Quand on évoque le reggaeton, on pense plutôt aux énormes tubes de Daddy Yankee, Don Omar, Plan B, Alexis y Fido, Zion & Lennox, Wisin & Yandel Trebol Clan qui ont innondé les pistes de
danse depuis une dizaine d'année pour le pire et parfois aussi le meilleur. Ici, je vous présente quelques sons plus anciens de Puerto Rico, à l'époque où le reggaeton était encore underground.
Il faisait déjà frémir les scènes portoricaines mais n'avait pas encore quitté l'île. On sent très bien les influences du reggae et du rap qui affleuraient encore, avant d'être définitevement
digérées pour donner le canon classique du reggaeton avec le fameux rythme "dem bow".
Voici donc ces titres trouvés en vrac sur youtube qui datent de la première moitiée des années 90, avec les pionniers que sont DJ Playero, The Noise, Baby Rasta & Gringo, ou Vico-C. Une
énergie et une sincérité, bien souvent perdus dans le reggaeton MTV!
DJ Playero - Side B (extraits de Playero 37, 1992) avec Daddy Yankee qui pose à seulement 15 ans
The noise 1 (1993)
The noise 5 - Old school reggaeton
Baby Rasta y Gringo, Ivi Queen y The Noise
Et pour un peu d'histoire pre-reggaeton, Te ves buena, du Panaméen El General, qui posa à l'époque les prémices du reggaeton avec son reggae en español avec des artistes comme Nando Boom
ou Chico Man!
Dans le télérama d'aujourd'hui, un article pas mal sur la musique cubaine actuelle signé Eliane Azoulay. Il contient un long passage (obligé) sur le Buena Vista Social Club; je n'ai pas
envie de radoter, mais ça reste un groupe qui à part le coup marketing magistral n'a vraiment rien inventé et
illustre plutôt le style "world music molle et consensuelle". Le reste du texte est consacré à la condition des artistes, entre censure et fonctionnariat. Malheureusement, presque rien sur la
musique en elle même, mais quand même un portrait d'Aldo Rodriguez, rappeur du groupe Los Aldeanos (Les villageois), qui m'a donné envie de regarder sur youtube.
Et c'est vraiment excellent! Rue89 leur avait également consacré un billet intéréssant en février
dernier.
Que reste-t-il du Buena Vista Club plus de 10 ans après les extraordinaires succès de l’album et du film de Wim Wenders ? Des millions d'exemplaires écoulés,
une bonne vingtaine d’albums plutôt décents qui ont surfé sur la vague, en particulier ceux d’Ibrahim Ferrer et de Compay Segundo. Mais aussi des trucs racoleurs comme l’affreux Rythms Del
Mondo, rapprochement mièvre entre les stars de la pop anglo-saxonne et les musiciens cubains, ou le soporifique documentaire Música cubana qui s’attaquait à la musique cubaine
actuelle. Mais le vrai héritage du Buena Vista Social Club, c’est son coup de génie marketing des producteurs Rye Cooder et Nick Gold. Les compilations de vieux standards étaient déjà la règle
pour les labels de « world music » mais ils sont allés au-delà : au lieu d’exhumer des chansons, ils ont carrément exhumé un groupe! Ils ont réussi à conjuguer l’attrait pour l’authentique (le
fond de commerce de ces labels) tout en le formatant pour le public occidental.
L’authenticité est assurée en n’enregistrant que des vieux tubes qui ont fait leurs preuves (Veinte Años de Maria Teresa Vera, El Carretero de Guillermo
Portabales). Surtout, et c’est là le point clé, ils les font jouer par des musiciens de l’époque bien ridés comme il faut. Malheureusement, les grandes stars cubaines des années 40-60 sont
mortes, et ils faut donc piocher parmi les survivants. Mais contrairement à ce qu’affirme le documentaire de Wim Wenders, ils n’ont jamais été des légendes cubaines, seulement de très solides
musiciens dont le succès a logiquement décliné avec l’arrivé de nouveaux genres sur l'Ile : nueva trova, timba, salsa, rap, reggaeton etc.
La compatibilité avec l’oreille occidentale n’est pas non plus laissée au hasard. La musique cubaine avait déjà connue un succès considérable aux Etats-Unis dans les
années 1940, avec la vague mambo et cha-cha-cha puis avec la salsa. Surtout, Rye Cooder est un producteur très présent ; ça se sent très bien dans le documentaire de Wenders. Il sélectionne les
musiciens lui-même (ça s’appelle un boys band), il s’occupe des arrangements, de l’enregistrement, et de la sélection des titres. En tant qu’américain, il donne une certaine patine au CD qui
forcément aura tendance à plaire au public occidental. Le plus surprenant reste que Rye Cooder joue sur tous les morceaux de l’album (sauf un), et participe même aux concerts ! Son fils joue
aussi sur un titre…
Avec ce billet, je ne cherche pas vraiment à descendre l’album et le film, qui restent sympathiques malgré tout. Je veux plutôt montrer
les paradoxes qui sous-tendent la recherche d’authenticité de nombreux labels de world music. Comme cette musique pure, figée n’existe pas, on en arrive à la re-créer. Ça laisse assez songeur !
Au final, on passe à côté de la réalité culturelle, on reproduit les clichés, et on s’enfonce dans une nostalgie douteuse comme celle d’un Cuba pré-castriste. L’acculturation est un vrai danger
pour de nombreux peuples, mais il me semble un peu illusoire de vouloir y remédier par des projets initiés et maîtrisés par des labels occidentaux.
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