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Interviews

Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 21:48



Extraits d'un entretien de Jean-François Bizot fait par Cyril De Graeve et Ariel Kyrou en 2004, et disponible en intégralité sur chronicart.com depuis 2006 (c'est donc tout sauf un scoop). L'entretien est très long et très intéréssant et aborde un bon paquet de sujets. Avec tous les mp3 uploadés je n'en suis plus à une violation du droit d'auteur près, donc j'ai copié-collé quelques (petits) extraits sur le défrichage et la promotion des "biens" culturels.


[...] Parce qu'il y a une surabondance... Dans ces conditions où il n'existe plus aucun point de repère, quelles sont les possibilités de défrichage ?


Les journalistes sont les abrutis au bout de l'entonnoir. Le risque, avec cette abondance, c'est que tu n'arrives plus à traiter que des bouts de nouveautés. Comment tu fais un tri ? Comment tu peux décider d'y aller ? Avant, c'était facile, mais aujourd'hui comment procède-t-on ? Quelle place attribuer à quoi ? Comment tu choisis une nouvelle galerie d'art ? Pourquoi ce qu'elle expose est-il plus intéressant que le reste ? Ça me fait penser à la distance qui existe entre le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo. Le Musée d'art moderne de la ville de Paris réouvrait ses portes début février avec une expo Pierre Bonnard, que Picasso détestait mais que Matisse idolâtrait. Dans les journaux, on a parlé d'un "Bonnard, lumineux et accessible". Facile. En face, le Palais de Tokyo proposait au même moment une accumulation d'artistes dits d'avant-garde, regroupés sous l'appellation " Notre époque ", que je n'ai d'ailleurs pas été voir. Ça va de l'art GPS à un tas de vieux papiers qui fait figure d'œuvre d'art... Ça ne me dérange pas : je peux même jeter mes vieux papiers pour contribuer à l'œuvre d'art. Tu as donc les deux espaces l'un en face de l'autre avec cette question commune : "Est-ce que l'avant-garde est un concept dépassé au XXIe siècle ?". Et si l'avant-garde c'était le XXe, qu'est ce qui caractérise le XXIe ? Est-ce le retour aux valeurs consacrées ? Mais si tu refuses cette réaction, c'est quoi une performance intéressante au XXIe siècle, vu tout ce qu'on a déjà connu avant ? Devant ce trop plein, cette surabondance de propositions, le statut du journaliste a changé. Tu te retrouves aujourd'hui non plus dans la position du défricheur, mais dans celle du trieur.


Comment définir ce nouveau statut ? S'agit-il d'une question d'exigence ?


Je ne sais pas... C'est la question de savoir ce que tu as envie de faire et de voir. Supposons qu'il y ait plein de livres sur ton bureau... Putain, c'est horrible ! Tu ouvres un bouquin au hasard, tu lis une double page : tout de suite tu sais si tu vas le lire ou le jeter. Tu repères immédiatement le degré d'exigence de l'écriture, tu vois tout de suite si c'est maîtrisé ou pas, les douze clichés dans une page, etc. Comment trier autrement ce qu'on va lire ou pas, sachant qu'aujourd'hui un éditeur peut publier un roman à peu de frais du fait de l'évolution de la technique et qu'aucun être humain ne peut se farcir toutes les nouvelles parutions ?

 Ça vaut pour toute la production culturelle, la musique y compris...

Bien sûr. Et parmi tous ces disques, tu cherches sans arrêt le flash (d'intelligence, d'air du temps, de sensibilité), or c'est tellement rare que tu te sens en permanence complexé. Le complexe de passer à côté du truc évident, peut-être en provenance du Japon, de Chine ou de Corée. […]


Mais comment rendre ce genre de cases visibles ?

Le problème, ce n'est pas la visibilité. Avant, il y a la nécessité de redonner au gens le goût de la découverte et de l'effort. Parfois, en effet, il faut faire un effort pour comprendre quelque chose. C'est vrai sur le plan littéraire, sur le plan théâtral, pour tout. L'ennui, c'est que les oeuvres en question sont souvent non seulement très chiantes, mais surtout sans aucun intérêt. Forcément, dans ce cas-là, tu dégoûtes les gens, tu les lasses, tu les perds... L'avant-garde n'est plus un critère ! […] 


N'est-ce pas justement cette faculté de trier au-delà de l'apparence, ou de trier tout court, qui a fait défaut à Nova Mag (le magazine a cessé de paraître en décembre 2004) ?


