qui prenaient les français pour des gens arrogants. Reste que ce goût critique français, unique selon moi, a porté ses fruits sur le plan culturel : nous avons découvert de nouveaux talents, notamment dans le cinéma indépendant. D'ailleurs, généralement, les films qui marchaient en France n'avaient aucun succès aux Etats-Unis.

Même chose en ce qui concerne la littérature, avec par exemple des auteurs comme Philip K.Dick ou Charles Bukowski...

Oui. On a fait de Dick une icône culturelle alors que les Américains considéraient son œuvre comme étant une sous-littérature. Dès lors qu'ils affirmaient ça, un boulevard s'ouvrait à nous. On a créé beaucoup d'icônes, mais elles sont devenues épuisantes, si j'ose dire : aujourd'hui, on va encore te faire suer, vingt cinq ans après, avec les obsessions de K. Dick ! Le pauvre, il est mort depuis un moment, dans le désarroi... Et on te casse encore les burnes avec Bukowski, ce grand écrivain, tu n'en peux plus ! C'est un peu mieux que Philippe Delerm, mais faut pas charrier (rires). J'exagère à peine. Donc, tu te retrouves avec un héritage underground, rock'n'roll, culturel à tendance américaine qui, à mes yeux, est tout à fait honteux. Je le dis : j'ai honte de ça ! Et je n'y peux pas grand chose : dans les années 70, on a découvert Norman Spinrad, Philip K. Dick et compagnie, certains d'entre eux sont même venus habiter à Paris (Gilbert Shelton, Norman Spinrad)... Poursuivre encore maintenant dans cette veine-là, c'est pas possible.  […]

Avec le recul, était-il possible à l'époque de croire autre chose ?


Peut-être, mais alors c'était un combat difficile. Difficile à assumer surtout. C'est intéressant... ça m'intéresse d'ailleurs. Mais comment s'y prendre ? Quel accès as-tu, par exemple, à l'Afrique du Sud ? C'est pour cette raison que je me suis intéressé à ça. A des peintres hindous également. Ou aux scientifiques du Bengale, puisqu'on trouve là des mathématiciens et des intellectuels extraordinaires. Avec leur culture ancestrale, ils nous ridiculisent comme des nains ! Je ne te parle pas des musulmans, eux ils sont en retard ; et je me fous pas mal qu'on me colle une fatwa ! Il faut s'intéresser à ce qui nous étonne. Que l'Inde, ce pays d'un milliard d'habitants, n'ait eu qu'une seule médaille aux Jeux Olympiques (de bronze, en saut en longueur), n'est-ce pas le signe d'un monde radicalement différent du nôtre ? Aujourd'hui, évidemment, avec Internet ça change tout, ça débarque de partout, ça va même devenir infernal. Oui, l'avant-garde kirghize nous attend au virage ! D'ailleurs, on ne sait pas si l'avant-garde kirghize sera légèrement islamisée ou pas... Le problème, c'est que sous prétexte de faire différemment, de jouer systématiquement la découverte, tu risques très vite aussi de jouer les donneurs de leçons et, finalement, de t'engouffrer dans le politiquement correct. Prends les Uigurs, un peuple de 17 millions de personnes en Chine : bien avant nous, au VIIIe siècle, ils ont inventé un alphabet pour faire les passeports à caractères imprimables sur la route de la soie. Ce n'est pas parce qu'on apprend qu'ils ont inventé l'imprimerie avant Gutenberg qu'on va leur faire des courbettes toute la journée ! Oui, parce que les Uigurs se contrefoutent de ce qu'on a inventé avant eux, et ils ont peut-être raison. Ne transformons pas une révélation en "révolution" ou, comme je le lis maintenant dans la presse, en marque de "considération". Le but de la presse selon moi, je le répète, c'est de surprendre, de comprendre, mais surtout pas de donner des leçons. Or c'est la tendance, il me semble...[...]

Par Boeb'is - Publié dans : Interviews
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Mardi 6 mai 2008


Interview menée par email avec Edouard Maurer, l'homme aux manettes du label Mobilarts dont le slogan est les arts en mouvement pour les gens en mouvement

Bonjour, Edouard Maurer, vous êtes le créateur du jeune label Mobilarts, pouvez-vous nous le présenter?

