Dans le télérama d'aujourd'hui, un article pas mal sur la musique cubaine actuelle signé Eliane Azoulay. Il contient un long passage (obligé) sur le Buena Vista Social Club; je n'ai pas
envie de radoter, mais ça reste un groupe qui à part le coup marketing magistral n'a vraiment rien inventé et
illustre plutôt le style "world music molle et consensuelle". Le reste du texte est consacré à la condition des artistes, entre censure et fonctionnariat. Malheureusement, presque rien sur la
musique en elle même, mais quand même un portrait d'Aldo Rodriguez, rappeur du groupe Los Aldeanos (Les villageois), qui m'a donné envie de regarder sur youtube.
Et c'est vraiment pas mal du tout. Rue89 leur avait également consacré un billet intéréssant en février
dernier. Après, vu les stats de leur myspace et des vidéos youtube, le groupe n'est clairement pas aussi populaire qu'ils l'affirment mais qu'importe.
Que reste-t-il du Buena Vista Club plus de 10 ans après les extraordinaires succès de l’album et du film de Wim Wenders ? Des millions d'exemplaires écoulés,
une bonne vingtaine d’albums plutôt décents qui ont surfé sur la vague, en particulier ceux d’Ibrahim Ferrer et de Compay Segundo. Mais aussi des trucs racoleurs comme l’affreux Rythms Del
Mondo, rapprochement mièvre entre les stars de la pop anglo-saxonne et les musiciens cubains, ou le soporifique documentaire Música cubana qui s’attaquait à la musique cubaine
actuelle. Mais le vrai héritage du Buena Vista Social Club, c’est son coup de génie marketing des producteurs Rye Cooder et Nick Gold. Les compilations de vieux standards étaient déjà la règle
pour les labels de « world music » mais ils sont allés au-delà : au lieu d’exhumer des chansons, ils ont carrément exhumé un groupe! Ils ont réussi à conjuguer l’attrait pour l’authentique (le
fond de commerce de ces labels) tout en le formatant pour le public occidental.
L’authenticité est assurée en n’enregistrant que des vieux tubes qui ont fait leurs preuves. Surtout, et c’est là le point clé, ils les font jouer par des musiciens
de l’époque bien ridés comme il faut. Malheureusement, les grandes stars cubaines des années 40-60 sont mortes, et ils faut donc piocher parmi les survivants. Mais contrairement à ce qu’affirme
le documentaire de Wim Wenders, ils n’ont jamais été des légendes cubaines, seulement de très solides musiciens dont le succès a logiquement décliné avec l’arrivé de nouveaux genres sur l'Ile :
nueva trova, timba, hip-hop reggaeton etc.
La compatibilité avec l’oreille occidentale n’est pas non plus laissée au hasard. La musique cubaine avait déjà connue un succès considérable aux Etats-Unis dans les
années 1940, avec la vague mambo et cha-cha-cha. Surtout, Rye Cooder est un producteur très présent ; ça se sent très bien dans le documentaire. Il sélectionne les musiciens lui-même (ça
s’appelle un boys band), il s’occupe des arrangements, de l’enregistrement, et de la sélection des titres. Je ne crie pas à la manipulation, mais c’est juste qu’en tant qu’américain, il donne une
certaine patine au CD qui forcément aura tendance à plaire au public occidental. Le plus surprenant reste que Rye Cooder joue sur tous les morceaux de l’album (sauf un), et participe même aux
concerts ! Son fils joue aussi sur un titre…
Avec ce billet, je ne cherche pas vraiment à descendre l’album et le film, qui restent tout à fait sympathiques et ont eu le mérite non négligeable d’avoir donné un
coup de projecteur sur la musique cubaine. Je veux surtout montrer les paradoxes qui sous-tendent la recherche d’authenticité de nombreux labels de world music. Comme cette musique pure, figée
n’existe pas, on en arrive à la re-créer. Ça laisse assez songeur ! Au final, on passe à côté de la réalité culturelle, on reproduit les clichés, et on s’enfonce dans une nostalgie douteuse comme
celle d’un Cuba pré-castriste. L’acculturation est un vrai danger pour de nombreux peuples, mais il me semble un peu illusoire de vouloir y remédier par des projets initiés et maîtrisés par des
labels occidentaux.
Pas si facile de pondre un tube de l'été. Certes, la chanson se doit d'être joyeuse, dansante et ensoleillée mais les candidats répondant à ces critères sont
légions. Alors pour ne pas prendre de risques, autant recycler ce qui a déjà marché. C'est ce qu'a fait avec succès l'allemand Lou Bega en 1999 avec Mambo n°5. Pilepoil 50 ans plus tôt, le cubain
Perez Prado avait déjà fait un hit avec son Mambo n°5 qui avait contribué à lancer la "mambo mania" aux Etats-Unis. Lou Bega sample le rythme entêtant, rajoute des paroles et des arrangements
bien années 1990 et c'est parti pour un one-hit wonder. Il suit ainsi fidèlement la trace de la macarena qui reprenait un air vénézuelien, ou de la Lambada qui est la reprise d'une chanson
bolivienne.
«Passant
devant le dancing, j'entendis l'écho d'une musique de jazz endiablée, intense et brute comme le fumet de la viande crue. Je m'arretais un instant. Malgré la profonde aversion qu'elle
m'inspirait, cette musique exerçait sur moi une mystérieuse séduction. J'abhorais le jazz, mais je le préferais de loin à toute la musique académique de notre époque. Sa fougue joyeuse et
sauvage touchait chez moi aussi les instincts les plus profonds et il émanait de lui une sensualité candide, sincère ». Herman Hesse, Le Loup des Steppes, 1927.
Quelle citation pourrait coller mieux au reggaeton?Suivent trois énormes tubes dénichés sur une compilation de musique latino
concotée par une amie péruvienne. Daddy Yankee est de Porto Rico, Luny Tunes de République Dominicaine et Croni-k du Chili. A écoutez autrement qu'assis!
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