Publié le 1 Août 2011

Article préalablement publié sur interlignage: Cartagena! Curro Fuentes & The Big Band Cumbia and Descarga Sound of Colombia 1962 – 1972,

 

En 2007, Soundway, un jeune label britannique, qui avait acquis une solide réputation en quelques rééditions de pépites de musiques ouest-africaines des années 70, s’attaquait à l’Amérique du Sud. Colombia ! The golden Age of Discos Fuentes, the Powerhouse of Colombian Music compilait quelques unes des meilleurs chansons du plus grand label colombien, Discos Fuentes. Salsas épiques, cumbias savoureuses, mais aussi champeta, merecumbé, porro et même afro-funk sélectionnés avec le soin et la passion qui font la marque de fabrique de Soundway y cohabitaient joyeusement.

 

Cartagena ! prolonge Colombia ! en s’intéressant aux productions non plus de Discos Fuentes, mais de celle du neveu du fondateur du label, José Maria Fuentes dit « Curro ». Alors que le label Discos Fuentes déménageait à Medellín, Curro dut rester à Cartagena (Carthagène) pour s’occuper du magasin de disques familial. Ce multi-instrumentiste se mis dès le début des années 50 à enregistrer les meilleurs musiciens du coin pour son propre compte. Il faut dire que la Costa, la côte caribéenne de la Colombie, est une région particulièrement passionnante musicalement ! C’est de là qu’est issue rien de moins que la cumbia. Il rassembla ses musiciens dans son groupe Sonora Curro et commença à enregistrer pour Philips. Après une période comme directeur artistique du label néerlandais pour la Colombie qui l’amena à Bogotá, Curro revint à Cartagena d’où il produisit la nouvelle génération de musiciens qu’il rassembla dans son Super Combo Curro. C’est toute cette époque fertile allant de 1962 à 1972 qui est ici rassemblée.

Cartagena Soundway

S’inscrivant au niveau du son dans la lignée de Colombia !, on ne retrouve pourtant (à part le grand Lucho Bermudez1), aucun artiste en commun. Heureusement pour ceux qui attendaient une suite plus fidèle, Vampisoul et Nascente ont récemment sorti des compilations qui permettent de découvrir d’autres pépites de Fruko, Latin Brothers, Wganda Kenya, Afrosound et de Los Corraleros de Majagual2. Contrairement à l’intermède colombien au feeling différent – mais non moins excellent – compilé par Lucas Silva3, Cartagena ! a été réalisé par l’équipe habituelle de Soundway : Roberto Ernesto Gyemant (DJ Beto), à qui l’on doit les compilations Panama !4, associé avec le musicien et DJ Quantic (Will Holland) qui l’avait aidé pour compiler Panama ! 3 et toujours dans l’ombre, le boss Miles Cleret.

 

Une fine équipe qui illustre bien l’approche de Soundway. Il ne s’agit pas d’aller sur place faire du « field recording » à la manière des ethnomusicologues. Il ne s’agit pas non plus de réenregistrer des vieux tubes locaux avec des arrangements polis pour l’oreille occidentale ni de compilations fadasses de clichés. Il s’agit d’une approche de crates diggers5, comme dans le funk, le reggae ou le hip hop, et qu’on retrouve depuis une dizaine d’année derrière des petits labels qui rééditent les musiques populaires d’Afrique sub-saharienne ou d’Amérique latine des années 60-706. Il s’agit d’une démarche de DJs qui privilégie la musique de danse et qu’on retrouve régulièrement aux platines lors de soirées tropicales, que ce soit avec leurs vieux vinyles ou des sons plus récents. Il s’agit du travail de passionnés, respectueux de la musique et des artistes. Ce ne sont pas les enregistrements où le producteur passe une semaine sur place, et puis s’en va. Roberto Ernesto Gyemant a vécu plusieurs années au Costa Rica et Quantic vit en Colombie depuis 2007. Et ce ne sont pas les compilations où les titres sont mal renseignés voire distribués sans licence ou d’un son d’une qualité douteuse. Ici, chaque titre fait l’objet d’une description détaillée et a un son optimal même quand les masters ont été perdu et qu’il a fallu travailler à partir du vinyle. Le disque est accompagné du classique livret, copieux, érudit et illustré à souhait (bien que malheureusement seulement en anglais). Outre une bonne contextualisation on y trouve les habituels commentaires piste par piste, parfois assez cocasse du type : « the first time I heard this track my brain immediately melted out of my ears and dribbled down my shirt » (la première fois que j’ai entendu cette piste, mon cerveau a immédiatement fondu hors de mes oreilles et a dégouliné sur ma chemise).

