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Publié le 15 Mai 2014

 Chico Buarque – Construção – Le Cri

Nous avions laissé Chico Buarque quelques temps après la sortie de son premier album en 1966, qui l’avait élevé du jour au lendemain au statut d’idole. Dans les albums qui suivent, le jeune compositeur affine son style dans la même veine lyrique et égrène son lot de petits merveilles.

Parmi elles, Com Açúcar, Com Afeto, qu’il a composé pour Nara Leão et interprété par Jane Moraes ; une composition qui inaugure ceux écrits à la première personne du singulier d’un point de vue féminin et qui formeront une des plus belles parties de son oeuvre. Sabia, puis Retrato em Branco e Preto, avec lesquels Chico Buarque amorce son fertile partenariat avec son maître Tom Jobim. Sem fantasia, un morceau chanté en duo avec sa sœur Cristina Buarque alors âgée de 18 ans, et qui mènera par la suite une belle carrière d’interprète de samba traditionnelle.

Cette continuité de style n’empêche pas Chico Buarque de casser son image de bon garçon que les médias lui avaient un peu rapidement collés. En 1967, il écrit la pièce Roda Viva une charge acide contre le show-business dont il compose aussi la musique. Des débuts de dramaturge qu’il poursuivra durant la décennie avec Gota d’água et Opera do Malandro et qui marquent le début de ses problèmes avec le pouvoir. Une centaine de membres du groupe paramilitaire anticommuniste CCC surgit lors d’une représentation, détruisent le décors et frappent les acteurs. La pièce est interdite peu après.

 Chico Buarque – Construção – Le Cri

Le régime militaire se durcit avec le tristement célèbre acte institutionnel n°5 de 1968 qui sanctionne un grand mouvement de manifestations. Chico Buarque qui était parti en tournée en Italie décide d’y rester. Un auto-exil qui dure près d’un an et demi. Une époque où il n’est pas accueilli comme il l’imaginait par le public italien. Il devient père, prend ses responsabilités, en un mot, il grandit. Il produit un curieux album de reprises de ses succès traduits en italien et réarrangés par le grand Ennio Morricone, le compositeur attitré de Sergio Leone. Il compose les chansons de Chico Buarque n°4 dont il enregistre la voix en Italie tandis que les arrangements le sont au Brésil. Le dernier et peut-être le plus beau disque de jeunesse de Chico Buarque avec les titres Samba e amor, Mulher vou dizer quanto te amor, Pois é, Não Fala De Maria et ce qui deviendra 20 ans plus tard son tube en France, Essa Moça Tá Diferente.

A son retour au Brésil en 1970, Chico Buarque découvre avec des yeux neufs son pays, plus que jamais sous le joug de la dictature. Il est un nouvel homme, dans un pays qui a aussi bien changé. Le premier pas de cette transformation est Apesar de Você qui sort en single en 1970. En apparence une samba entrainante à propos d’une femme autoritaire, il s’agit en creux d’un chant de révolte plein d’espoir contre la dictature avec son célèbre refrain « Malgré toi / Demain sera /Un autre jour« . Il se vend rapidement à plus de 100.000 exemplaire et devient un hymne à la liberté. Le sous-texte n’avait pas été compris par la censure qui avait laissé passer la chanson lors de son contrôle. La censure réagit finalement en février 1971, interdit le single et détruit les copies restantes.

 Chico Buarque – Construção – Le Cri

C’est dans ce contexte que Chico Buarque sort Construção en 1971 qui marque une nouvelle évolution de son style. Selon lui, si son album n°4 est son album de maturité en tant qu’homme, Construção marque sa maturité en tant qu’artiste. A bien des égards, le disque reste nourri à la musique brésilienne, toute la musique brésilienne mais rien que la musique brésilienne. Contrairement au tropicalisme de Caetano Veloso, Chico Buarque la rénove de l’intérieur, sans regarder hors des frontières. A un ami italien qui lui disait « je n’ai qu’une option, du sang-neuf ou l’anti-musique. Regarde les Beatles, ils sont partis en Inde« , Chico Buarque, répond « c’est sûr qu’il l faut rompre avec les structures mais la musique brésilienne, contrairement aux autres arts, porte en elle les éléments de sa rénovation. Il ne s’agit pas de défendre la tradition, la famille ou la propriété de quiconque. Mais c’est avec la samba que João Gilberto a cassé la structure de notre chanson ».

