-Non! c'est pas vrai!
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Je pars en vacances pour deux semaines sans accès au net, pour occuper vos journées studieuses, je vous laisse un peu de lecture studieuse: « World Music »Une question d’ethnomusicologie ?, par Julien Mallet.
«Le phénomène des "musiques du monde" transporte avec lui l’apologie du "métissage". Mélange des styles et des genres, des répertoires et des formes, à l’image d’une société qui rêve l’abolition de ses conflits dans une fusion des cultures. Or les musiques traditionnelles demeurent fortement imprégnées par la thématique identitaire. Noyés dans l’anonymat des grandes métropoles, les originaires d’une même communauté utilisent souvent leurs musiques et leurs danses traditionnelles pour perpétuer le souvenir du pays d’origine et resserrer le lien social. Les traditions sont préservées afin de freiner le mouvement centrifuge de la communauté. Grande est la tentation de se replier sur ce songe éveillé, de se couper alors de la réalité sociale et économique, voire de réveiller de vieilles hostilités. Formidable outil de cohésion social, les musiques traditionnelles peuvent aussi se révéler comme un facteur aggravant d’isolement au lieu de servir de levier à une intégration dans la société d’accueil.
Nous n’oublierons pas que l’apparition des premiers groupes folkloriques dans les grandes villes françaises est liée au développement des "solidarités" régionales, ces sociétés d’entraide entre originaires d’une même province. Le risque d’enfermement que je soulignais ci-dessus a pour pendant celui de dilution de la culture traditionnelle dans une adaptation servile aux formes musicales imposées par le marché. Certains promoteurs de la world music semblent par moments succomber à la tentation de récupérer toutes les richesses des musiques traditionnelles du monde pour les exploiter à leur profit en les coulant de force dans le format musical de la variété occidentale. Gommant les aspérités de leurs échelles, rabotant les rugosités des instruments et de voix et les enrobant dans une nappe harmonique éloignée de leur fonctionnement, ils ne font que recréer, dans un simulacre d’opposition à l’hégémonie des variétés, un autre modèle tout aussi insipide et standardisé.
Ces variétés tant décriées - qui, d’ailleurs, ne produisent pas que des horreurs - sont constamment à la recherche de genres nouveaux afin de les mettre à la disposition du marché. Cette soif de nouveauté, nous l’avons déjà maintes fois rencontrée, notamment chez les romantiques. Elle saisit périodiquement l’une ou l’autre des expressions artistiques de la culture occidentale. Pour produire, cette dernière a constamment besoin de matériaux neufs. Elle va souvent les chercher en dehors de son domaine. Hier, ce monde extérieur a pu se trouver dans ses propres peuples. Aujourd’hui, c’est le monde entier qui est mis à contribution. »
«Il n’est donc pas indifférent de constater qu’une fois encore, les musiques traditionnelles apparaissent au devant de la scène dès qu’il s’agit de construire un objet culturel moderne. Mais la contribution essentielle qu’elles peuvent apporter à la création contemporaine n’a d’intérêt, à mon sens, que si elle s’opère dans le respect de ses formes originelles et authentiques. C’est dans cette démarche que gît la modernité. Se contenter de la standardisation que j’évoquais précédemment conduit à l’éphémère - or l’acte créateur se construit dans la durée, il est une résistance au temps. Ce n’est pas la réduction d’une mélodie traditionnelle au tempérament uniforme d’un synthétiseur, à une grille d’accords conforme aux traités d’harmonie ou encore à un rythme binaire qui constitue un fait de modernité. La modernité des musiques traditionnelles repose au cœur même des formes et des leçons qu’elles nous proposent. C’est bel et bien la variété phénoménale de ses rythmes, des polyrythmies africaines aux rythmes asynchrones de l’Europe centrale qui peut fracasser notre sage battue classique. C’est la modalité universellement répandue, systèmes millénaires aux combinatoires inégalées, qui peut faire éclater l’uniformité de nos deux uniques modes. C’est la richesse somptueuse des polyphonies populaires et extra-occidentales, des paghjella corses aux savants contrepoints des pygmées qui peut bouleverser cette harmonie savante qui, il y encore peu de temps vivait dans l’illusion que la polyphonie était l’apanage et la marque distinctive de la "musique classique" européenne. C’est encore l’inattendu des multiples tempéraments et échelles musicales qui peut distordre enfin le tempérament toujours égal et sans surprise qui enchaîne tous nos instruments.
Les musiques traditionnelles prennent place parmi les "musiques actuelles" et leur présence, à côté du jazz ou du rock, renseigne à la fois sur les revendications de ceux qui les pratiquent et sur la conception qui prévaut aujourd’hui. Bien quelles soient porteuses d’héritages séculaires et de traits archaïques, elles demeurent ressenties comme une source unique de revivification des formes et des pratiques artistiques. Dans le même temps, elles apparaissent comme la manifestation la plus claire de l’identité de chaque culture sans pour autant renoncer à l’universel. Et c’est précisément cet ancrage dans le passé et cet investissement dans le présent qui leur confèrent un caractère résolument moderne. »

«Pas question de m’aventurer dans une autre histoire d’amour
Quelle place pourrais-je laisser à une autre ?
J’ai beau consulter tous les médecins, cela ne sert à rien
Ma maladie c’est toi puisque tu n’es jamais près de moi
Quand j’ai trop faim, je grignote n’importe quoi
Mais pour moi, me rassasier c’est me nourrir de ton amour.»
«Quand ? Aujourd’hui ou demain ?
Quand serons-nous les yeux dans les yeux ?
J’ai des céréales en abondance mais je reste affamé
Car ma faim est la faim de tes lèvres
Tu obsèdes mon esprit jour et nuit et je meurs
De ton absence.»
Mahmoud Ahmed - Mètché nèw«Le passé est derrière moi
Le souvenir s’appuie sur aujourd’hui
Demain il sera là, toujours ravivé.
On a dit que le souvenir est le bateau de la pensée
C’est aussi le bateau de l’anxiété
Et moi je suis le port où accoste ce bateau
Que l’amour serait éphémère si le souvenir
Ne perdurait pas.»
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