 

On retrouve donc dans Cartagena! tout ce qu’on aime chez les compilations de Soundway. Tout d’abord une tracklist mêlant des styles différents mais cohérente : cumbia bien sûr et ses dérivés comme le merecumbé et la patacumbia (respectivement mélanges de cumbia et merengue et de cumbia et du Pata Pata de Miriam Makeba), son cousin colombien le porro mais aussi salsa, guaguancó, gaita et descarga (boeuf improvisé). Une sélection impitoyable qui ne laisse aucun morceaux médiocres ni même seulement bons pour ne garder que des titres qui restent frais même après une vingtaine d’écoutes. Et enfin, des morceaux à majorité instrumentaux où excellent de grands musiciens. Cette fois-ci, on craque pour le piano de Lalo Rozco sur Salsa sabrosa ou de Curro lui-même sur la Cumbia del pescador, les superbes solos du clarinettiste Alex Acosta, la ligne de basse folle sur Honolulu d’El Gran Romanticito, ou encore les percussions de Clodomiro sur Traigo salsa. Sans parler des deux titres de la légende Lucho Bermudez ! Des artistes rares, inédits en disque hors de la Colombie dans leur immense majorité et dont les vinyles sont jalousement gardés par quelques collectionneurs comme des toiles de maîtres.

 

Dans une anecdote du livret, il est dit que Curro jeune avait l’habitude d’ouvrir les cages des précieux oiseaux à la mode chez les riches de Cartagena. J’aime imaginer que Soundway fait la même chose en ouvrant les cages où ont été gardés trop longtemps les précieux vinyles aux couleurs non moins chatoyantes que ces oiseaux que Curro laissait s’envoler.  Et sur ce, comme le chante Rosando dans le titre qui ouvre Cartagena ! : « Yo me voy para la costa, allá me espera mi negra. Yo me voy para la costa, porque ella está en Cartagena. Yo me voy para la costa, porque la costa es sabrosa ! »

 

Cartagena! Curro Fuentes & The Big Band Cumbia and Descarga Sound of Colombia 1962 – 1972.
Compilé par Roberto Gyemant, Will ‘Quantic’ Holland, Sean Uppal et Miles Cleret.
Sortie le 28 février 2011 en vinyle, CD et mp3 chez Soundway.

 

1. À noter la sortie sur Soundway en vinyle seulement d’un EP 6 titres de Lucho Bermudez le 28 février 2011. Profitons de cette note pour signaler aussi la sortie le 25 avril 2011 d’Aqui Los Bravos! The Best of Michi Sarmiento y su Combo Bravo 1967 – 77, passionnant musicien colombien qu’on avait pu découvrir sur Colombia!.

2. Par ordre de préférence: Afrosound of Colombia (Vampisoul, 2010), Quantic Presents Tropical Funk Experience (Nascente, 2010) à cheval entre la Colombie et Panama, A Orillas del Magdalena - Costal cumbias from Colombia's Discos Fuentes (Domino Sound, 2009) dédié à la seule cumbia, et enfin Ola Latina – Grandes Exitos Discos Fuentes 1&2, (Bonnier Amigo, 2007).

3. Palenque Palenque! Champeta Criolla & Afro Roots in Colombia 1975-91, Soundway, 2010.

4. Panama! Latin, Calypso and Funk on the Isthmus 1965-75, Panama! 2 Latin Sounds, Cumbia Tropical & Calypso Funk on the Isthmus 1967-77 et Panama! 3 Calypso Panameño, Guajira Jazz & Cumbia Típica on the Isthmus 1960–75.

5. Les fouilleurs de bac à disques.

6. Strut Record, Soul Jazz, Analog Africa, Syllart Productions, la série des Ethiopiques de Buda Musique,Vampisoul pour ne citer que les plus connus.

 

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Publié le 18 Juillet 2011

Quand on évoque le reggaeton, on pense plutôt aux énormes tubes de Daddy Yankee, Don Omar, Plan B, Alexis y Fido, Zion & Lennox, Wisin & Yandel Trebol Clan qui ont innondé les pistes de danse depuis une dizaine d'année pour le pire et parfois aussi le meilleur. Ici, je vous présente quelques sons plus anciens de Puerto Rico, à l'époque où le reggaeton était encore underground. Il faisait déjà frémir les scènes portoricaines mais n'avait pas encore quitté l'île. On sent très bien les influences du reggae et du rap qui affleuraient encore, avant d'être définitevement digérées pour donner le canon classique du reggaeton avec le fameux rythme "dem bow".