S’il s’inscrit dans la tradition nationale, Chico Buarque n’a jamais été un gardien du temple. Quelques années plus tôt, en 1967, quelques mois avant la naissance du tropicalisme, une curieuse manifestation eut lieu à São Paulo, à l’initiative d’Elis Regina, contre l’ »invasion » de la guitare électrique qui triomphait avec le succès de la jovem guarda, le yéyé brésilien. Participèrent à cette manifestation, des musiciens aussi talentueux que Jair Rodrigues, Zé Keti, Geraldo Vandré, Edu Lobo, MPB-4, et même Gilberto Gil… Mais pas Chico Buarque. Il se justifie presque: « j’ai n’ai jamais rien eu contre la guitare électrique, comme je n’ai rien contre le tambourin. L’important est d’avoir Os Mutantes et Martinho da Vila sur la même scène.

 Chico Buarque – Construção – Le Cri

On ne trouve certes pas de guitare électrique sur Construção mais Chico Buarque s’associe avec Rogerio Duprat, le grand compositeur et arrangeur, surnommé le George Martin du tropicalisme pour son travail décisif sur les disques de Caetano Veloso, Os Mutantes, Gal Costa et Gilberto Gil. Ses compositions elles-mêmes se font plus sombres, plus radicales, plus expérimentales. Son chant s’éloigne du chant feutré à la João Gilberto, monte en puissance et en rage pour former un long cri qui s’étire sur les 10 titres de l’album.

Car Construção est bien un cri, plus qu’un pamphlet contre la dictature comme l’album est parfois présenté. La censure se charge de toute façon d’éliminer toute critique frontale et Chico Buarque lui même ne croit pas à la musique comme instrument de changement politique.Il ne se rêve pas comme un porte-parole à la Geraldo Vandré. Mais, la musique reste le dernier rempart de l’expression individuelle dans une société verrouillée, l’antidote contre l’horreur par la possibilité de la nommer.

Alors il exprime l’horreur, la frustration, la colère, l’étouffement, qui envahissent son pays pris dans les serres de la dictature. Ce quotidien monstrueux, si bien réglé, de cet homme choyé par sa femme mais qui suffoque de cet amour qui l’emprisonne (Cotidiano). Cette berceuse pessimiste,« dors ma petite, ça ne vaut pas la peine de se réveiller » (Acalanto). Ces chants sur la fuite et l’exil (Samba do Orly), sur le découragement de celui qui rend les armes (Desalento), sur l’abandon de celle qu’on incite à contre cœur à partir (« Part, Marie, car je n’aurais que mon agonie à t’offrir« ) (Olha Maria). Une lueur de révolte subsiste avec ce besoin viscérale de dire toujours et malgré tout ce qu’on porte en soi (Cordão). Des moments de grâce poignent avec ce portrait écrit avec Vinicius de Moraes d’un vieux couple perdu dans la routine et la solitude mais qui renoue pour le temps d’une valse avec la passion (Valsinha).

Et bien sûr le morceau titre, qui dépeint la journée d’un ouvrier du bâtiment qui part de chez lui, embrasse les siens, déjeune, grimpe l’immeuble qu’il construit, puis chute et s’écrase sur le sol au milieu de la circulation automobile. Un fait divers tragique, une critique de la course effrénée à la croissance conduite par la dictature, une épopée lyrique hallucinée et métaphysique. Tout ça à la fois, à l’image des paroles qui racontent plusieurs fois cette même histoire mais d’un angle différent à la manière d’une peinture cubiste.

On ne fait pas une révolution avec des chansons, et pas plus Construção que n’importe quel disque ne met fin à la dictature. Mais malgré la censure qui scrute chaque parole, interdit deux chansons sur trois, est présente à chaque concert, la musique permet de conserver au sein du Léviathan, un espace de liberté partagé entre les auditeurs, la possibilité de chanter l’oppression, un cri pour rester éveillé.

