Publié le 10 Octobre 2013

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C’est à Arcoverde, ville réputée être une cité-dortoir sans charme ni culture, et surnomée la porte du Sertão, qu’est pourtant né un des groupes les plus singuliers de la dernière décennie : O cordel do Fogo Encantado.

Le nom de ce « Cordel de feu enchanté » vient des fameux « cordel » du Pernambouc, ces histoires populaires vendues dans les marchés ou par des vendeurs ambulants, pendues à des « cordes » et illustrées de xylogravures, telles les magnifiques de J. Borges. C’est qu’avant d’être un groupe, le Cordel do Fogo Encantado était un spectacle, joué dans la rue ou au théâtre. José Paes de Lira déclamait de la poésie et jouait des scènes, entrecoupé d’intermèdes musicaux où il était accompagné de Clayton Barros et d’Emerson Calado.

Bien qu’aujourd’hui en perte de vitesse, cette déclamation de poèmes populaires, tout comme la versification improvisée est une tradition ancienne dans la région, très forte chez les cantadores de viola et les emboladas. Enfant, José Paes de Lira participait à des récitations de poèmes dans la fazenda de ses grands-parents, et à 12 ans déjà, il accompagnait professionnellement le chanteur de cantoria Ivanildo Vilanova. C'est de là que vient la poésie de José Paes de Lira, de ces poètes populaires dont on ne parle jamais à la fac de lettre dans laquelle Lira fit un bref passage: Zé da Luz, Manoel Filó, Manoel Chudu, João Cabral de Melo Neto, Inácio da Catingueira et Chico Pedrosa.

A partir de 1999, le Cordel do Fogo Encantado prend une tournure plus musicale et une nouvelle ampleur avec l'arrivée de Nego Henrique et de Rafa Almeida. A la guitare de Clayton Barros dont il joue dans le style du sertão comme Elomar, se joignent des percussionnistes marqués tant par les rythmes toré des indiens Xucurus, que par les rythmes afro-brésiliens: pontos d’umbanda et de candomblé, samba de roda. La troupe quitte alors les théâtres pour les salles de concert et la musique qui occupait une petite place devient le cœur du spectacle. Lirinha comme est surnomé José Paes de Lira ponctue néanmoins toujours les concerts de ses poèmes déclamés, comme Maria Bethânia, Gil Scott Heron ou Jim Morrisson avant lui.

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Les influences du groupe tranchent radicalement avec la production de l’époque, même avec celle du mouvement manguebit auquel on a parfois rattaché le groupe et qui est alors à son apogée dans la capitale voisine, Recife. Car si le Cordel s'inscrit dans le sillage du manguebit né une décennie plus tôt, avec qui il partage un attachement aux formes d’art du Nordeste les plus populaires, une posture contemporaine de recherche et d’expérimentation et éloignée de tout purisme et contre le rejet d'une tentation régionaliste, le souhait de parler au Brésil et au monde entier. Mais Arcoverde n’est pas Recife, le sertão rural n’est pas la culture littorale de Recife et si certaines références sont partagées le groupe a une dynamique différente et un style tout à fait unique.

En 2000, le Cordel entre dans les studios. A la production, ils invitent le grand percussionniste et maître du berimbau Nana Vasconcellos, un musicien qui partage avec eux le goût pour les racines et l'expérimentation. L’album s’attache à restituer l’énergie et la folie presque légendaire des concerts du groupe. Il ne ressemble à rien de ce qui a été enregistré jusqu’alors. La poésie lyrique et puissante de Lirinha et des poètes populaire comme Zé da Luz qu’il chante et déclame de sa voix habitée. Les percussions omniprésentes parfois proches de l'intensité d'une batterie de metal mais qui n’écrasent jamais les morceaux. La guitare accoustique virtuose de Clayton Barros qui signe plusieurs morceaux avec Lirinha.

Tout un mélange inédit qui permet au groupe non seulement de confirmer sa réputation dans le Permanbouc mais de séduire le Brésil tout entier. 15.000 albums vendus, du jamais vu pour un groupe d'Arcoverde. Des concerts dans tout le Brésil et même en Europe, plusieurs albums qui suivent en maintenant le niveau achèvent de positionner le Cordel comme un des groupes les plus singuliers de sa génération. Leur carrière s'achève en 2010, avant l'album de trop, et le départ en solo de Lirinha vers des sonorités plus rock.

 

Pour découvrir le Cordel, je vous ai mis l'intégralité du premier album dans le lecteur et un live complet de 2005 donné à São Paulo où ils s'installèrent plus tard et qui donne un aperçu de ce que devaient être leurs concerts.

 

Lecteur avec l'intégralité de l'album.

