Publié le 26 Mars 2014

 

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Deux de nos artistes préférés, Metá Metá et Siba seront en concert à Paris! Le 28 mars en formation complète et électrique pour le festival Banlieues bleues (avec batterie et basse). Et ils remettent ça le 31 mars en formation accoustique et ressérée avec seulement le trio fondateur, Kiko Dinucci, Thiago França et Juçara Marçal chez RKK (entrée libre). Rien de moins que Siba ouvrira le concert du 28 mars, avec Rodrigo Caçapa à la guitare.

Une interview que j'ai faite hier devrait suivre, le temps pour moi de la retranscrire et qui sera l'occasion de parler des derniers travaux de la géniale de bande de São Paulo, Encarnado, le dernier disque de Juçara Marçal, et Malagueta, Perus e Bacanaço de Thiago França. En attendant, pour l'occasion revoici la chronique du grand disque de Metá Metá que j'avais publiée sur mon autre blog avant de le découvrir sur scène.

 

Meta-Meta_metal_

 

Il y a des groupes composé d’une bande d’amis rassemblés autour d’un auteur-compositeur talentueux et charismatique, qui sans doute partira en solo après quelques albums. Et il y a des groupes comme Metá Metá qui sont la rencontre entre égaux, la réunion de musiciens ayant chacun mûri leur art dans son coin. Metá Metá, qui signifie « trois-en-un » en yoruba, c’est d’abord le saxophoniste Thiago França, le guitariste Kiko Dinucci et la chanteuse Juçara Marçal.

Thiago França vient des bals de choro, de la samba de gafieira où il a acquiert le raffinement de la grande musique brésilienne instrumentale et le goût de faire danser le public qu’on retrouve dans son album premier album Na Gafeira (2009). Il a aussi une passion pour le jazz-rock et l’expérimentation qu’il explore avec son projet MarginalS.

Kiko Dinucci a également une double casquette, avec d’un côté le fan de rock américain (Slayer, Sonic Youth, Lou Reed, Stooges) et de l’avant-garde paulista bien barrée d’Itamar Assumpção, et de l’autre, le passionné de samba « à textes », celles de Paulo Vanzolini, Adoniran Barbosa ou Nelson Cavaquinho qui nourrit le travail de son premier groupe, Bando AfroMacarrônico.

 

kiko dinucci thiago frança meta meta

 

Juçara Marçal quant à elle a chanté durant une décennie au sein des groupes Vésper Vocal et surtout A Barca, une sorte de collectif, mi groupe de musique, mi institut de recherche ethnologique qui a repris et cartographié les musiques du Brésil profond, notamment des rythmes ruraux du Nordeste.

Mais ce qui rassemble ces trois musiciens c’est leur amour pour les musiques et les religions afro-brésiliennes, les pontos de candomblé, macumba, umbanda ou tambor de mina qui ont servi de matrice à la samba et à toute la musique populaire brésilienne. Thiago França, Juçara Marçal et Kiko Dinucci sont eux-mêmes devenus peu à peu macumbeiros.

Le premier fruit de cette rencontre est le beau et épuré Padê de Kiko Dinucci et Juçara Marçal. Thiago França les rejoint peu après pour former ce qui allait devenir Metá Metá. Le premier album du trio sort en 2011 et est déjà un coup de maître. L’album est tout tourné autour de l’Afrique. L’Afrique musicale de l’afrobeat nigérian ou de l’ethiojazz ethiopien, l’Afrique  comme traces présentes dans la culture afro-brésilienne et surtout l’Afrique intérieure, imaginaire, plus spirituelle que géographique. L’album comprend ainsi de nombreuses références aux divinités du candomblé, les orixas, tout en étant tourné vers le monde actuel. Les morceaux sont d’ailleurs signés par Kiko Dinucci lui-même ou par des compositeurs actuels, Siba, Douglas Germano, Mauricio Pereira, ou Jonathan Silva.

 

Meta Meta MetaL MetaL show

Le groupe prend encore une dimension supplémentaire avec son second album MetaL MetaL. Si les percussions de Samba Sam et la batterie de Sergio Machado étaient déjà discrètement présentes dans le premier album, elles sont ici omniprésentes. La guitare de Dinucci s’électrifie, le saxophone de França joue avec les pédales d’effet, la basse de Marcelo Cabral fait son entrée et Juçara Marçal transforme son chant en conséquence. Le groove alors plutôt introverti se fait sale, puissant et intense.

Metá Metá reproduit avec cet album enregistré dans l’urgence et la spontanéité, l’énergie sans équivalent de leurs concerts. Ils délaissent les compositions à textes qui égrainaient encore leur premier album pour les pontos de candomblé ou des compositions originales construites sur le même canevas, deux ou trois vers seulement, composés par Kiko Dinucci et son fidèle partenaire Douglas Germano. Une simplicité des structures et des paroles qui permet d’aller à l’essentiel, toujours plus loin dans les recherches sonores et l’improvisation, dans une musique profonde et immédiate pour faire de chaque concert une véritable catharsis aussi intense qu’une transe religieuse. Et de MetaL MetaL, un précieux témoignage du plus passionnant groupe de sa génération.