Mais moi je n'ai jamais rien su faire ! Bon, il faut se débarrasser de la question (rires). Mais je te réponds : au début des années 70, c'était simple. Il suffisait d'avoir un billet d'avion pour découvrir des choses que les autres ne savaient pas. Et puis, au moins depuis les années 50 avec Positif et Les Cahiers dans le domaine du cinéma, il y avait à l'époque ce regard critique français -Les Inrocks, plus récemment, en ont largement abusé, jusqu'à l'overdose. Je parle d'un goût français en matière de repérage. En musique, par exemple, dans les années 70 le goût français te recommandait Alice Cooper ou David Bowie... A ce moment-là, tu ne te focalisais pas du tout sur la concurrence, tu recherchais simplement la qualité. Lorsqu'il n'y avait pas trop de canards, c'était facile. Et puis nous nous adressions à une génération vierge qui avait tout à découvrir. On avait juste à donner notre avis, ce qui nous a d'ailleurs valu des ennuis historiques avec d'autres pays qui prenaient les français pour des gens arrogants. Reste que ce goût critique français, unique selon moi, a porté ses fruits sur le plan culturel : nous avons découvert de nouveaux talents, notamment dans le cinéma indépendant. D'ailleurs, généralement, les films qui marchaient en France n'avaient aucun succès aux Etats-Unis.


Même chose en ce qui concerne la littérature, avec par exemple des auteurs comme Philip K.Dick ou Charles Bukowski...


Oui. On a fait de Dick une icône culturelle alors que les Américains considéraient son œuvre comme étant une sous-littérature. Dès lors qu'ils affirmaient ça, un boulevard s'ouvrait à nous. On a créé beaucoup d'icônes, mais elles sont devenues épuisantes, si j'ose dire : aujourd'hui, on va encore te faire suer, vingt cinq ans après, avec les obsessions de K. Dick ! Le pauvre, il est mort depuis un moment, dans le désarroi... Et on te casse encore les burnes avec Bukowski, ce grand écrivain, tu n'en peux plus ! C'est un peu mieux que Philippe Delerm, mais faut pas charrier (rires). J'exagère à peine. Donc, tu te retrouves avec un héritage underground, rock'n'roll, culturel à tendance américaine qui, à mes yeux, est tout à fait honteux. Je le dis : j'ai honte de ça ! Et je n'y peux pas grand chose : dans les années 70, on a découvert Norman Spinrad, Philip K. Dick et compagnie, certains d'entre eux sont même venus habiter à Paris (Gilbert Shelton, Norman Spinrad)... Poursuivre encore maintenant dans cette veine-là, c'est pas possible.  […]


Avec le recul, était-il possible à l'époque de croire autre chose ?