Chico Buarque – Construção. Phonogram/Philips. 1971

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Rédigé par Boeb'is

Publié dans #Brésil, #Chronique

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Publié le 8 Mai 2014

Chico Buarque - En fanfare

On dit parfois que les génies ne peuvent être reconnus de leur vivants et encore moins rencontrer le public. Les succès massifs de Cervantes, Tolstoi, Picasso ou Chaplin démentent cette assertion. Parfois le génie est si évident qu’il est compris de tous immédiatement. Chico Buarque appartient sans conteste à cette catégorie.

Chico Buarque arrive sur la scène musicale du Brésil en fanfare. En 1965, il n’est qu’un étudiant en architecture à la fac de São Paulo, le fils du célèbre historien Sergio Buarque, un gamin prometteur de 21 ans. Il participe timidement aux premiers festivals musicaux qui fleurissent alors et enregistre deux singles remarqués. Mais quand l’année suivante il remporte le premier prix au Festival de Musique de TV Record avec A Banda, du jour au lendemain, le pays tout entier n’a plus que son nom à la bouche. La presse le salue comme le nouveau Noel Rosa. Les jeunes filles tombent amoureuses de ses yeux bleues. Les mères en font leur gendre idéal. Son premier LP s’écoule à plus de 300 000 exemplaires en un rien de temps et s’exporte même en Italie et aux Etats-Unis. La “Chicomania” est résumée par le mot du journaliste Millôr Fernandes: Chico Buarque est “la plus grande unanimité vivante du pays”.

Chico Buarque - En fanfare

Peut-être même la seule unanimité. Car le Brésil est en pleine crise politique. En mars 1964, les militaires ont renversé la deuxième république naissante et balayé du même coup les espoirs et illusions de la jeunesse brésilienne. La raffinée bossa nova n’a plus les mots pour chanter le présent. L’heure n’est plus à la peinture délicate des sentiments qui éclosaient sur les plages d’Ipanema. Les musiciens se tournent vers des musiques plus rurales, plus traditionnelles. Edu Lobo et Geraldo Vandré s’inspirent des rythmes du Nordeste, Vinicius de Moraes se plonge dans la musique afro-bahianaise dont il tirera les afro-sambas avec Baden Powell. Les thèmes sociaux et politiques surgissent dans les morceaux. Nara Leão, la “muse de la bossa nova” incarne le mieux ce changement de cap avec Opinião (Opinion), un spectacle très engagé où elle partage l’affiche avec des sambistes des morros, João do Vale et Ze Keti.

Chico Buarque est également acteur de ce retour de la samba, mais sa référence est plus la samba urbaine. Celle de l’âge d’or de la samba carioca, jouée par Autolfo Alves ou Ismael Silva. Une samba qui raconte des histoires, à l’opposée de la bossa nova qui chantait à la première personne du singulier. Mais Chico Buarque a été aussi traumatisé par la bossa nova dont il est l’héritier plus que le fossoyeur. Adolescent il veut “chanter comme João Gilberto, composer comme Tom Jobim, écrire des paroles comme Vinicius de Moraes”. Il connait le “poète-diplomate” depuis tout petit, car Vinicius était très proche de son père Sergio Buarque et venait souvent chez lui. Chico Buarque écoute de manière compulsive Chega de Saudade et c’est en essayant de reproduire les accords de João Gilberto qu’il apprend à jouer de la guitare. Quand à Tom Jobim, il est sa référence absolue et le restera toute sa vie durant. Même après sa mort, Chico Buarque expliquera qu’il imagine toujours ce que son maître penserait de ses nouvelles compositions.

Chico Buarque - En fanfare

Les débuts de Chico Buarque marquent une synthèse entre la samba et la bossa nova. Une synthèse dont il extrait quelque chose de fondamentalement neuf. Un souffle mélancolique mais optimiste. L’enthousiasme d’un jeune homme de 22 ans mais porté par une musique aboutie et d’une étonnante maturité. Car Chico Buarque a déjà une culture très solide et vie bien remplie. Il est trilingue depuis qu’il a passé deux années en Italie à étudier dans un lycée américain. Fin connaisseur de la musique de son pays, il a aussi grandi en écoutant les maîtres étrangers, Charles Mingus, Miles Davis et même nos Jacques Brel et Georges Brassens. Il a lu et digéré, et en français, les grands romanciers russes et français (Camus, Flaubert, Gide, Tolstoi, Doestoiveski) et les maîtres de la littérature brésilienne (Drummond).