L’action de Mobilarts est triple :
-La distribution numérique, notamment par le biais du réseau international de Ioda, le leader des distributions numériques indépendantes dans le monde
-La promotion des artistes sur les réseaux de blogs, podcast, radios et journaux dans le monde entier
-L’organisation de spectacles originaux de créations, réunissant des artistes du label.

Quel a-été votre parcours avant de créer Mobilarts? Qu'est ce qui vous a amené à créer cette structure?


Je suis musicien depuis l’enfance, et j’ai toujours composé et organisé des concerts et spectacles, pour mes groupes ou d’autres artistes. Au bout d’un moment, on se sent frustré du fait que les efforts de créations n’aboutissent pas à la diffusion – bref, que les créations restent dans les tiroirs. J’en suis assez naturellement arrivé à la conclusion d’interrompre mes propres compositions pour prendre un peu de temps, me servir de mes expériences technologiques et internationales pour organiser une structure de diffusion utilisant le vecteur des nouvelles technologies, de leurs réseaux propres qui nous permettent de toucher un public plus large, tout en maintenant la réalité de la musique par l’organisation de quelques spectacles vivants axés sur l’échange entre les cultures et les modes d’expressions.

Mobilarts comporte une dizaine d'artistes, qui sont-ils? Comment les avez-vous rencontré?

Les artistes du label sont en général des créateurs confirmés dans leurs expressions, dans l’utilisation de leurs techniques de créations, et qui ne sont pas encore repérés à grande échelle. Ici encore, je parlerai d’un mot qui me paraît important : le réseau, ou « carnet d’adresses ». J’ai connu certains artistes par le biais de mon parcours propre, et eux-mêmes m’ont fait rencontrer d’autres créateurs. D’un autre côté j’utilise bien sur le web pour dénicher et contacter des artistes dont le parcours me paraît intéressant, et vice – versa, de plus en plus de musiciens me contactent pour en savoir plus sur mes activités.

Un exemple intéressant est celui de la rencontre des artistes coréens Kim HeeJeong ou Daehan Saram, qui a tout simplement été initiée par une soirée entre amis, suffisamment concrète pour que je décide d’aller à Seoul et approfondir les contacts. Ou encore la rencontre avec Franck Colman, dont le contact m’a été fourni par le studio Toulousain « Produc’ Son », avec lequel je travaille depuis des années.

Vous diffusez vos artistes uniquement sur internet, ça fonctionne?

Ca fonctionne si et seulement si un gros effort de promotion est fait. D’un autre côté, il faut savoir que la distribution numérique doit être un élément qui va permettre à l’œuvre d’être visible et disponible à l’achat, dans un panel de moyens. C’est l’ensemble des outils de ce panel qui va permettre à l’artiste de vivre. Rares sont les cas où la distribution numérique en elle-même génère des revenus suffisants pour les artistes. Il ne faut pas croire que le numérique va  remplacer à lui seul les autres aspects de la musique : les concerts, festivals, CD physiques, show cases, radios TV et presse ecrite, et c’est tant mieux.

Vos projets pour Mobilarts?

Renforcer et optimiser la présence des artistes du label sur tous les fronts ! Continuer à signer des contrats de partenariats avec des structures françaises et internationales, faire entrer de nouveaux artistes mois par mois, produire un album de guitare classique (des interprétations de Mozart sur une guitare 10 cordes, sans transcription, une première mondiale !), organiser une rencontre entre des artistes Coréens et Africains cet été dans un village médiéval du sud-ouest de la France. En bref, je crois que tout est lancé, l’objectif est maintenant de continuer les actions entreprises et d’asseoir la présence de Mobilarts sur les différents terrains.



Pour en savoir plus, jetez un oeil sur le site mobilarts.net qui comporte des extraits de tous les artistes et quelques chansons complètes.

Daehan Saram: Ah He


Par Boeb'is - Publié dans : Interviews
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Mercredi 5 mars 2008

cover_homework.jpg A l'occasion de la sortie de sa deuxième tape Homework, petite interview avec le rappeur bordelais Charly Greane. Pour écouter sa musique, achetez sa première tape, téléchargez gratuitement la deuxième, ou allez sur son myspace.


