Publié le 6 Août 2009

Comme pour le billet précédant, j'ai demandé à quelques passionés de musique de présenter en deux titres, un classique et un moderne, la musique qu'ils considèrent comme la plus intéressante de leur pays. Cette fois-ci, deux réponses du Japon.

 


Jin hamamura, auditeur last.fm fan de Caetono Veloso, des Beatles et de Shiina Ringo:

 

"Chanson classique:
 

Ishikawa Sayuri est une des plus fameuses chanteuses d'enka, un genre japonais mi-traditionnel qui est en quelque sorte l'équivalent du blues américain et du fado portugais. Alors que Misora Hibari est incontestablement la plus grande chanteuse du genre, j'ai choisi Sayuri qui est ma préférée. Amagi Goe est sa chanson "signature", et est extrêmement connue au Japon. Elle parle d'une liaison non pardonnée. J'imagine que la femme s'enfuie avec son petit ami, se sentant desespérée et heureuse en même temps. Le chant de Sayuri est assez sophistiqué et transmet des sentiments très riches de bonheur passager et de sobre anxiété. Les paroles sont très belles, je les qualifierais littéralement de gracieuse.



ISHIKAWA Sayuri - Amagi goe
 



 

 

Chanson moderne :
 

Shiina Ringo est une des chanteuses les plus populaires au Japon, connue pour son excentricité, son intelligence et sa beauté. Bien consciente qu'en tant que produit de l'industrie musicale, elle est vu comme une simple icone pop, une jolie fille et ce genre ce chose, elle essaie de désilluisoner son public en prenant avantage des illusions des hommes. Dans cette chanson intitulée "reine du Kabukicho", elles chante sur sa vie d'hotesse d'un nightclub du Kabukicho, un quartier chaud (au sens sexuel du terme) de Tokyo. Shiina Ringo façonne soignieusement cette image trouble afin de contrer les stéréotypes de femmes tout autant comme "mascotte mignonne" dans une société patriarcale que comme féministe rigide."
 




SHIINA Ringo - Kabukicho no Joou (1998)




 


 

Alwaladu, auditeur last.fm fan de musique classique (Stockhausen, Bartok...), de chanteuses françaises (Jeanne Moreau, Jane Birkin) et de plein d'autres choses (Cornelius, Towa Tei, Boards of Canada):

 

"Comme classique, j'ai choisi Natsu Nandesu de Happy End, extrait de l'album Kazemachi Roman.

Happy End est un groupe de folk rock du début des années 1970 formé Haruomi Hosono (chant, basse, clavier), Eiichi Otaki (chant, guitare), Takashi Matsumoto (batterie), Shigeru Suzuki (guitare). Ils sont considérés comme les pionniers de la musique pop/rock japonaise et il n'est pas exagéré de dire que tout est parti d'eux. Ils ont fusionné la sensibilité japonaise et le rock West Coast du type Buffalo Springfiel ou Moby Grape. Leur musique s'inscrit dans la fin de l'agitation politique gauchiste des années 60 et l'industrialisation massive du Japon. Ils dépeignent l'essor des rêves individuels et la nostalgie des paysages japonais traditionnels avec des sons sophistiqués et introspectifs.

 

Ils ont eu une grande influence sur la scène japonaise actuelle. Leur nom a fanchi les frontières en 2003 avec la chanson Kaez wo Atsumete incluse dans la BO de Lost in Translation de Sofia Coppola. Kazemachi Roma a été élu meilleur album de rock japonais de tous les temps par l'édition japonaise du magazine Rolling Stone.




Happy End - Natsu Nandesu (1971)




 

Comme chanson contemporaine, j'ai choisi Hanarebanare de Kicell (album Yume de 2001).

 

Kicell est un duo formé à Kyoto en 1999 par deux frères, Takefumi (chant, guitare) et Tomoharu Tsujimura (chant, basse, scie musicale). Leur son Lo-Fi est assez unique. En utilisant des enregistreurs multipistes, sampleurs, boite à rythme et autres instruments live, ils créent des vagues sonores rêveuses et athmospériques. Comme s'il marchait doucement dans l'air ou flottait sur la mer. Ils ne sont pas encore connus à l'étranger, mais ils sont populaires au Japon. Parmi les passionnés de musique, cette chanson deviendra certainement un classique. Ils ont participé à l'album hommage à Happy End en 2002 avec de nombreux artistes japonais, mais également Jim O'Rourke et John McEntire (Tortoise)."




Kicell - Hanarebanare (2001)


 

Voir les commentaires

Publié le 27 Juillet 2009

J'ai demandé à quelques personnes au goût sûr de nous présenter en deux titres, un classique et un moderne, la musique qu'ils considèrent comme la plus intéressante de leur pays. Voilà les premières réponses, du Vietnam et de Suède. A venir, Indonésie, Japon, et Espagne. Je leur laisse donc la parole.

 



DeBiLast, auditeur last.fm suédois, fan entre autres de Depeche Mode, NIN, et Nick Cave:

 

"Mon choix d'une chanson classique est Inverstera de Cosmic Overdose (1980). Elle n'est pas seulement un classique de la new wave suèdoise, mais elle est également intéressante pour quiconque s'intèresse à la culture pop underground. Elle marque la transition entre le prog-rock, dominant dans l'underground suèdois des années 70 et la synthpop que les fans de musique "retro-electronique" associeront toujours, au moins en partie, à la Suède. Dan Söderqvist, chanteur, guitariste, et parfois pianiste était dèja un personnage important de la scène suèdoise comme membre du Älgarnas Trädgård (Jardins d'Elks) et Ragnarök (l'appocalypse dans la mythologie suèdoise). Son accolyte Karl Gasleben venait du groupe expérimental Anna Själv Tredje. Cosmic Overdose a sorti deux albums brillants. Investera est le premier morceau de leur premier album "Dada Koko". Musicalement, il est plus froid et synthétique que les autres titres de l'album. Les paroles sont une sorte de lamentation sur l'aube d'une ère plus individualiste. Le refrain nous dit que nous devrions investir, non en actions mais en émotions et en amour.