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Rédigé par Boeb'is

Publié dans #Brésil, #Chronique, #Concert

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Publié le 26 Mars 2014

Cancoes+Praieiras+dorival-caymmi

(article préalablement publié sur mon autre blog dédié à la musique brésilienne)

 

C’est tout et ne rien dire que d’affirmer que Dorival Caymmi a une place centrale dans l’histoire de la musique brésilienne, lui qui en une centaine de chansons seulement, composées sur plus de sept décennies, a publié une œuvre d’une profondeur rarement atteinte.

Si son œuvre est parcourue de nombreux grands disques, son chef-d’œuvre le plus immédiat et le plus évident est Canções Praieras qu’il sort en 1954. Dorival Caymmi est alors déjà un compositeur reconnu. Il a derrière lui deux décennies de carrière pendant lesquels il a offert à Carmen Miranda ses plus grands succès dont le fameux O que é que a baiana tem. Il a surtout déjà publié plusieurs 78 tours qu’il interprétait lui-même. Ce fait seul témoigne de son aura, à une époque où il était rarissime pour un compositeur d’interpréter lui-même ses chansons.

Le disque Canções Praieras synthétise la plus belle partie de l’œuvre de Caymmi, celle où il chante sa Bahia natale. Une partie seulement, car, il composait également des chansons inspirées de sa vie à Rio de Janeiro où il s’était installé. C’est d’ailleurs un des paradoxes de Caymmi, que d’être celui qui a le plus et le mieux chanté Bahia alors qu’il l’a quitté dès l’âge de 23 ans pour Rio de Janeiro. Une ville qui à l’époque il faut le dire avait un quasi-monopole dans la production musicale du Brésil.

La plupart des morceaux présents sur Canções Praieras avaient déjà été enregistrés en 78 tours. Mais la grande originalité de ce premier Long Play est que Dorival Caymmi est seul à la guitare, une hérésie à l’époque, où un compositeur digne de son nom se devait d’être accompagné d’un orchestre au complet. C’est pourtant dans ce minimalisme déjà aperçu dans quelques un de ses enregistrements des années 40 qu’apparait le plus magistralement le génie de Caymmi. Car il s’agit bien de génie, sans galvauder le mot. Non le génie qui surplombe l’humanité de son écrasante supériorité mais celui qui sait justement partir d’histoires les plus quotidiennes, des personnages les plus humbles pour en faire des chansons universelles. De celles qui resteront chantées plusieurs siècles après que leur auteur aura été oublié, perdues au sein du peuple dont elles semblent être l’émanation.dorival caymmi

 

Mais cette simplicité apparente est bien sûr un masque trompeur qui cache un compositeur immense, admiré par Heitor Villa-Lobo, vénéré par Tom Jobim. Il est un des premiers a introduire dans la samba, septièmes, neuvièmes et accords renversés. Le terme même de samba est d’ailleurs trop réducteur tant son œuvre déborde largement le genre. Caymmi est d’ailleurs le seul compositeur de sa génération à être une référence unanime pour les musiciens de la bossa nova puis de la MPB,  João Gilberto en tête qui reprend d’ailleurs son Rosa Morena sur l’album fondateur Chega de saudade.

Dorival Caymmi est aussi un grand interprète. Sa voix grave et puissante lui permet de tenir la comparaison avec les chanteurs de l’époque qui se devaient de donner de la voix. C’est surtout son jeu de guitare qui étonne et séduit ; un style totalement unique, à la fois identifiable instantanément à sa manière de faire rouler les notes comme la mer sur le sable, et pourtant chaque fois différent, car chaque fois  parfaitement adapté à la chanson. Plus qu’un accompagnement, sa guitare dresse un véritable paysage sonore.

Caymmi, c’est enfin sa manière inimitable de chanter en quelques mots les plages d’Itapoã, des plages qu’il nous donne à voir, entendre et sentir. Ces plages où on marche simplement pour marcher, où tous les chemins mènent à la mer, et qu’une fois connues on ne veut plus jamais quitter (Quem vem pra beira do mar). Mais aussi les plages d’où partent les pêcheurs, ceux qui ont, chante-t-il, deux amours, un à terre – une femme qui les attend – et un autre en mer, qui n’est autre que la mer elle même (O bem do mar). C’est la mer nourricière qui apporte chaque jour au pêcheur de quoi gagner sa vie (Pescaria). Mais c’est aussi la mer meurtrière, celle dans laquelle vient se noyer le pêcheur, pour reposer dans les bras de Iemanja  (E doce morrer no mar). Et c’est le vent d’Itapoã qui chante dans les cocotiers, qui agite la mer et rappelle la brune aimée restée là-bas. Et car quand on l’écoute, nous avons tous une brune qui nous attend ou un pêcheur aimé parti en mer, Dorival Caymmi est un géant.

 

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Rédigé par Boeb'is

Publié dans #Brésil, #Chronique

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