Camille: Est-ce que tu peux te présenter ? Tu peux revenir sur ce qui s’est passé entre ta première tape il y a 2 ans et la sortie d’Homework ?
Charly Greane, 22 ans, chanteur. Ma première tape m'a ouvert beaucoup de portes. J'ai pu faire pas mal de lives dans toute la France et collaborer avec des mecs dont j'appréciais beaucoup le travail. Je pense que ma musique a beaucoup évolué ces 2 dernières années. Ca ne se ressent pas forcement dans "homework" qui en gros est dans la continuité de ma première tape mais je pense que les prochains morceaux vont surprendre.

Quelles sont tes influences?
Ma référence ultime c'est le premier album de Doc Gynéco, ui ui! Il est juste parfait. Après, j'écoute énormément de musique mais c'est pas pour autant qu'elle m'influence.J'aime beaucoup Lil wayne, T-pain, wiz khalifa. En France, j'écoute Booba.

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?
J'étais en mixage donc j'ai écouté à mort mes nouveaux tracks, jusqu'à l'overdose même. Sinon je suis hyper bon client de l'autotune. Tous les nouveaux trucs de weezy, je suis fan.

Tu as fait beaucoup de featuring avec Tally, est-ce que tu peux nous parler un peu de son actualité ?
Il va sortir une tape là, il passe 6 mois à Los Angeles mais il a enregistré pas mal de nouveaux trucs vraiment cool. Il m'a fait une prod aussi, un truc fou.

Comment se passe ton travail avec James Heartbreaker ? avec Western love ?
James passe chez moi, il branche son ordi et c'est parti. On bosse toujours ensemble, en général je lui demande un truc assez précis et il me fait l'inverse. Mais ses prods sont toujours folles. Avec Western Love, c'est un peu pareil. Des fois c'est moi qui amène l'idée, d'autres fois c'est elle.  

Avec qui d’autre aimerais-tu travailler ?
Avec une actrice. Je rêvais de faire un track avec Marion Cotillard mais maintenant qu'elle est oscarisée, c'est foutu.

Qu’est-ce que ça change pour toi d’avoir été signé sur Disque Primeur ?
Disons que ça me cadre, avec French Kiss ca partait un peu dans tout les sens et en gros j'étais seul à tout gérer. Là je suis epaulé, assisté même. Et puis on s'entend hyper bien, c'est cool.

Est-ce que tu comptes faire une tournée? Avec qui seras-tu sur scène?
C'est en discussion.

Par Camille - Publié dans : Interviews
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Mardi 26 février 2008

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Cream est l'homme aux multiples talents caché derrière le label cambodgien KlapYaHandz. Au fil des sorties du label, il développe une scène hip-hop cambodgienne originale et créative qui réunit le meilleur de l'Ouest et du Cambodge. Sa musique est écoutable sur son myspace et sur sa chaine youtube.





Voici l'interview par email et en français que Cream a eu la gentillesse de m'accorder.  Vous en aprendrez plus sur Cream, son parcours, les artistes qu'il produit, et la musique cambodgienne.


Boeb'is:
Qu'est ce que le KlapYaHandz ? Quelle est votre rôle dans cette structure ?

Cream:

Tout d'abord Salut. Excuse mon français qui n'a jamais été très bon et qui est maintenant encore pire car je l'utilise rarement ici au Cambodge...je me débrouille mieux en anglais, mais bon, je vais être le plus clair possible.

Klap est un collectif de rappeurs, de chanteurs et de musiciens qui sont passionnés de musique, surtout de hip-hop, de RNB et de vieilles chansons pop cambodgiennes.

J'ai démarré Klap il y a presque 3 ans, mais je fais des remixes depuis 7 ans maintenant. En fait j'ai démarré dans la musique en 87 en tant que rappeur dans un groupe qui s'appelait les CIA (Criminalz In Action, tagger et graffeurs avant tout) et on représentait les 3000 à Aulnay Sous Bois.

J'ai fondé Klap comme un label tout d'abord mais ce n'était qu'une passion qui ne m'occupait que dans mes heures libres. C'est devenu un collectif car au fur et a mesure que j'avançais sur la scène underground hip-hop cambodgienne, les jeunes passionnés de hip-hop on commencé a m'approcher pour leur fournir des instrumentaux et des conseils. J'ai rallié une bonne partie de la scène hip-hop cambodgienne (encore underground) présente et on a travaillé sur des collaborations tous ensemble.