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Publié le 3 Octobre 2013

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Adoniran Barbosa est la preuve que Vinicius de Moraes se trompait quand il disait que São Paulo était le tombeau de la samba.  Car s’il n’est pas le seul sambiste de São Paulo, il est le premier, à avoir donné une identité paulista à la samba carioca et celui qui aura su mieux que nul autre chanter cette ville.

João Rubinato de son vrai nom, nait en 1910 dans une famille modeste et de parents italiens à Valinhos. Une origine banale dans l’Etat de São Paulo qui regroupe près de 15 millions de personnes d’origine italienne. Il commence à travailler dès 13 ans comme vendeur ambulant, plombier, serrurier, serveur, ou ouvrier dans des usines de tissue et de métallurgie, tout en caressant le dessein de devenir acteur. Après de nombreux échecs, il se tourne vers la radio alors en plein essor, où il est finalement embauché en 1936. Il entrepend une carrière d’"acteur" pour la radio et d’humoriste, où il interprète notamment dans l’émission Historias das Malocas, les personnages créés par jeune prodige de l’époque, Osvaldo Moles. C’est à cette époque qu’il prend le pseudonyme d’Adoniran Barbosa, conjugaison d’un nom d’un ami et de son idole, le chanteur Luiz Barbosa et qui lui permet de cacher son patronyme italien.

Dans les années 50, Adoniran Barbosa qui avait déjà composé quelques chansons, dont une qui gagna même un prix au carnaval local en 1935 souhaite à nouveau percer dans la musique. Les échecs des quelques 78 tours qu’il publie l’éloignent de l’interprétation. Ses chansons rencontrent néanmoins le public par l’intermédiaire de divers interprètes, en premier lieu desquels le groupe vocal Demônios da Garoa. Certains de ses titres tels que Saudosa Maloca puis, Conselho de mulher, As mariposas et Trem Das Onze, sont de grands succès. Durant la décennie suivante, Adoniran Barbosa continue de jongler entre ses casquettes d’auteur-compositeur, d’acteur de radio, et même de cinéma et de télénovelas, au gré des opportunités et des revers commerciaux.

La soixantaine grisonnante et alors qu’il traverse une période de vache maigre, Adoniran Barbosa rencontre finalement la reconnaissance qu’il a cherchée toute sa vie. Dans la vague de redécouverte de la musique brésilienne dite « authentique », de la première moitié des années 70, l’ami et admirateur Pelão, qui venait de produire le grand sambista Nelson Cavaquinho et s'apprêtait à en faire de même pour Cartola, offre à Adoniran Barbosa la possibilité d’enregistrer à son tour son premier LP.

 

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Les deux premiers albums d’Adoniran Barbosa sortent en 1974 et 1975. Peu de chansons sont inédites, et pourtant l’interprétation unique d’Adoniran Barbosa, sa voix rauque et sincère, abimée par l’âge et la cigarette, loin des coquetteries des précédents interprètes, soutenue par les arrangements plus sobres de José Briamonte offrent un tout nouvel éclat à ses sambas.

La grandeur des sambas d’Adoniran Barbosa se révèle et est enfin reconnue à sa juste valeur par le grand public et par la critique. Une évidence s’impose alors : São Paulo a bien une samba et Adoniran Barbosa en est son plus grand représentant. 

Mais une samba chantée avec l’accent et l’argot italo-caipira du peuple de São Paulo, qui mêle métisses et immigrés italiens, dans une langue qui prend souvent des libertés avec la grammaire. Une samba moins sentimentale et lyrique que celle de Rio, mais plus urbaine, chargée d’ironie et de malice. Adoniran Barbosa y dépeint de manière amusante et tragique à la fois, le quotidien du São Paulo populaire à travers de petites scènes souvent proches de l’anecdote ou de l’histoire drôle.

Il chante la joie de celui qui a construit sa baraque dans une favela (Abrigo de vagabundo), l’infortuné qui se déguise en Père-Noël pour faire une surprise à sa famille et reste coincé dans la cheminé (Vespéra de Natal). Il chronique les peines de cœur (Não quero entrar, Bom dia tristeza avec Vinicius de Moraes, Prova do carinho) et les disputes amoureuses où il raconte avec humour la lâcheté et l’hypocrisie des amants. Cette femme qui quitte son mari en prétextant faire des courses, en lui laissant comme mot d'adieu « tu peux éteindre le feu, car je ne reviens pas ». Ce fêtard laissé à la porte de chez lui en pleine nuit et qui tente de convaincre sa belle de lui lancer la clé (Joga a chave). Un homme qui pleure son amour et n’a plus comme souvenir que les chaussettes de sa bien-aimée (Iracema) ou des noces où le fiancé se révèle être déjà marié 5 fois et père de 7 enfants (Casamento do moacir). Il chante enfin la São Paulo de son enfance, celle de son premier amour et de son premier carnaval (Vila Esperança) et des fêtes trop bruyantes pour le voisinage (Aguenta a mão joão). Il chante aussi la São Paulo du progrès effréné (Conselho de Mulher) qui détruit les lieux des souvenirs (Viaduto Santa Efigênia, Praça da Sé) et dont les bulldozers implacables rasent les baraques des favelas et en chassent les habitants (Despejo na favela).