Peut-être, mais alors c'était un combat difficile. Difficile à assumer surtout. C'est intéressant... ça m'intéresse d'ailleurs. Mais comment s'y prendre ? Quel accès as-tu, par exemple, à l'Afrique du Sud ? C'est pour cette raison que je me suis intéressé à ça. A des peintres hindous également. Ou aux scientifiques du Bengale, puisqu'on trouve là des mathématiciens et des intellectuels extraordinaires. Avec leur culture ancestrale, ils nous ridiculisent comme des nains ! Je ne te parle pas des musulmans, eux ils sont en retard ; et je me fous pas mal qu'on me colle une fatwa ! Il faut s'intéresser à ce qui nous étonne. Que l'Inde, ce pays d'un milliard d'habitants, n'ait eu qu'une seule médaille aux Jeux Olympiques (de bronze, en saut en longueur), n'est-ce pas le signe d'un monde radicalement différent du nôtre ? Aujourd'hui, évidemment, avec Internet ça change tout, ça débarque de partout, ça va même devenir infernal. Oui, l'avant-garde kirghize nous attend au virage ! D'ailleurs, on ne sait pas si l'avant-garde kirghize sera légèrement islamisée ou pas... Le problème, c'est que sous prétexte de faire différemment, de jouer systématiquement la découverte, tu risques très vite aussi de jouer les donneurs de leçons et, finalement, de t'engouffrer dans le politiquement correct. Prends les Uigurs, un peuple de 17 millions de personnes en Chine : bien avant nous, au VIIIe siècle, ils ont inventé un alphabet pour faire les passeports à caractères imprimables sur la route de la soie. Ce n'est pas parce qu'on apprend qu'ils ont inventé l'imprimerie avant Gutenberg qu'on va leur faire des courbettes toute la journée ! Oui, parce que les Uigurs se contrefoutent de ce qu'on a inventé avant eux, et ils ont peut-être raison. Ne transformons pas une révélation en "révolution" ou, comme je le lis maintenant dans la presse, en marque de "considération". Le but de la presse selon moi, je le répète, c'est de surprendre, de comprendre, mais surtout pas de donner des leçons. Or c'est la tendance, il me semble...[...]

Par Boeb'is - Publié dans : Interviews
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 16:57


Interview menée par email avec Edouard Maurer, l'homme aux manettes du label Mobilarts dont le slogan est les arts en mouvement pour les gens en mouvement


Bonjour, Edouard Maurer, vous êtes le créateur du jeune label Mobilarts, pouvez-vous nous le présenter?


L’action de Mobilarts est triple :

-La distribution numérique, notamment par le biais du réseau international de Ioda, le leader des distributions numériques indépendantes dans le monde
-La promotion des artistes sur les réseaux de blogs, podcast, radios et journaux dans le monde entier
-L’organisation de spectacles originaux de créations, réunissant des artistes du label.


Quel a-été votre parcours avant de créer Mobilarts? Qu'est ce qui vous a amené à créer cette structure?


Je suis musicien depuis l’enfance, et j’ai toujours composé et organisé des concerts et spectacles, pour mes groupes ou d’autres artistes. Au bout d’un moment, on se sent frustré du fait que les efforts de créations n’aboutissent pas à la diffusion – bref, que les créations restent dans les tiroirs. J’en suis assez naturellement arrivé à la conclusion d’interrompre mes propres compositions pour prendre un peu de temps, me servir de mes expériences technologiques et internationales pour organiser une structure de diffusion utilisant le vecteur des nouvelles technologies, de leurs réseaux propres qui nous permettent de toucher un public plus large, tout en maintenant la réalité de la musique par l’organisation de quelques spectacles vivants axés sur l’échange entre les cultures et les modes d’expressions.


Mobilarts comporte une dizaine d'artistes, qui sont-ils? Comment les avez-vous rencontré?

Les artistes du label sont en général des créateurs confirmés dans leurs expressions, dans l’utilisation de leurs techniques de créations, et qui ne sont pas encore repérés à grande échelle. Ici encore, je parlerai d’un mot qui me paraît important : le réseau, ou « carnet d’adresses ». J’ai connu certains artistes par le biais de mon parcours propre, et eux-mêmes m’ont fait rencontrer d’autres créateurs. D’un autre côté j’utilise bien sur le web pour dénicher et contacter des artistes dont le parcours me paraît intéressant, et vice – versa, de plus en plus de musiciens me contactent pour en savoir plus sur mes activités.


Un exemple intéressant est celui de la rencontre des artistes coréens Kim HeeJeong ou Daehan Saram, qui a tout simplement été initiée par une soirée entre amis, suffisamment concrète pour que je décide d’aller à Seoul et approfondir les contacts. Ou encore la rencontre avec Franck Colman, dont le contact m’a été fourni par le studio Toulousain « Produc’ Son », avec lequel je travaille depuis des années.


Vous diffusez vos artistes uniquement sur internet, ça fonctionne?