Voici donc ces titres trouvés en vrac sur youtube qui datent de la première moitiée des années 90, avec les pionniers que sont DJ Playero, The Noise, Baby Rasta & Gringo, ou Vico-C. Une énergie et une sincérité, bien souvent perdus dans le reggaeton MTV!

 

DJ Playero - Side B (extraits de Playero 37, 1992) avec Daddy Yankee qui pose à seulement 15 ans

 

The noise 1 (1993)

 

 

The noise 5 - Old school reggaeton

 

 

Baby Rasta y Gringo, Ivi Queen y The Noise

 

 

Et pour un peu d'histoire pre-reggaeton, Te ves buena, du Panaméen El General, qui posa à l'époque les prémices du reggaeton avec son reggae en español avec des artistes comme Nando Boom ou Chico Man!

 

El General - Te Ves Buena (1990)

 

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Publié le 26 Avril 2011

Deux très très belles chansons qui parlent du même sujet.

 

Cartola - Que sejas bem feliz (samba brésilienne)

 

Si c'est mieux pour toi
Tu peux partir amour
Et sois heureuse
Très heureuse

Que Dieu et la nature
les oiseaux dans leurs nids
les fleurs au bord de la route
parfument tous tes chemins

Moi je resterai ici
et je prierai pour toi
chaque jour
à l'heure de l'Ave Maria

Sois très heureuse
mais emmène-moi en pensée
pour que croissent ta gloire
et mes larmes heureuses

Se bom pra você for
Podes partir amor
E que sejas feliz
Muito bem feliz

Que Deus e a natureza
as aves nos seus ninhos
as flores pela estrada
perfume todos os caminhos

Eu aqui ficarei
por você rezarei
todas as tardes
ao bater Ave Maria

 

Que sejas bem feliz
mas leve-me na mente
que cresçam suas glórias
e minhas lágrimas contentes

(traduction par silvio)

 

Eduardo Marquez Talledo - Nube Gris (vals criollo péruviene)

Si me alejo de ti
Es porque he comprendido
Que soy la nube gris
Que nubla tu camino

 

Me voy para dejar

Que cambies tu destino
Que seas muy feliz
Mientras yo busco olvido.

Otra vez volveré a ser
El errante trovador
Que va en busca del amor
Del amor de una mujer


Se perdió el celaje azul
Donde brillaba la ilusión
Vuelve la desolación
Quedo sin luz.

 

Si me alejo de ti
Es porque yo quisiera
Que seas muy feliz
Aunque mi amor se muera
Me voy sin perturbar
Tus sueños tan queridos
Me voy con el pesar
De no ser comprendido.

Si je m'éloigne de toi

C'est parce que j'ai compris
Que je suis le nuage gris
Qui assombri ton chemin

 

Je m'en vais pour laisser
changer ton destin
Que tu sois très heureuse
pendant que je cherche l'oubli

 

  A nouveau je redeviendrai
  le troubadour errant
  Qui marche à la recherche de l'amour

De l'amour d'une femme

 

Il a fuit le ciel bleu
où brillait l'illusion
Revient la désolation
Je reste sans lumière

 

  Si je m'éloigne de toi
  C'est parce que je voudrais
  Que tu sois très heurese
  Pendant que mon amour se meurt
  Je m'en vais sans perturber
  Tes rêves si chers
  Je m'en vais avec le poids
  De ne pas être compris.

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Publié le 14 Avril 2011

qi210

(Qi Baishi)

Quelques sons qui tournent et tournent et tournent.

 

Antonio dos Santos nous parle de sa mort, c'est triste, c'est joyeux, et c'est beau. (extrait de Angola as 100 grande musicas 60/70, et je vous conseille au passage la nouvelle compilation d'Analog Africa, Angola Soundtrack: The Unique sound of Luanda)

  Antonio dos santos - Quando eu morrer

 

Une merveilleuse chanson du culte Etoile de Dakar avec un solo de trompette (ou de sax?) boulversant. (extrait de African Pearls - Senegal 70).

Etoile de Dakar - Footane

 

Une petite bombe colombienne extraite de la compilation Cartagena! sortie sur Soundway.

Puerto Rico y su Combo - Cumbia del Pescador

 

Et une grande chanson de l'immense Candeia chantée par le non moins grand Cartola pour terminer. Le samba dans ce qu'il a de plus beau!

Cartola - Preciso me encontrar

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