Une de ses chansons dresse l’autoportrait d'un musicien en fin de course, déjà oublié et dépassé à l’heure du rock, semblable à la braise éteinte, mais dont un souffle suffirait pour qu’elle brûle à nouveau (Já fui uma brasa). Un morceau annonciateur puisqu’à la suite de ces deux albums, Adoniran Barbosa renoue avec le succès d'antan. Un second souffle qui lui fait parcourir tout le Brésil dans une grande tournée, et enregistrer un troisième et dernier album pour ses 70 ans où il interprète ses chansons avec certaines des plus grandes stars de l’époque, Elis Regina, Clementina de Jesus, Clara Nunes, Djavan, et Gonzaguinha. Le dernier souffle aussi, puisqu'il décède peu après, en 1982 mais en restant à jamais la voix de São Paulo.

 

 

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Publié le 11 Septembre 2013

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Mais Um Disos, le label londonien, déjà derrière l'exportation de Lucas Santtana et du Graveola e o Lixo Polifônico lance dans nos contrées Avante de Siba, un an et demi après sa sortie remarquée au Brésil. Une bonne occasion de revenir sur ce formidable album.

Avante ("en avant") réprésente une nouvelle métamorphose pour Siba, un nouveau saut comme l'indique le morceau emblématique du disque Preparando o salto. Mais pas le premier, tant la carrière de Siba qui s'étale déjà sur deux décennie est marquée par ces changements de direction.

Le premier saut de Siba fut de sortir du microcosme de la fac de musique versé dans le rock pour se lancer à corps perdu dans les musiques locales, à l'époque snobées par la jeunesse de Recife (maracatu de baque solto, côco de roda, ciranda, frevo, cantoria...). Il s'initie à la rabeca, une sorte de violon populaire d'apparence assez rustique et fonde Mestre Ambrósio qui allait devenir un des piliers du mangue-beat naissant. Un mouvement de réappropriation des rythmes du Pernambuco avec le son et l'urgence du rock. Une scène qui plaça cet Etat au coeur de la musique indépendante brésilienne pour ne plus jamais le quitter. Les meilleurs musiciens pernambucanos actuels en sont encore les héritiers. La plupart sont même issus de groupes directement rattachés au mangue-beat: Alessandra Leao (ex-Comadre Fulozinha), Otto (ex-Mundo Livre SA), Lirinha (ex-Cordel do Fogo Encantado) ou le Nação Zumbi, toujours en activité.

Mestre Ambrósio avait un son moins électrique que les autres groupes phares du mangue-beat, Nação Zumbi et Mundo Livre SA. Pour cette raison, il est considéré comme le plus traditionnel de cette scène. Ce n'est qu'un témoignage du préjugé persistant qui associe instruments amplifiés, platines ou pédales d'effets à la modernité et les instruments acoustiques à la tradition. Alors que tous s'inscrivent dans une tradition, à charge pour chaque musicien de dialoguer avec son époque.

 

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Le deuxième saut de Siba a été de quitter Mestre Ambrósio pour s'installer à Nazaré da Mata, une petite ville de province, mais capitale culturelle du maracatu. Ce qui devait être une parenthèse de six mois dura plus de dix ans, le temps de fonder avec des musiciens "amateurs" locaux, coupeurs de cannes à sucre, le Fuloresta do Samba. Un groupe avec lequel Siba démontra en deux albums la puissance poétique et la modernité du maracatu de baque solto, qui n'est ni un genre folklorique figé, ni une musique simpliste qui n'aurait droit de cité qu'à l'époque du carnaval. C'est à cette époque et avec la même ambition artistique que Siba produit les albums de maîtres de samba de côco, ciranda et maracatu restés à l'écart de l'industrie phonographique, réunis au sein de la collection Poetas Da Mata Norte (João Limoeiro, Ze de Teté, João Paulo e Barachinha...).En 2009, Siba lance un album en duo avec Roberto Corrêa où, sans abandonner la rabeca, il revisite les violas caipira et dinamica, ces sortes de guitares très typiques du Nordeste.