Aujourd'hui, Klap(YaHandz) est officiellement un label de musique indépendant Cambodgien. Il reste un collectif au niveau international car je continue de travailler sur des collaborations avec des rappeurs Khmers de France, US et Canada. J'essaye de garder cet esprit de collaboration et d'unité avec le but de promouvoir mon pays, ma culture et notre musique.

Le Cambodge a été isolé et laissé pour mort entre 75 et les années 80. Le Cambodge se relève doucement et sûrement maintenant, et à travers Klap je voudrais faire revivre les flammes qui ont jadis fait de ce pays un grand pays géographiquement et culturellement (que ce soit il y a 800-1000 ans ou 40-50 ans).

Aping, KDEP, Rap Boyz, Kelly, Pou Khlaing, Gang… le KlapYaHandz comprend beaucoup d'artistes talentueux. Pouvez vous nous les présenter ?

J'ai vraiment démarré avec Aping qui travaillait avec moi dans une agence de pub pour laquelle j'étais Directeur artistique. Aping viens d’une famille pauvre et a vécu une partie de sa jeunesse avec les khmer américains revenus au Cambodge où il a appris à apprécier le hip-hop. Il a toujours voulu rapper mais on ne lui a jamais donné sa chance. Il a perdu un oeil lorsqu'il était gamin, à cause d'un manque de traitement.

Son premier morceau et hit underground avec Klap s'intitulait "Chivit leu Boeung Komplhaok". Il parlait d'une phase de sa vie, où il vivait dans un quartier pauvre au milieu d'un étang de Komplhaok (sorte de plantes flottant sur les étangs et lacs Cambodgiens, parmi les détritus et toutes sorte de merde). Ça l'a fait connaître rapidement, aidé aussi par son look de "borgne".

Aping a une attitude assez rue mais il est très sociable. Son problème c'est l'alcool, la fumette et les femmes (et l'argent!). Ces problèmes ont eu des conséquences un peu chiantes sur le bon déroulement de notre travail et sur notre relation, mais on est toujours ensemble jusqu'a maintenant. On fait du Hip Hop, pas de la pop, donc les gars viennent la plupart des milieux pauvres du Cambodge et je ne peux pas éviter de travailler et de dealer avec leurs problèmes et leurs attitudes. J'ai vécu dans une cité, donc ça va encore... Aping a créé son label underground mais continue de travailler avec moi dans son temps libre.

Kdep est arrivé quelques mois après. Il était un fan d'Aping et d'Eminem. Il nous a suivi un moment, j'ai travaillé sur plusieurs morceaux avec lui (unreleased). Il a été occupé à travailler en tant que Dj, Radio Dj, rapper dans des petits concerts sponsorisés par des marques de produits de consommation, et il est devenu une petite star en un peu moins d'un an. Il est hyper motivé par la gloire, la célébrité et l'argent, et en même temps il est hyper sérieux dans son travail. De par son coté mignon, dragueur, crooner et tchatcheur, Kdep n'a pas eu de difficultés à réussir sur la scène un peu plus mainstream du hip-hop Cambodgien. Son coeur est avec Klap et on prévoit des projets ensemble, déjà sortir son album que j'ai dans mon portable depuis presque 1 an et demi.

Les KhmeRapBoiz sont arrivés un peu après, suivant Kdep. Kaka, Naga et Mama, ont commencé en même temps que Kdep, mais ne rappaient que sur des beats US . Ils travaillent entre Klap et le label de Boomer (Straight Refugeez) un copain Cambodgien Américain des US qui a commencé son label il y a 3 ans maintenant. Les KRB sont bons, ils représentent bien le coté rue de Phnom Penh (dégaine, alcool, filles, conneries...) mais manquent de discipline et de sérieux, et sont un peu flemmard. J'aime leur pêche sur scène, mais déteste lorsqu'il sont 2 heures en retard sur les rendez vous, ou lorsqu'il sont encore déchirés quand il est temps d'enregistrer un morceau. Mais bon...je ne vais pas changer pour la pop a cause de ça!

Gang a contacté Aping d'abord avant de me rencontrer. Il a un aspect hyper « ruff and rugged ». A première vue on dirait que le gars est à fond dans la drogue et l'alcool. En fait, Gang (devenu KonHak maintenant) ne boit pas et ne fume pas. Par contre il peut passer la nuit à essayer de mixer et de créer des beats. Il est sérieux et passionné pas la musique et le rap. Malheureusement, sa vie l'a empêché de consacrer ses journées à la musique. Il a abandonné son travail de jour pour travailler avec Klap. Il va être formé pour être "ingénieur de son" et va continuer à rapper et à produire avec moi. Niveau rap flow, c'est le gars a suivre...