Mais ce fils de bonne famille, loin d’être un rat de bibliothèque, est plutôt malandro sur les bords. Avant son succès, si on a déjà parlé de lui dans le journal c’est c’est pour avoir volé une voiture avec des amis lors d’une virée nocturne. Très engagé lors du coup d’État de 1964, il fabrique des cocktails Molotov pour préparer une insurrection qui ne viendra pas. Fanatique de foot, il supporte avec ferveur l’équipe de Fluminesne. Côté samba, bien que vivant encore à São Paulo, son école est celle la plus carioca de toute, celle de Mangueira. Enfin il ne rate jamais une fête organisée à la fac où il teste auprès de ses camarades ses premières chansons.

Chico Buarque - En fanfare

C’est toute cette vie qu’on retrouve dans son premier album. Mais pas de chansons autobiographiques, le futur romancier s’exprime plutôt sous la forme de petits portraits. Pierre le maçon, qui passe sa vie à attendre son train, le carnaval, une augmentation, de gagner au loto, la mort (Pedro Pedreiro). La peinture à la manière de Zweig des pensées d’une femme qui regarde le monde depuis sa fenêtre (Ela e sua janela). Celui plus acide dans la pure tradition sambiste d’une femme vénale (Você Não Ouviu). Souvent se profile la croyance dans le pouvoir réconfortant de la samba (Meu Refrão, Tem Mais samba). Le tube de l’album, A Banda, ne raconte que ça: la magie d’une petite fanfare municipale qui en parcourant la ville fait oublier à chacun, pour un instant, ses peines, ses regrets, sa mesquinerie.

La plus belle chanson du disque, Olê, Ola, tresse la même thématique, même si cette fois la musique arrive trop tard.: “Amie, pardonne-moi si j’insiste en vain / Mais la vie est belle pour celui qui chante / Ma guitare joue fort pour que tout le monde se réveille… Ne pleure plus, car j’ai l’impression / Que la samba arrive / C’est une samba si grande que parfois je pense / Que le temps lui-même va s’arrêter pour écouter…/ Le soleil est arrivé avant la samba / Ceux qui passent ne font même pas attention, ils vont travailler /Et toi, mon amie, tu peux maintenant pleurer. »

Oui, sans doute la musique ne peut parfois pas panser les cœurs ni réparer les désordres du monde et Chico Buarque s’en rendra bientôt compte lui-même avec le durcissement progressif de la dictature. Une période où il ira encore plus loin dans ses compositions, encore plus intenses et novatrices tout en gardant les faveurs du public. Des albums où en comparaison son premier essai peut paraître un peu gentillet. Mais comme les Beatles des tout débuts, son premier LP est juvénile mais dans le bon sens du terme avec ce qu’il recèle d’audace et de fraicheur. Et il annonce déjà toute l’œuvre de celui qui allait s’imposer comme le plus grand auteur-compositeur-interprète de sa génération.

Chico Buarque – Chico Buarque de Hollanda. RGE. 1966.

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Rédigé par Boeb'is

Publié dans #Brésil, #Chronique

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Publié le 26 Mars 2014

 

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Deux de nos artistes préférés, Metá Metá et Siba seront en concert à Paris! Le 28 mars en formation complète et électrique pour le festival Banlieues bleues (avec batterie et basse). Et ils remettent ça le 31 mars en formation accoustique et ressérée avec seulement le trio fondateur, Kiko Dinucci, Thiago França et Juçara Marçal chez RKK (entrée libre). Rien de moins que Siba ouvrira le concert du 28 mars, avec Rodrigo Caçapa à la guitare.

Une interview que j'ai faite hier devrait suivre, le temps pour moi de la retranscrire et qui sera l'occasion de parler des derniers travaux de la géniale de bande de São Paulo, Encarnado, le dernier disque de Juçara Marçal, et Malagueta, Perus e Bacanaço de Thiago França. En attendant, pour l'occasion revoici la chronique du grand disque de Metá Metá que j'avais publiée sur mon autre blog avant de le découvrir sur scène.