Cosmic Overdose: Investera
dewplayer:http://boebis.free.fr/Musique/eux/Cosmic%20Overdose%20-%20Investera.mp3&

Mon choix de piste contemporaine est "Only Here For The Fight" de Jenny Wilson. Le titre est issu de son album Hardships (2009), connu probablement de toute personne intéressée par la scène indie. Jenny Wilson était membre du groupe indie First Floor Power. Le groupe divisait la communauté indie suèdoise, qui l'adorait ou la détestait.  Ce clivage a été renforcé par leur aproche naïve, mise en avant dans un documentaire diffusé sur une chaine nationale. Le groupe était considéré comme surestimé, même si certains, dont moi, les trouvaient charmant et réconfortant. Depuis, Jenny a gagné en crédibilité et en respect. Hardships est son second album, plus électronique et rythmé que le précédent. Cette évolution s'explique certainement par sa collaboration avec le duo électronique suédois The Knife et son écoute de RnB. J'aurais pu choisir n'importe quelle piste de ce brillant album, mais c'est cette piste que j'aime le plus aujourd'hui."


Jenny Wilson: Only Here For The Fight

dewplayer:http://boebis.free.fr/Musique/eux/jenny%20Wilson%20-%20Only%20Here%20For%20The%20Fight.mp3&


 

Tran Quan Hai, musicien et ethnomusicologue renommé, spécialisé notamment dans les musiques asiatiques, le chant de gorge et les guimbardes:

 

C'est très difficile de dire qui est le ou la meilleur(e) interprète de la musique classique et moderne.Je vous donne seulement deux interprétations de mon choix pour votre blog.


Musique classique traditionnelle:





Musique moderne :
Chanson "Con Thuyên Không Bên" par la chanteuse NGOC HA


 

Voir les commentaires

Publié le 7 Juillet 2009

A côté des Cornelius, Tha Blue Herb, DJ Krush, Boredoms et les quelques autres grands noms de la musique japonaise contemporaine, je suis prêt à ranger au même niveau les galettes d'Asa-Chang & Junray. Qu'on me pardonne ce crime de lèse-majesté, qui plus est, pour un groupe découvert il y a... deux jours! Et tant pis si l'enthousiasme fond dans une semaine. Car quel groupe!

Pour les infos factuelles, on peut dire qu'Asa Chang est l'ancien fondateur du Tokyo Ska Paradise Orchestra (groupe assez sympa d'ailleurs dont on a du mal à imaginer qu'il a le même géniteur). Il est accompagné du programmeur et guitariste, Hidehiko Urayama du joueur de tabla U-zhaan, et sur certains titres de Kyoko Koizumi.

Pour la musique elle même, la description est périlleuse. Certains passages pourraient être qualifiés d'expérimentaux, mais je n'aime pas ce terme que j'associe trop facilement aux personnes qui creusent la forme à défaut d'avoir quelque chose de fort à exprimer. Le son du tabla, la langue japonaise pourraient faire pencher la balance vers de la world music, mais encore, il n'en est rien.

La musique d'Asa Chang & Junray est surtout exceptionnellement expressive, ou peut être plutôt suggestive. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait penser aux passages oniriques du Voyage de Chihiro. Un monde chaleureux non dénué de violence, merveilleux mais extrêmement intime. Il a aussi un aspect profondément traditionnel, profondément japonais. Mais comme Miyazaki qui s'inspirait du Roi et l'oiseau de Paul Grimault, comme Tezuka qui s'inspirait de Walt Disney, il s'agit d'une "japonéité" ouverte sur les autres et sur la modernité. Ce n'est plus une musique extravertie et festive, directement calquée (fût-ce avec brio) sur l'Occident comme Asa Chang la jouait avec son Tokyo Ska Paradise Orchestra. C'est une oeuvre de maturité qui nous apprend quelque chose sur nous même. En fait, on a l'impression d'écouter de la musique traditionnelle, mais celle qu'écouteront nos arrière-petits-enfants.


Petit extrait d'une interview passionnante. La question porte sur les rythmes étranges qui parcourent les chansons.

 

Kyoko Koizumi (la chanteuse dont la voix a été modifiée par Asa Chang): "At first I just took in how the song ended up, but as I listened a few times more, I felt how poignant it was, thoughts stopping and starting, words faltering or blurting out - just like the minds of people having conversations, and I realised how good it was."

Asa-chang: "She's said it all (laughs). I was going to try and explain, but she's said it all (laughs). The reason why Junray cuts such random rhythms is because human emotions sway. People contemplate; they have thoughts that cant be put into words. The rhythms aren't just there for fun, they are the way they are because they're trying to express such scenes of emotion. As far as I'm concerned, I'm not trying to make strange music, or experiment."

 


Asa-Chang & Junray - Senaka


Deux mp3:
Asa Chang & Junray - Kana


Asa Chang & Junray - Kaikyo

Ils ont sorti un excellent nouvel album le 17 juin 2009. Pour en savoir plus, je vous conseille leur site officiel (partiellement en anglais), et le site de Sonore, un label et une agence artistique qui travaille avec eux en Europe.

Voir les commentaires