Kelly est la petite dernière. Ce que j'aime en elle c'est sa voix style Roxanne. Elle chante comme une rappeuse old school des années 80. Elle vient d'une famille un peu plus aisée que les autres, mais adore chanter et rapper. Une nana a suivre...

Pou Khlaing....c'est la bête de scène. Lui c'est le tueur au niveau lyrics et flow. Son style est très particulier car il est poète et chanteur avant tout. Il a toujours vécu au Cambodge et n'a seulement immigré aux US il y a 7 ans. Le fait de résider au US lui permet de dire ce qu'il veut et de parler de ce qu'il veut. Ses paroles sont bourrées de métaphore, analogie et toutes sortes de messages subliminaux. Il reste très local dans sa musique (il produits ses propres instrumentaux et mixe ses chansons), il est très populaire au Cambodge. On travaille sur un album produit par Klap en ce moment.

Il y a aussi MC Tola, Aerevey, Theany...Ceux sont la prochaine génération.


Vous avez découvert le hip-hop en France avant de partir pour les États-Unis pour enfin rentrer au Cambodge. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours?

En 83 j'arrive aux 3000, Aulnay Sous Bois (Seine-Saint-Denis). En 85-86 je commence à tagger et faire un peu de graf avec mon crew les CIA (je dessine depuis tout petit). En 87 on se met au rap et je commence à m'occuper des beats (avec le gars en charge de les faire). En 88-89 on fait nos premiers concerts où on représente notre cité. En 89 ma mère me propose de faire un séjour aux US chez ma famille. En fait elle a peur que je tourne mal car je n'allais plus vraiment à l'école à l'époque (et mon petit frère avait déjà été pris par la vie de rue depuis pas mal de temps déjà). 1991, je reviens après une année en High School et une année en Community College majoring en Art liberal (!). Je fais de la sécurité, de la surveillance magasin, manutention, tri postal et un peu de galère jusqu'en juillet 93 où je décide de venir tenter ma vie au Cambodge qui était le Far-west a l'époque.

Entre 93 et 2000, c'est un mix de galères financières, relationnelles, apprentissage de la vie, plus de galères, vie un peu turbulentes et un peu bordelique, mais professionnellement j'essaye de mon mieux d'avancer. Je commences au très bas de l'échelle pour finir comme responsable pub et promotion en 98 chez Total Cambodge. Puis je fais de la formation chez eux à partir de 99. Dans ma vie privé, je fais du ménage et je fais la paix avec mes parents. En 2000 je rentre à la pagode pour être bonze pendant une semaine. 2001, je me marie, j'achète un ordinateur et j'apprends à utiliser Photoshop, Illustrator et un programme de musique qui s'appelle ACID PRO (+ SoundForge).

2001 je sors mon premier album Cream Remixes of khmer Hip Hop où je prends des vocaux des rappeurs du clan Phnom penh Bad Boyz et je les remix. Un morceaux créé pour les Phnom Penh playaz "Khmer New year" où je sample une vieille chanson qui parle du nouvel an Cambodgien, deviens un hit. Mais le reste de ma musique passe inaperçu quand même. En 2002 je sors une autre compilation, "Cream remixes of khmer Hip Hop - Khmae Funk" où pareil je remixe des chansons des Phnom Penh Bad Boiz. J'arrête la musique entre 2003 et 2005 à cause de problèmes personnels, je me concentre sur le design et la pub. Fin 2005 je reprends la musique pour le fun avec Aping.

Le reste c'est de l'histoire.


Que pensez vous de la scène hip-hop cambodgienne ? Et du reste de la musique cambodgienne actuelle ? Y a-t-il des artistes issus de communauté cambodgienne expatriée ?