Ca fonctionne si et seulement si un gros effort de promotion est fait. D’un autre côté, il faut savoir que la distribution numérique doit être un élément qui va permettre à l’œuvre d’être visible et disponible à l’achat, dans un panel de moyens. C’est l’ensemble des outils de ce panel qui va permettre à l’artiste de vivre. Rares sont les cas où la distribution numérique en elle-même génère des revenus suffisants pour les artistes. Il ne faut pas croire que le numérique va  remplacer à lui seul les autres aspects de la musique : les concerts, festivals, CD physiques, show cases, radios TV et presse ecrite, et c’est tant mieux.
Vos projets pour Mobilarts?


Renforcer et optimiser la présence des artistes du label sur tous les fronts ! Continuer à signer des contrats de partenariats avec des structures françaises et internationales, faire entrer de nouveaux artistes mois par mois, produire un album de guitare classique (des interprétations de Mozart sur une guitare 10 cordes, sans transcription, une première mondiale !), organiser une rencontre entre des artistes Coréens et Africains cet été dans un village médiéval du sud-ouest de la France. En bref, je crois que tout est lancé, l’objectif est maintenant de continuer les actions entreprises et d’asseoir la présence de Mobilarts sur les différents terrains.



Pour en savoir plus, jetez un oeil sur le site mobilarts.net qui comporte des extraits de tous les artistes et quelques chansons complètes.

Daehan Saram: Ah He

Par Boeb'is - Publié dans : Interviews
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Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /Mars /2008 21:32

cover_homework.jpg A l'occasion de la sortie de sa deuxième tape Homework, petite interview avec le rappeur bordelais Charly Greane. Pour écouter sa musique, achetez sa première tape, téléchargez gratuitement la deuxième, ou allez sur son myspace.


Camille: Est-ce que tu peux te présenter ? Tu peux revenir sur ce qui s’est passé entre ta première tape il y a 2 ans et la sortie d’Homework ?
Charly Greane, 22 ans, chanteur. Ma première tape m'a ouvert beaucoup de portes. J'ai pu faire pas mal de lives dans toute la France et collaborer avec des mecs dont j'appréciais beaucoup le travail. Je pense que ma musique a beaucoup évolué ces 2 dernières années. Ca ne se ressent pas forcement dans "homework" qui en gros est dans la continuité de ma première tape mais je pense que les prochains morceaux vont surprendre.

Quelles sont tes influences?
Ma référence ultime c'est le premier album de Doc Gynéco, ui ui! Il est juste parfait. Après, j'écoute énormément de musique mais c'est pas pour autant qu'elle m'influence.J'aime beaucoup Lil wayne, T-pain, wiz khalifa. En France, j'écoute Booba.

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?
J'étais en mixage donc j'ai écouté à mort mes nouveaux tracks, jusqu'à l'overdose même. Sinon je suis hyper bon client de l'autotune. Tous les nouveaux trucs de weezy, je suis fan.

Tu as fait beaucoup de featuring avec Tally, est-ce que tu peux nous parler un peu de son actualité ?
Il va sortir une tape là, il passe 6 mois à Los Angeles mais il a enregistré pas mal de nouveaux trucs vraiment cool. Il m'a fait une prod aussi, un truc fou.

Comment se passe ton travail avec James Heartbreaker ? avec Western love ?
James passe chez moi, il branche son ordi et c'est parti. On bosse toujours ensemble, en général je lui demande un truc assez précis et il me fait l'inverse. Mais ses prods sont toujours folles. Avec Western Love, c'est un peu pareil. Des fois c'est moi qui amène l'idée, d'autres fois c'est elle.  

Avec qui d’autre aimerais-tu travailler ?
Avec une actrice. Je rêvais de faire un track avec Marion Cotillard mais maintenant qu'elle est oscarisée, c'est foutu.

Qu’est-ce que ça change pour toi d’avoir été signé sur Disque Primeur ?
Disons que ça me cadre, avec French Kiss ca partait un peu dans tout les sens et en gros j'étais seul à tout gérer. Là je suis epaulé, assisté même. Et puis on s'entend hyper bien, c'est cool.

Est-ce que tu comptes faire une tournée? Avec qui seras-tu sur scène?
C'est en discussion.

Par Camille - Publié dans : Interviews
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