 

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Il y a des groupes composé d’une bande d’amis rassemblés autour d’un auteur-compositeur talentueux et charismatique, qui sans doute partira en solo après quelques albums. Et il y a des groupes comme Metá Metá qui sont la rencontre entre égaux, la réunion de musiciens ayant chacun mûri leur art dans son coin. Metá Metá, qui signifie « trois-en-un » en yoruba, c’est d’abord le saxophoniste Thiago França, le guitariste Kiko Dinucci et la chanteuse Juçara Marçal.

Thiago França vient des bals de choro, de la samba de gafieira où il a acquiert le raffinement de la grande musique brésilienne instrumentale et le goût de faire danser le public qu’on retrouve dans son album premier album Na Gafeira (2009). Il a aussi une passion pour le jazz-rock et l’expérimentation qu’il explore avec son projet MarginalS.

Kiko Dinucci a également une double casquette, avec d’un côté le fan de rock américain (Slayer, Sonic Youth, Lou Reed, Stooges) et de l’avant-garde paulista bien barrée d’Itamar Assumpção, et de l’autre, le passionné de samba « à textes », celles de Paulo Vanzolini, Adoniran Barbosa ou Nelson Cavaquinho qui nourrit le travail de son premier groupe, Bando AfroMacarrônico.

 

kiko dinucci thiago frança meta meta

 

Juçara Marçal quant à elle a chanté durant une décennie au sein des groupes Vésper Vocal et surtout A Barca, une sorte de collectif, mi groupe de musique, mi institut de recherche ethnologique qui a repris et cartographié les musiques du Brésil profond, notamment des rythmes ruraux du Nordeste.

Mais ce qui rassemble ces trois musiciens c’est leur amour pour les musiques et les religions afro-brésiliennes, les pontos de candomblé, macumba, umbanda ou tambor de mina qui ont servi de matrice à la samba et à toute la musique populaire brésilienne. Thiago França, Juçara Marçal et Kiko Dinucci sont eux-mêmes devenus peu à peu macumbeiros.

Le premier fruit de cette rencontre est le beau et épuré Padê de Kiko Dinucci et Juçara Marçal. Thiago França les rejoint peu après pour former ce qui allait devenir Metá Metá. Le premier album du trio sort en 2011 et est déjà un coup de maître. L’album est tout tourné autour de l’Afrique. L’Afrique musicale de l’afrobeat nigérian ou de l’ethiojazz ethiopien, l’Afrique  comme traces présentes dans la culture afro-brésilienne et surtout l’Afrique intérieure, imaginaire, plus spirituelle que géographique. L’album comprend ainsi de nombreuses références aux divinités du candomblé, les orixas, tout en étant tourné vers le monde actuel. Les morceaux sont d’ailleurs signés par Kiko Dinucci lui-même ou par des compositeurs actuels, Siba, Douglas Germano, Mauricio Pereira, ou Jonathan Silva.

 

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Le groupe prend encore une dimension supplémentaire avec son second album MetaL MetaL. Si les percussions de Samba Sam et la batterie de Sergio Machado étaient déjà discrètement présentes dans le premier album, elles sont ici omniprésentes. La guitare de Dinucci s’électrifie, le saxophone de França joue avec les pédales d’effet, la basse de Marcelo Cabral fait son entrée et Juçara Marçal transforme son chant en conséquence. Le groove alors plutôt introverti se fait sale, puissant et intense.

Metá Metá reproduit avec cet album enregistré dans l’urgence et la spontanéité, l’énergie sans équivalent de leurs concerts. Ils délaissent les compositions à textes qui égrainaient encore leur premier album pour les pontos de candomblé ou des compositions originales construites sur le même canevas, deux ou trois vers seulement, composés par Kiko Dinucci et son fidèle partenaire Douglas Germano. Une simplicité des structures et des paroles qui permet d’aller à l’essentiel, toujours plus loin dans les recherches sonores et l’improvisation, dans une musique profonde et immédiate pour faire de chaque concert une véritable catharsis aussi intense qu’une transe religieuse. Et de MetaL MetaL, un précieux témoignage du plus passionnant groupe de sa génération.

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Rédigé par Boeb'is

Publié dans #Brésil, #Chronique, #Concert

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