C'est vers cette époque que Siba connait une profonde crise existentielle qui aboutit à une reconstruction personnelle - et donc artistique - dont Avante est à la fois le sujet et le fruit. Si son installation à Nazaré da Mata avait accompagné son désir de se vouer au maracatu, son retour en 2011 à São Paulo où il avait déjà vécu 6 ans, prolonge sa recherche d'un nouveau son, d'une nouvelle identité: "Pour faire le saut d'Avante, j'ai dû réunir un peu de toutes ces choses que j'ai été. Des moments distincts de ma vie. Me raconter à nouveau ma propre histoire personnelle, celle que nous construisons jour après jour, que nous collectons, rejetons, oublions, recréons et même inventons. Sans plan, ou n'importe lequel, mais lequel ? Musical, poétique, géographique, littéraire, mystique, rationnel ? (...) là pour la première fois j'ai pensé que je devais réapprendre à écrire et à chanter pour rendre compte de la complexité de ma vie personnelle, avant que je ne perde la voix".

Siba se met "la tête sous la guillotine". Il se met à "rejouer de la guitare, faire un projet électrique dont certains diront qu'il s'agit d'une reniement du passé. Il y a une partie de mon public qui me voit comme un défenseur des racines de la culture populaire et de l'identité du Pernambuco et du Brésil. Mais qu'est ce que je peux faire ? Le risque n'est pas forcément de se nier, mais je crois que l'artiste doit savoir où est l'endroit où il prend des risques, et d'y aller, où que ce soit.

Siba, désormais père et jeune quadragénaire réempoigne la guitare électrique dont il jouait déjà occasionnelement avec Mestre Ambrósio. Il renoue avec sa passion adolescente pour Jimi Hendrix, Jimmy Page et Lemmy. Il approfondit son goût pour la musique africaine moderne, celle des grands orchestres des années 60-70 où la guitare électrique était reine, celle du Bembeya Jazz, du Star Number One de Dakar, du Super Rail Band. Et surtout celle de l'OK Jazz, le plus grand groupe africain moderne mené par le guitariste de génie Franco dont le travail de transformation de la musique cubaine par la guitare électrique sert d'inspiration à Siba, tout comme celle des Congolais contemporains de Konono n°1 et du Kasai Allstars. Une référence africaine de plus en plus prégnante ces dernières années, et qui le rapproche de Kiko Dinucci ou Rodrigo Caçapa, qui signe certains arrangements de l'album.

 

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Siba puise dans ces diverses sources musicales pour se créer son propre son qui est comme chez tout véritable artiste, différent de la somme de ses inspirations. Un nouveau son, et donc un nouveau groupe, composé outre de sa guitare électrique, de batterie, clavier et vibraphone et d'un tuba en guise de basse, comme dans le maracatu. Un genre que Siba ne renie d'ailleurs jamais, tout comme la poésie des cantorias da viola qui restent très présents dans la versification, la construction harmonique des mélodies, les rythmes et les arrangements tout en contrepoints plus qu'en accords plaqués. Le son doit aussi à l'influence du producteur de l'album Fernando Catatau du Cidadão instigado, musicien clé de la scène indé brésilienne. On note aussi la présence sur un titre de Lirinha, autre grand poète-musicien du Pernambuco dont le premier album solo, Lira sorti en 2011, a une démarche assez similaire à celle de Siba.

Il ne faut pas comprendre le son d'Avante comme la modernisation de rythmes traditionnels du Pernambuco par un instrument ou un style, le rock qui serait lui moderne. Siba s'intèresse aux racines mais jamais de manière traditionnaliste. "J'ai toujours essayé d'expliquer la tradition comme le lignage de quelquechose qui s'est construit avec le temps. Pas comme une chose à défendre ou qui représente un drapeau de je ne sais quoi, qu'il soit politique, nationaliste ou régional. La tradition est une chose qu'un groupe de personnes a cultivé pendant un moment, et de là est apparu une diversité. Dans ce sens, le rock'n' roll est autant une tradition que le maracatu."

L'album est comme à l'habitude de Siba, porté par ses superbes paroles qui évoquent toutes la perte de sens, l'errance, la reconstruction portées par des métaphores puissantes, sons sens de la rime et chantées avec sa voix fébrile et intense de chanteur de maracatu. Quand on demande à Siba s'il a "effectué le saut" évoqué dans Preparando o Salto, répond: "Le saut n'a pas besoin d'être fait. Et toi seulement peut le faire, je crois. Ce n'est pas justement sauter, mais avoir le courage de préparer le saut. Ça a plus à voir avec le bord du précipice qu'avoir le saut lui même. A chaque minute tu sautes. Le saut est dans la tête".

Mais Um Discos qui fait les choses bien devrait fournir en ligne une traduction, en anglais des paroles.

 

Avante sort le 30 septembre 2013. Siba sera en concert le 22 octobre 2013 à la Bellevilloise (Paris).

 

 

 *Citations et informations tirées des interviews de Siba données à Ultrapop,  Bol Carnaval et Cenario novo.

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