La scène Hip Hop Cambodgienne reste très underground même si le Hip-Hop ici a beaucoup de fans. Le problème c'est que jusqu'à maintenant, on était très mal organisé ici et les gamins faisaient ce qu'ils voulaient et pouvaient sans personne pour leur donner des conseils et les orienter. Et nous même (les producteurs) nous ne pouvions pas investir ni trop de temps ni trop d'argent dans un genre qui n'était écouté que par une  petite partie des jeunes de Phnom Penh. Le problème ce n'était pas avec la musique et le style en lui même, c'était surtout, je pense, le fait que les chansons n'étaient pas disponibles constamment (où les trouver, quand, qui, etc...). C'est dure de créer un fan base quand la musique n'est pas trouvable. 

Maintenant c'est différent, des artistes comme Pou Khlaing, Kdep, Dj Cake, Aping, Boomer des Straight Refugeez...ont aidé à promouvoir le Hip Hop Cambodgien actuel, chacun à sa manière, mais chacun de son côté. C'était le bordel, mais le Hip-Hop Cambodgien a commencé à se faire entendre et à envoûter les esprits.

Maintenant si on veux parler de musique indépendante et un peu originale au Cambodge, on va te parler du mouvement Hip Hop Khmer. Notre musique est presque 100% originale, les paroles et la manière de les délivrer est presque 100% originale, etc... contrairement à l'industrie pop actuelle qui existe grâce à des reprises et remakes de hit Coréen, Thai, Chinois, Anglais, ou Khmer des années 60-70.

La musique pop/mainstream cambodgienne actuelle n'est pas vraiment originale même si depuis quelques mois, et je sens que le mouvement Hip Hop Khmer a eu son influence à ce niveau, les labels font des effort pour sortir des chansons un peu plus originales. Mais bon, il ne faut pas oublier non plus que le Cambodge viens juste de sortir de sa merde depuis une dizaine d'années . Il ne faut pas non plus espérer un boom formidable dans la créativité culturelle Khmer. Ça va venir je pense, les Cambodgiens sont forts niveau création, c'est dans le sang et les gènes (voir le passé culturel, l’histoire, etc.), il faut juste leur donner le temps d'apprendre et de s'adapter. Quand tu comprends l'histoire du peuple khmer, tu dois comprendre ça, l'accepter et attendre le changement s’il faut.

Maintenant je crois que le Hip Hop khmer a été le pionnier dans le procédé...du fait qu'on a inspiré l'originalité et la créativité. Les majors ont vu, elles nous ont écouté et se sont dis "pourquoi ils peuvent le faire avec un crayon, un bout de papier, un micro et un ordinateur? pourquoi on pourrait pas le faire?"

Le public aussi est de moins en moins dupe. Ils savent d'ou viennent les chansons qui passent à longueur de journées a la radio et à la télé. Les gros labels commencent à se remettre en question. Un artiste comme Pou Khlaing a vraiment aidé a promouvoir la musique originale khmer.

Quels sont les artistes hip-hop qui vous ont le plus marqué ? Que pensez vous du rap français ?

Etant un gars qui fait des instru, j'ais été très inspires par des producteurs comme Dj Premier tout d'abord!, puis Dr. Dre bien sur et Pete Rock, Dj Muggs (Soul Assassin), Dj Quick, etc... De nos jours ceux que je kiffe c'est Heatmakers, Jermaine Dupri, kanye West...

Comme j'ai 36 ans, mes rappeurs préférés viennent de mon époque: EPMD, Gangstarr, NWA, Das Efx (KlapYaHandz est le titre d'un de leur morceau)...Lyricalement c'est bien sur 2pac, Biggie, jayZ, etc...

Niveau hip-hop français, idem: NTM et IAM, mais un gars que j'aime bien niveau style, flow et musique c'est Booba.

Je suis revenu au Cambodge en  93, donc j'ai un peu perdu contact avec le rap français. Mais je sais que ça bouge énormément la bas. Le seul problème c'est que je n'ais plus de connections avec ce que les gens disent dans leurs paroles. Ici le rap c'est SAME SAME but DIFFERENT!

Mais je kiffe les beats de Booba, et ses crachats de venins.

Vous samplez beaucoup les grands chanteurs cambodgiens des années 1960-70. Qu'est ce que cette scène avait de particulier ? Que signifie cette musique pour vous ?

On est en 2008, et c’est ce que je fais maintenant et depuis 7 ans d'ailleurs. Ces artistes des années 60-70 (Sin Sy Samuth, Ruos Serey Sothea, Pen Ron, etc...) le faisait déjà avant moi et les autres, mais sans sampleurs ni ordinateurs. Juste avec leur cerveaux, leurs oreilles, et leurs instruments de musique. On ne fait rien d'unique et d'innovant. Ils l'ont déjà fais pendant plusieurs années, pendant les meilleurs années de la musique pop khmer.

Si vous écoutez les sons de l'époque, et si vous avez un peu l'oreille pour la musique en général, vous allez reconnaître des lignes de basse, des morceaux de guitares ou des percussions inspirées et "samplés" sur des groupes mondialement célèbres de l'époque: Jimi Hendrix, The Beatles, The Animals, The Doors, Santana, etc...

Le meilleur c'est des morceaux à connotations plus traditionnelles qui ont des grooves de guitares hyper soul ou hyper funky...sans blagues, je suis tombé sur de ces merveilles de la musique Khmer de l'époque!

Et bizarrement, je crois que ce genre de fusion et de remixing est unique au Cambodge et dans la région du Sud-Est Asiatique, prouvant encore une fois, le côté ouvert et sensible des Khmers. Si j'aimerais que quelqu'un me dise si à Singapore, Vietnam, Thaïlande, Laos, Malaisie...tu peux trouver la même chose...

Je suis fier de ce passé musical et culturel. C'est la preuve encore qu'a une époque, qu'à un moment de l'histoire du monde, le Cambodge s'était mis à la page, vivait à la même vitesse que l'Occident, que le Cambodge était plus proche des pays occidentaux civilisés que d'autres pays de la région. Mais qu'en même temps, les Khmers n'ont pas fait que copier et adopter, mais ils ont remodelés, remixés, re-adaptés ces influences, d'une manière artistique. 

Il faut revenir 1000 ans en arrière et revoir l'influence du peuple Khmer sur l'Asie du Sud Est, ou 30-40 ans en arrière où un boulevard comme Orchard Road à Singapour a été copié sur le Norodom Boulevard de Phnom Penh, qui lui même a été influencé par l'avenue des Champs Elysées de Paris, etc.

It's more than music...c'est a propos de la fierté Khmer.


Vous utilisez Youtube et myspace pour la promotion du KlapYaHandz. Des albums complets sont-ils sortis ? Comment une personne résidant en France peut acquérir d'autres sons ?

Je suis en train de travailler sur le website de Klap en ce moment. J'espère qu'ils sera opérationnel avant le Nouvel khmer (Avril). YouTube et MySpace ont été des solutions temporaires mais efficaces pour promouvoir notre musique. Aucun album n’est encore sortie. On a quelques morceaux trouvables au Cambodge, mais cette année on va les rendre disponibles à travers le website et la vente en direct.

Je ne suis pas un businessman, je fais toujours tout moi même (ça va changer!), et je fais toujours quinze millions de choses en même temps, incluant mon travail officiel comme Directeur Artistique dans une agence de pub, KlapYaHandz et ses responsabilités, ma famille, mes gamins et les responsabilités qui vont avec, et mes projets futurs de courts et longs métrages que j'essaye de lancer le plus rapidement possible...c'est dur pouvoir s'occuper de la vente et de la distribution des chansons...

Mais en 2008 je m'organise et je passe à une autre vitesse car j'ai d'autres grosses priorités cette année.


Quels sont vos projets immédiats et lointains avec le KlapYaHandz ?

Le website et:

1/Sortir la  Compilation "Cream of da Krop" réunissant tous les morceaux produits en 2007

2/L'album de Pou khlaing

3/L'album de Kdep, Aping, Kon Hak (gang), et la Compile des rappeuses de Phnom Penh

4/ Un long métrage prévu pour Octobre/Novembre 2008, la pré-production commence après le Nouvel An khmer.

5/Concert KlapYaHandz à la fin de l'année 2008


Un dernier mot ?

je ne sais pas si je vais arriver a faire tout ça, mais bon si j'arrive à sortir 2 albums et à faire mon film, je serais déjà très content. En fait cette année, le plus important c'est le long métrage que j'ai fini d'écrire il y a 3 ans. C'est cette année ou jamais. je l'avais laissé de coté à cause de la musique. C'est un rêve de gamin de faire des films...

Donc le dernier mot c'est:

Parler moins. Faire plus.

Peace'n'luv, merci pour l'interview. Bonne Année a tous.

Cream/KlapYaHandz

Par Boeb'is - Publié dans : Interviews
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